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Politique

Journée de mobilisation interprofessionnelle du 22 mars

65 000 manifestants à Paris : cheminots et fonction publique ont convergé sur Bastille

A Gare de l'Est, le rendez-vous des cheminots. A Bercy, celui de la fonction publique. Le coup d'envoi était donné à 14h. Selon la CGT, 25 000 cheminots et 40 000 fonctionnaires ont ainsi convergé ce jeudi vers la place de la Bastille. Des chiffres que tous les observateurs qualifient des plus élevés depuis la mobilisation du printemps 2016 contre la loi Travail et l'arrivée au pouvoir de Macron.

Pour la première fois depuis le début du quinquennat Macron, après le passage de la loi Travail 2 par ordonnance sans beaucoup de remous, une contre-réforme d’ampleur – la réforme de la SNCF- provoque des remous. Au sein des cheminots d’abord, qui étaient nombreux à répondre à l’appel à la grève de ce 22 mars, dont le préavis a été seulement déposé par la fédération SUD-Rail, puis l’UNSA, les autres fédérations, dont la CGT, s’étant contentées d’appeler les cheminots à rejoindre la manifestation nationale sur Paris. Pourtant, la grève a été extrêmement suivie, avec des taux exceptionnels à l’échelle nationale – les lignes TGV perturbées à 75%, les inter-cités à 60% et les transiliens à 50%. Et cela s’est vue dans la rue : près de 25 000 cheminots venus de région parisienne mais aussi de toute la France s’étaient donnés rendez-vous pour défendre le service public du rail. Mais aussi le statut, dernière garantie de stabilité de l’emploi, ceux d’autant plus dans une profession où les rémunérations sont bien plus faibles que dans le privé, et qui a déjà été bien attaquée lors des réformes précédentes.

Ce statut, brandi comme le chiffon rouge de la division par le gouvernement et l’appareil médiatique, n’aurait pas eu l’effet escompté sur les autres travailleurs du privé, dont certains secteurs ont profité de l’appel national pour se mettre en grève. Ainsi, dans la manifestation, on aura pu voir des cortèges du Renault Lardy, PSA-Poissy, des postiers, et des travailleurs de la RATP, notamment des conducteurs de bus, à 30% grévistes ce jeudi.

Devant les cortèges cheminots, organisés par couleur syndicale, s’était greffé le « cortège de tête » qui a valu la sortie et l’utilisation, pour la première fois à Paris, des canons à eau par les forces de police au niveau du boulevard Beaumarchais, à quelques mètres de la place de la République. Sans parvenir pourtant à dissoudre la manifestation qui s’est poursuivie pour arriver vers la place de la Bastille aux environs de 17 heures.

Côté fonction publique, beaucoup de monde également. 40 000 manifestants selon la CGT, étaient dans la rue ce jeudi. Des chiffres pas très éloignés de la dernière manifestation fonction publique, le 10 octobre dernier, qui comptait 45 000 manifestants à Paris. La manifestation de fonction publique, appelée par 7 organisations syndicales sur 9 (sans la CFDT et l’Unsa), l’intersyndicale l’a voulue maintenue sur un parcours distinct de celui des cheminots. Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, 1er syndicat dans la fonction publique, compte maintenir ses distances avec le mouvement à la SNCF. « Le statut de cheminot n’est pas le statut de la fonction publique », avait-elle rappelé lors d’une précédente conférence de presse. Même si ce statut de fonctionnaire s’avère lui aussi menacé par la réforme qu’a lancé le gouvernement depuis le 1er février.

Pourtant, le long du boulevard Dausmenil, c’est aussi la question du service public qui était sur toutes les lèvres. Un service public, acculé par les coupes budgétaires comme le chantait le cortège des hospitaliers sur un air d’Edith Piaf, « Allez viens-voir Macron, on est pas des fainéants... ».

Côté éducation, de la colère aussi. Les collèges et lycées du 93, réclament des moyens supplémentaires depuis déjà plusieurs mois pour réaliser une éducation prioritaire qui n’en a désormais plus que le nom et pas l’ombre des moyens suffisants. On apercevait les banderoles d’Aubervilliers, Stains, Bagnolet, St-Denis, notamment.

Devant eux, un cortège bien visible, comprenant plusieurs centaines d’étudiants, battait le pavé, même si tout, du côté du gouvernement et de l’administration des universités, avait été fait pour étouffer la contestation. A Paris 1, par exemple, la fac avait décidé de fermer administrativement l’ensemble de ses sites pour éviter toute tenue d’Assemblée Générale et tout départ en manifestation. En dépit de cela, la mobilisation contre Parcoursup, côté étudiant, s’est révélée plus nombreuse que le 15 mars dernier.

Cette journée de mobilisation à Paris comme partout en France constitue plus qu’un premier avertissement lancé au gouvernement. Avec le succès de cette journée de grève et de manifestation, les préavis de grève dès le 3 avril à la SNCF, et la rencontre de l’Intersyndicale de la fonction publique le 27 mars prochain durant laquelle devrait se discuter une prochaine date de mobilisation, les bases sont jetées pour une convergence des luttes, cheminots, fonction publique.... et aussi secteur privé qui n’a pas été épargné par les dernières lois travail.




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