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Monde

Catalogne – Déclaration du CRT

Aucun pas en arrière ! Résistance pour défendre la République Catalane et pour lutter contre la Couronne et le Régime dans tout l’Etat espagnol

La République Catalane est menacée. Le Govern ne prépare pas la résistance contre l’offensive monarchique. Boycott aux élections appelées par le Régime. Mobilisation et auto-organisation ouvrière et populaire.

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Vendredi dernier, le Parlement de Catalogne proclamait la République catalane avec 70 voix pour, 10 voix contre et 2 abstentions. Une vague d’enthousiasme s’est étendue dans les rues de tous les villages et les villes de la Catalogne, et des dizaines de milliers de personnes ont inondé le centre-ville de Barcelone et de la Place Sant Jaume. Pour des millions de catalans et catalanes, c’est la mise en pratique de la volonté majoritaire pour l’indépendance qui s’est exprimé lors du référendum du 1-O.

Cet après-midi, le Régime de 1978 mettait en place l’engrenage répressif afin d’avorter la nouvelle République. Le Sénat, avec le soutien du Parti Populaire (PP), du Parti Socialiste espagnol (PSOE) et de Ciudadanos (Cs) donnait le feu vert à l’application de l’article 155 de la Constitution. Le Conseil des Ministres a approuvé les premières mesures de ce coup institutionnel : la destitution du Président et de la totalité du Govern, de 117 fonctionnaires haut placés, de nombreux organismes de la Generalitat, ainsi que la dissolution du Parlement afin d’appeler à des élections anticipées le 21 décembre. L’objectif est celui de donner une image « démocratique » à cette offensive réactionnaire. Une politique commanditée par le roi.

Nous sommes face à un véritable coup institutionnel qui cherche à imposer une clôture réactionnaire à la crise catalane, et par ce biais, de la crise du régime de 1978. L’objectif est celui d’obtenir la défaite du mouvement catalan par la force ou par la claudication de sa direction. Sur cette base, la nouvelle « grande coalition » annoncée par la Couronne essaiera d’accomplir une reconfiguration du Régime sous un angle centralisé et de limitation des droits et des libertés, base à partir de laquelle ils essaieront de faire passer de plans d’austérité encore plus durs à l’encontre de la classe ouvrière et des classes populaires.

Si le peuple catalan est capable d’exercer son droit à l’auto-détermination jusqu’au bout, une situation semblable peut s’ouvrir dans le reste de l’Etat, où la lutte contre le Régime, héritier de la dictature, se développe. Une lutte d’ensemble qui permettrait d’envoyer la monarchie dans les poubelles de l’histoire, en finir avec cette démocratie pour les riches et imposer des Assemblées Constituantes Libres et souveraines en Catalogne et dans tout l’Etat espagnol, pour que les travailleurs et le peuple puissent discuter, débattre et résoudre les problèmes sociaux et démocratiques. Sinon, si le peuple catalan est vaincu, cela peut ouvrir les portes à une restauration réactionnaire de l’Etat, néo franquiste, et à une offensive encore plus dure contre nos droits sociaux et démocratiques. Depuis le CRT, nous nous battons pour une République catalane ouvrière et socialiste, en même temps que nous sommes prêts à défendre la République récemment proclamée par le biais d’un processus de mobilisation et d’auto-organisation.

La politique des directions de Podemos, Izquierda Unida et les formations politiques « En comun », ainsi que celle des directions syndicales de CCOO et UGT, sont néfastes. Ils refusent de reconnaître la République Catalane, car elle n’a pas été proclamée « légalement ». C’est-à-dire que cette proclamation ne rentre pas dans le cadre légal du régime de 1978 qui, comme cela a été démontré par l’attitude du Sénat, ne permet pas l’application du droit à l’auto-détermination. Leur dénonciation contre l’application de l’article 155 de la Constitution ne reste qu’une déclaration de bonnes intentions. Ils n’appellent pas à la mobilisation et finissent par accepter l’appel aux élections du 21 décembre.

Pablo Iglesias, Garzon et Ada Colau ont salué l’appel à des élections comme une voie de « résolution démocratique » de la crise catalane. Ce sont des élections qui ont été imposées d’un coup, et qui vont être célébrées avec un Généralitat intervenu sous l’égide d’un parti qui a obtenu 8,5% des voix, de milliers de gardes civiles et d’effectifs de la police nationale déployés sur le territoire, avec des prisonniers politiques et des dizaines de procès judiciaire ouverts. Avec une telle position, la gauche réformiste, qui prônait une « régénérescence » progressiste du régime de 1978, se positionne de fait comme l’aile gauche de l’application de l’article 155.

