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Politique

Une attaque sous couvert de « solidarité »

14 ans après Raffarin, vers une seconde journée de « solidarité » non payée ?

Décidément, la « nouvelle politique » du gouvernement Macron est riche en recyclage. 14 ans après la loi Raffarin, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, envisage la mise en place d'une seconde de journée de solidarité, en lieu et place d'un jour férié, afin de financer la prise en charge des personnes âgées dépendantes.

« Jean-Pierre Raffarin avait inventé la journée de solidarité active, le lundi de Pentecôte […] on pourrait imaginer avoir deux lundis de Pentecôte travaillés » a annoncé ce vendredi 13 avril, la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn. Le principe est simple : Faire travailler les salariés un jour férié, ne pas les payer, et ainsi financer en partie la prise en charge des personnes âgées dépendantes. Après avoir raboté les pensions des retraités, le gouvernement fait une proposition pour se parer d’un « aspect social », un projet qui consiste tout de même à faire bosser gratis, alors que 6 millions de personnes sont actuellement au chômage et 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France.

Dans le même temps, l’ISF se porte au mieux, lui qui a été vidé de sa substance pour les riches. En somme, le « président des riches » tente à tout prix de maquiller ses contre-réformes. Ainsi, si la manœuvre se pare des plus beaux habits de l’amélioration de la qualité de vie des personnes âgées dépendantes, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une attaque directe envers les travailleurs, qui aboutit par du travail gratuit au profit direct du patronat.

La méthode pour imposer l’idée est pour le moins cynique. Devant l’augmentation, réelle, du nombre de personnes âgées dépendantes, les hautes sphères réduisent le champ du possible. En réalité, ce sont trois option qui sont posé sur la table : La prise en charge par des assurances privées, ce qui ouvrirait un marché fort lucratif, et qui est à terme l’objectif inavoué du gouvernement, non seulement en ce qui concerne les personnes âgées dépendantes mais plus largement l’ensemble des classes populaires et des travailleurs. La prise en charge par la sécurité sociale, qui est dans le viseur des gouvernements successifs depuis des décennies, gouvernement Macron inclus, et qui apparaît comme inenvisageable puisque la casse de la sécurité sociale est orchestrée de longue date, comme en atteste les multiples baisses de charge sur le sujet pour les plus aisés et le patronat. Et donc, le jour de solidarité non payé, qui a l’avantage, pour les classes dominantes, de rogné petit à petit sur l’ensemble des temps de repos des travailleurs, sous couvert d’annonces grandiloquentes sur les déficits publics et du discours dominant du serrage de ceinture en ces temps de crise.

Sur le plan politique, Agnès Buzyn cherche enfin une parade pour calmer la colère des personnels soignants, notamment dans les EHPAD, légitimement mobilisé depuis plusieurs semaines contre les manque de moyen et de personnels. Pourtant, ce sont bien d’autres solutions qui sont indispensables.

Tout d’abord, il s’agit de répartition massive du temps de travail et d’embauches massives, dans les EHPAD comme ailleurs, pour avoir le personnel suffisant dans les établissements pour que les personnels de santé bénéficient de conditions de travail décente et d’augmentation de salaires massives. De plus, il s’agit de baisser l’âge de départ à la retraite, ce qui non seulement permet de libérer des emplois, mais surtout de permettre à l’ensemble des travailleurs de partir en retraite en bonne santé.

D’autre part, il s’agit d’investissement public massif dans le secteur de la santé dans son ensemble, conditionné au besoin réel de l’hôpital public et des structures d’accueil pour les personnes âgées dépendantes. Des établissements qui doivent être gratuits et accessibles à toutes et tous. Pour une prise en charge massive de l’ensemble des personnes âgées et des conditions de vie décentes.

Crédits Photos : © agnesbuzyn |




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