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Politique

"Pour Adama et les victimes de violences policières, les Gilets Jaunes ont marché avec nous"

3 ans après la mort d’Adama Traoré, Gilets Jaunes et quartiers populaires convergent pour exiger Justice et Vérité

Ce 20 juillet à l'appel du Comité Adama, jeunes des quartiers populaires, Gilets jaunes et Gilets noirs, cheminots et syndicalistes combatifs se sont retrouvés à Beaumont-sur-Oise (95) pour exiger justice et vérité pour Adama Traoré, mort le 19 juillet 2016 sous le poids de trois gendarmes lors un contrôle de police. Trois milles personnes ont ainsi manifesté ensemble contre les violences policières, dans un contexte de normalisation de la répression par Macron et son gouvernement.

Comme l’a rappelé Youcef Brakni, lors de la conférence de presse qui a précédé la marche, c’est dès le départ que le comité Adama, avec le Pôle Saint-Lazare constitué notamment des cheminots de l’Intergare et des étudiants mobilisés contre l’augmentation des frais d’inscription à l’université, a appelé à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes, contre le battage médiatique qui présentait ce dernier comme un mouvement poujadiste fascisant. Se reconnaissant dans la lutte pour la justice sociale, et contre l’autoritarisme du gouvernement et les violences policières, cette politique a été à l’avant-garde de la jonction avec les Gilets jaunes. C’est ce que démontre la réussite de cette manifestation où plus de trois milles personnes ont répondu présentes à l’appel. Parmi les manifestants, beaucoup de Gilets jaunes, de Gilets noirs, de cheminots, de postiers, de syndicalistes combatifs, ainsi que de familles de victimes de violences policières, venus témoigner leur solidarité avec la famille Traoré, et affirmer que des quartiers populaires aux mouvements sociaux, c’est la même police qui humilie, blesse, mutile, et tue. Etaient également présents plusieurs représentants politiques à l’instar d’Olivier Besancenot et Philippe Poutou portes-paroles du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Danièle Obono et Eric Coquerel députés de La France Insoumise (LFI), ou encore la sénatrice Esther Benbassa pour Europe Écologie Les Verts (EELV).

Crédits : https://twitter.com/RevPermanente/status/1152569549084090370

Dans une prise de parole Maxime Nicolle, figure des Gilets Jaunes également connu sous le nom de Fly Rider, a déclaré s’être rendu compte, au cours des six derniers mois de mobilisation, de l’intox des grands médias qui dissimulent les violences policières, en particulier contre les jeunes des quartiers populaires. De nombreux Gilets jaunes se sont également exprimés dans ce sens, à l’image d’Antoine, Gilet jaune de Bordeaux, dont la main a été arrachée lors d’une manifestation suite à un tir de grenade de désencerclement. Où encore de Milfet Redouane, fille de Zineb Redouane marseillaise de 80 ans morte à son balcon suite à un tir tendu de grenade lacrymogène par les forces de répression, qui n’a pas pu être présente, mais qui a tenu à adresser un message de soutien à la lutte pour la justice et la vérité pour Adama. Pendant la marche, les manifestants ont également scandé « Où est Steeve ? », en référence à ce jeune travailleur nantais mort noyé dans la Loire suite à une charge policière le soir de la fête de la musique.

