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Politique

Macron a supprimé les emplois aidés

Après l’annonce de la fin de son contrat aidé, une employée d’Ehpad se suicide

Une femme de 43 ans, en contrat aidé à l’Ehpad de Cunlhat, dans le Puy-de-Dôme depuis avril 2017, s’est suicidée, mardi 9 janvier à son domicile, soit le lendemain du jour où elle a appris que son contrat aidé était supprimé. Des contrats aidés que Macron a décidé de restreindre drastiquement.

« Nous venons d’apprendre qu’une de nos collègues, contrat d’aide à l’emploi dans un Ehpad, vient de mettre fin à sa vie. Elle a appris hier, le jour de son suicide, que son contrat ne serait pas renouvelé »

Explique Jacques Cocheux, responsable régional CGT.

La femme, âgée d’une quarantaine d’années, travaillait depuis moins d’un an dans cet Ehpad. Elle s’occupait des résidents, assistait ses collègues aides-soignants, tout en faisant des tâches d’entretien des locaux. L’établissement accueille 107 résidents pour seulement une soixantaine d’employés. Dans ce contexte déjà difficile, l’annonce de son suicide a bouleversé ses collègues. « On manque de monde, les agents sont épuisés. Sur l’année on doit être à 30% d’arrêts maladie. On est en souffrance », assure une militante syndicale de l’établissement à France Bleu.

Selon la CGT, « l’insuffisance des effectifs et des moyens dans les établissements accueillant des personnes âgées (Ehpad) et dans les services d’aide à domicile est reconnue par tous. » Pour Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et membre de la Fédération CGT Santé et Action sociale, ce suicide est lié à une situation catastrophique dans les Ehpad et plus largement dans les hôpitaux. Et celui-ci de s’exprimer ainsi : « La situation dans les hôpitaux est pire que ce qu’a connu France Télécom dans ses heures les plus sombres ».

De son côté, le directeur de l’établissement tente de se dédouaner de toute responsabilité. « Pour moi, à l’heure actuelle, aucun élément ne laisserait penser que la situation de l’établissement serait à l’origine d’un drame personnel », explique Julien Blot, le directeur de l’Ehpad. Cette personne-là avait effectivement fait preuve d’un certain investissement depuis son arrivée à l’établissement. On était en mesure de lui proposer une évolution. Je présente toutes mes condoléances au nom de l’établissement, des professionnels, à la famille ». Une telle certitude qui a de quoi laisser perplexe.

Pourtant, la concordance des faits est suffisamment troublante pour émettre ne serait-ce qu’un doute ou même quelques certitudes. « Il est clair que cette professionnelle a appris que son contrat aidé ne serait pas renouvelé. Quand vous êtes déjà en situation précaire, éventuellement avec d’autres difficultés dans votre vie familiale, cela peut être la goutte d’eau qui fait déborder le vase », explique Christophe Prudhomme. Cela d’autant plus que la situation est catastrophique dans le public comme le privé dans les EHPAD.

Des témoignages d’infirmier.e.s et d’aides-soignant.e.s en maison de retraite ne cessent d’ailleurs d’affluer, dénonçant la maltraitance des patients et leurs conditions de travail désastreuses. Et ce n’est pas la suppression des emplois aidés décidé par le gouvernement en masse passant de 459 000 « emplois-aidés » en 2016, à 293 000 en 2017 qui améliore les choses... En Auvergne sur les 300 contrats aidés de ce secteur 200 sont supprimés. Comme beaucoup d’établissements, l’Ehpad de Cunlhat est touché par la suppression progressive de nombreux contrats aidés.

Ce secteur médico-social est frappé de plein fouet par la suppression des contrats aidés annoncée par le Gouvernement : 12 500 contrats sont menacés. Face à cette situation, une intersyndicale, regroupant Les fédérations syndicales FO des services publics et de santé, CGT santé et action sociale, CGT des services publics, CFDT santé/sociaux, Unsa santé/sociaux et CFTC santé/sociaux se mobiliseront au cours d’une grève nationale le mardi 30 janvier 2018. Dénonçant une situation "explosive et intenable", ils revendiquent l’abrogation de la réforme de la tarification des Ehpad et une hausse des effectifs. Face aux suicides des professionnels dans les hôpitaux, "la CGT demande des sanctions" explique Christophe Prudhomme.




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