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Politique

Faire barrage au FN… ou renflouer la digue ?

Après Montpellier, Lille, Paris : quand Jupiter donne des ailes aux groupuscules d’extrême-droite

Qui croyait faire barrage à l’extrême-droite en votant en mai 2017 Emmanuel Macron sera bien étonné de voir comment, sous la Macronie, les groupuscules néo-fascistes se sentent pousser des ailes. L’attaque fasciste à l’université de Montpellier, sinon lancée, du moins encouragée et couverte par des représentants de l’institution universitaire est symptomatique du fait, qu’en ces temps d’autoritarisme forcené exercé par le pouvoir, les militants d’extrême-droite s’arrogent le droit de passer à l’action.

Montpellier, Paris, Lille : trois attaques fascistes en une semaine

Il y a eu le cas le plus médiatique : Montpellier. Après s’être vu ouvert les portes de la faculté et de l’amphithéâtre par le doyen, Philippe Pétel, une trentaine d’hommes cagoulés, pour la plupart, s’en sont pris à des étudiant.e.s occupants un amphithéâtre, à coup de poing et de latte de bois. Quatre étudiant.e.s ont été hospitalisés. A Paris, dans le lycée autogéré situé dans le 15ème arrondissement, le même type d’expédition – à visage découvert cette fois – a été orchestré par des militants, vraisemblablement identifiés comme appartenant au Groupe Union Défense (GUD). A l’université de Lille 2 enfin, des militants d’extrême-droite s’en sont pris physiquement à des étudiant.e.s mobilisé.e.s contre le plan ORE et Parcoursup. Trois attaques, en moins d’une semaine, dont les méthodes violentes ont tout à voir avec celles pratiquées parmi les groupes d’extrême-droite, identitaire, ou apparentés. Et si cela ne suffisait à convaincre les plus réticents, les insultes proférées – homophobes et racistes – ainsi que les saluts nazis, observés à Lille, sont là pour écarter tout soupçon sur le profil idéologique des agresseurs.

A Montpellier, doyen et enseignants dans leur « bon droit » ?

Le cas le plus emblématique à ce jour reste celui de Montpellier où des représentants et personnels de l’université ont sinon participé, du moins largement couvert et encouragé le passage à l’acte de militants d’extrême-droite. Dans le cas de Jean-Luc Coronel de Boissezon, professeur de droit à l’université de Montpellier, qui a été vu frappant une étudiante à Montpellier, des photographies attestant sa présence lors d’un événement organisé par la Ligue du Midi, soulignent de très probables accointances avec les idées de l’extrême-droite. Cependant, comment expliquer que des personnels de la faculté de droit de Montpellier se sentent la légitimité suffisante pour avoir recours à ces méthodes fascistes sinon par le fait qu’ils identifient, dans l’attitude autoritaire du gouvernement vis-à-vis du mouvement social, une situation qui les renforce, voire qui va dans leur sens ?

L’autoritarisme macronien

En effet, à Montpellier, le groupuscule fasciste a agit comme une force supplétive de la police dont l’intervention – contrairement aux autres facultés de France – a été bloquée par la préfecture. Depuis plusieurs semaines, les tentatives de mobilisation et de blocage qui ont eu lieu à Bordeaux, Dijon, Besançon, Strasbourg, ont été systématiquement cassées par les forces de police, qui n’ont pourtant pas le droit, théoriquement, de pénétrer dans l’enceinte des universités depuis 1968. Sur fond de mobilisation naissante dans le jeunesse, Macron compte tuer dans l’œuf la contestation, en « normaliser » l’intervention des forces de polices dans les universités que Hollande avait déjà instauré pendant le mouvement de 2016.

De plus, la lenteur de la procédure d’enquête administrative concernant les principaux responsables de ces agissements – le doyen et quatre enseignants seraient mis en cause – au regard des faits – violences en bande organisée – est un signal que l’Etat ne prend pas toutes les dispositions nécessaires pour faire la lumière sur cette attaque : à ce stade, la seule démission du doyen Philippe Pétel a été exigée sous la pression de la forte mobilisation ; près d’une semaine après les faits, il a été mis en garde à vue avec le professeur de droit, Jean-Luc Coronel de Boissezon ; pour autant, selon Me Demersseman, avocat des étudiant.es interrogé par Médiapart, aucun des dix témoins qu’il a adressé au procureur de la République n’a été contacté par les services d’enquêtes depuis vendredi.

Bonapartiste dans ses méthodes, menant une politique antisociale, le gouvernement Macron a depuis plusieurs mois fait preuve d’un autoritarisme qui tend à se raffermir à mesure qu’il génère de la contestation. D’abord, il emprunte le programme du FN sur la question des migrants, pour ensuite imposer un service militaire obligatoire pour embrigader la jeunesse. Des politiques qui n’ont rien pour déplaire aux yeux de l’extrême-droite.

C’est dans ce contexte favorable à la répression et à l’autoritarisme du pouvoir que se multiplient les exactions de l’extrême-droite, qui sent le vent aller dans son sens. Un peu trop vite cependant pour l’opinion publique qui a été choquée de l’attaque perpétrée à Montpellier. Un sursaut qui devrait faire prendre conscience que le gouvernement Macron, loin d’avoir fait barrage au Front National et à la montée de l’extrême-droite, contribue, comme dirait Frédéric Lordon à faire déborder la digue.




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