Cette marche a montré que, plus qu’un scandale d’Etat, le combat pour exiger justice et vérité pour Adama est devenu un symbole de la lutte contre les violences policières et contre l’autoritarisme du gouvernement. Minutieusement préparée par le Comité depuis un an – Assa Traoré la sœur d’Adama ayant fait un véritable tour de France des quartiers populaires pour inviter toutes les victimes de violences policières à les rejoindre – des cars ont même été affrétés au départ d’Ivry et de Gare du Nord pour rejoindre Beaumont-sur-Oise. Un des cars a d’ailleurs été arrêté par les gendarmes, par suite d’une réquisition du parquet de Pontoise visant à rechercher les auteurs « d’actes de terrorisme », « vols », et « trafics de stupéfiants ». Alors qu’une quarantaine de personnes se rendant à la manifestation se trouvaient dans le bus, les gendarmes ont menacé d’immobiliser le véhicule pendant 4h si la totalité des voyageurs ne se soumettaient pas à un contrôle d’identité. Et si l’intervention d’Assa Traoré et Youcef Brakni munis d’une caméra pour dénoncer cet acharnement judiciaire et policier a poussé les gendarmes à laisser le bus repartir, cette tentative d’intimidation prouve la volonté politique de faire peur à ceux qui exigent justice et vérité pour Adama, tout comme elle démontre l’autoritarisme croissant d’un gouvernement qui répond par la matraque aux revendications de justice sociale.

Le frère de Gaye Camara, abattu à Épinay-sur-Seine le 16 janvier 2018, s’est également exprimé. « Nous on est nés dans la précarité, donc on a toujours été Gilets jaunes », a-t-il asséné pour mettre en avant le lien entre la lutte pour la justice sociale et le combat contre les violences policières. A ses côtés, les familles des trop nombreuses victimes de violences policières qui ont perdu un de leurs proches : les proches de Lamine Dieng, décédé en 2007 par étouffement de policier, d’Angelo, membre de la communauté des gens du voyage, abattu de 5 balles par le GIGN, de Mattis et Selom, morts percutés par un train le 15 décembre 2017 alors qu’ils étaient poursuivis par des policiers, de Babacar Gueye, abattu le 2 décembre 2015 à Rennes...

Dans la même veine, les Gilets Noirs et les collectifs de travailleurs sans-papiers ont aussi manifesté à Beaumont ce samedi pour dénoncer l’appareil policier qui s’abat contre les plus précaires de cette société. En effet, les travailleurs sans-papiers subissent non seulement l’exploitation la plus sauvage en occupant les travaux les plus pénibles, mais aussi les contrôles de police les plus brutaux, les enfermements en centre de rétention, et les déportations. C’est pourquoi le combat pour la justice sociale est indissociable du combat contre le racisme, comme l’a fait remarquer Omar Slaouti membre du collectif Rosa Parks.

Crédits : https://twitter.com/laveritepradama

Si le système capitaliste a toujours eu besoin d’un appareil policier pour défendre les plus puissants, et empêcher les jeunes des quartiers populaires, les travailleurs, les précaires, les chômeurs de remettre en cause les inégalités et oppressions sociales, le contexte actuel est marqué par une offensive du gouvernement qui veut mater la contestation par un accroissement des mesures autoritaires et par la banalisation des violences policières. Cette année a ainsi été marquée par la répression du mouvement des Gilets jaunes qui a fait des milliers de blessés, des centaines d’emprisonnés, des dizaines d’éborgnés et de mains arrachés, et qui a causé la mort de Zineb Redouane. Après avoir été déployées contre les quartiers populaires puis aux militants écologistes radicaux, ces techniques de répression ont été appliquées de manière massive à cette mobilisation sans précédent de par son ampleur depuis mai 1968, avant de se propager à l’ensemble des manifestations populaires comme cela a été le cas le soir de la fête de la musique à Nantes lors de laquelle Steve est mort noyé dans la Loire, ou encore contre les supporters algériens pendant la Coupe d’Afrique des Nations.

Dans ce cadre, le combat pour exiger justice et vérité pour Adama Traoré s’inscrit dans une lutte globale contre le gouvernement Macron et la répression d’’Etat. Alors que celui-ci n’en finit plus de s’attaquer au mouvement social pour faire passer ses contre-réformes anti-sociales, remet en cause les droits démocratiques notamment en s’en prenant aux journalistes, et méprise les couches populaires, en particulier racisées, à qui il ne propose rien d’autre que des gazs lacrymogènes et autres coups de matraque, il est nécessaire de construire une réponse avec l’ensemble de notre camp social.

Crédits : Mathieu Molard (https://twitter.com/MatMolard/status/1152596185686913026 )




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