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Monde

Sur fond d’ultra violence

140 candidats assassinés au cours de la campagne. Le Mexique se prépare à voter

Plus de 89 millions de Mexicains et de Mexicaines sont appelés aux urnes ce dimanche, pour la plus grande élection qu’ait jamais connu le pays. Le candidat de la gauche, Manuel López Obrador donné favori pour la troisième fois consécutive semble aux portes du pouvoir. Les risques de fraude restent cependant extrêmement élevés, alors que la violence des cartels et de l’Etat ont fait 140 morts parmi les candidats, depuis novembre 2017.

DANIEL BECERRIL / REUTERS

Plus de 89 millions de Mexicains et de Mexicaines sont appelés aux urnes ce dimanche, pour la plus grande élection qu’ait jamais connu le pays. Le candidat de la gauche, Manuel López Obrador donné favori pour la troisième fois consécutive semble aux portes du pouvoir. Les risques de fraude restent cependant extrêmement élevés, alors que la violence des cartels et de l’Etat ont fait 140 morts parmi les candidats, depuis novembre 2017.

Ce sont trois grandes coalitions qui se présentent aux élections présidentielles mexicaines au cours desquelles devraient être désigné le successeur du sortant, Enrique Peña Nieto, du PRI (Partido Revolucionario Institutional, centre), parti resté au pouvoir pendant plus de 70 ans, à l’exclusion de douze ans de gouvernement de droite. Le favori des sondages est Manuel López Obrador (AMLO), qui recueille, selon les sondages, jusqu’à un peu moins de la moitié des intentions de vote. C’est sa troisième candidature et à deux reprises la victoire lui a été ravie par le PAN (droite), en 2006, puis par le PRI, en 2012, alors que commençait la « guerre contre le trafic de drogue », une guerre sociale de basse intensité menée par l’Etat qui a fait plus de 300.000 morts et plus d’un million et demi de déplacés depuis 2006, sans que les réseaux mafieux, souvent liés à l’Etat, ne soit affaiblis.

Face à López Obrador se présentent Ricardo Anaya, à la tête d’une coalition regroupant le PAN (droite) et les anciens sociaux-libéraux du PRD, ainsi que José Antonio Meada, du PRI, le candidat du pouvoir. Tous deux sont crédités d’un quart des voix. L’inquiétude a gagné les rangs de MORENA, le parti de López Obrador, à la suite de la publication de communiqués des instances électorales : ces derniers déclaraient que les premiers résultats, en provenance de 82% des bureaux, ne seraient connus que le 2 juillet, soit au lendemain du vote, laissant présager tricheries et fraudes en tout genre. Cela peut valoir pour l’élection à la présidence comme à toutes les instances en voie de renouvellement, à savoir notamment de 8 gouvernorats, 628 sièges de parlementaires et un peu plus de 1500 mairies.

C’est d’ailleurs à l’échelle locale que la violence des cartels, jamais éloignés des corps de répression d’Etat auxquels ils ont partie liée, s’est exprimée de façon brutale, au cours de la campagne. Selon les décomptes, entre 130 et 140 candidats ont été exécutés, la plupart postulant à des postes locaux. Les cartels, aujourd’hui, ne se contentent plus de vouloir « contrôler » les élus, mais les « choisissent » en amont, en faisant, y compris, le vide autour d’eux. Paradoxalement, ce ne sont pas dans les Etats du nord, les plus touchés, depuis la fin des années 1990, par les trafics, que les assassinats ciblés et les violences ont fait le plus de victime, mais dans les Etats du centre et du sud du pays, comme celui de Guerrero, proche du district fédéral, tristement célèbre pour la disparition, avec la complicité de l’Etat, de 43 élèves-instituteurs d’Ayotzinapa, en 2014.

Entre les pressions venues du voisin du nord, avec un Trump qui n’a pas hésité à traiter les « clandestins » mexicains de « criminels », de « violeurs » mais également « d’animaux », et la violence exercée par les cartels et par l’Etat, ces élections sont l’expression de la crise profonde du régime politique mexicain. L’issue du scrutin, dans ce cadre, pourrait entraîner des tensions accrues.




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