S’ils étaient véritablement démocratiques et s’ils défendaient réellement les intérêts des travailleurs, les directions syndicales et de la gauche réformiste devraient prendre une position totalement opposée à celle qu’ils ont prise. Ils devraient appeler à des mobilisations dans tout l’Etat en soutien à la République Catalane et contre le régime de 1978. Ce n’est pas possible de prôner le soutien aux travailleurs et au peuple, tout en soutenant les élections réactionnaires mises en place depuis Zarzuela.

Les menaces qui s’abattent sur la République Catalane sont énormes et exigent une réponse à la hauteur pour la défendre. Cependant, ce n’est ni le projet du gouvernement ni celuide la direction souverainiste. Lors du premier Conseil Exécutif aucun décret n’a été approuvé afin de mettre en route le nouvel Etat. Quant à la résolution votée par le Parlement, elle n’a pas été publiée.

Jusqu’à présent aucun membre du gouvernement n’accepte la suspension, mais, dans le même temps, même le Président ne s’est pas présenté comme tel lors de sa prise de parole télévisée (qu’il a par ailleurs refusée de faire depuis le Palau de la Generalitat). Lors de cette prise de parole, il s’est limité à rejeter l’application de l’article 155, à appeler au calme et à mettre en place une « opposition démocratique », sans plus de détail, et surtout sans rejeter la manœuvre autour des élections du 21 décembre. Le commandement des Mossos d’Escuadra a accepté l’intervention du pouvoir central et ont demandé de la loyauté envers le gouvernement central.

De la même manière, l’Assemblée Nationale Catalane (ANC) et Omnium n’appellent pas non plus à la mobilisation pour combattre le coup institutionnel et pour défendre la nouvelle République. Après les manifestations de vendredi, ils ont appelé à se reposer et reprendre des forces. Mais l’Etat espagnol ne perd pas une seule seconde dans la mise en place de son offensive.

Cette attitude d’appel au « calme » et à la « sérénité » n’est rien d’autre qu’un appel à l’inaction, c’est-à-dire au fait que l’application de l’article 155 se fasse dans le « calme » et la « sérénité ». Cela nous rappelle, tout en voyant des moments historiques différents, les appels au calme du Gouvernement catalan lorsque la nouvelle du coup d’état de 1936 s’est fait connaître. Heureusement, ils n’ont pas été entendus à ce moment-là, et les organisations ouvrières ont réagi et ont riposté face au coup d’État qui a été défait en l’espace de quelques heures.

Le mouvement démocratique catalan ne peut pas rester en attente d’un gouvernement qui a plus peur de déployer les forces d’un processus de lutte révolutionnaire en défense de la République qu’ils ont eux-mêmes proclamée, qu’à la répression de l’Etat central. Les rumeurs véhiculées par différents médias comme quoi ils seraient prêts à participer aux élections du 21 décembre (pour ne pas rester en dehors du pouvoir autonome restauré par l’application de l’article 155) doivent nous alerter sur la possibilité d’une claudication historique. Le meilleur argument pour justifier une telle décision serait que la jeune République soit écrasée dans le « calme » et la « sérénité » par l’Etat central dans les prochains jours, sans même que le Gouvernement et les entités souverainistes ne s’y opposent.

Les CUP, la gauche syndicale et les Comités de Défense du Référendum (CDR) doivent rejeter ces élections imposées par l’application de l’article 155 et ils doivent appeler l’ensemble du bloc souverainiste à les boycotter également. Ils doivent proposer un plan de défense basé sur la mobilisation et l’auto-organisation ouvrière et populaire, qui appelle à des manifestations et à des rassemblements autour du Palau de la Generalitat et autour des entités sur lesquelles l’Etat central cherchera à reprendre le contrôle. Il est indispensable et urgent d’organiser des grèves dans les secteurs clés afin de combattre l’application de l’article 155 (l’éducation, l’administration, les moyens de communication et les médias, et le transport), pour commencer à préparer une nouvelle journée de grève générale. En même temps, il est fondamental d’impulser l’extension, la massification et la coordination des CDR dans les quartiers, les lieux d’étude et de travail, pour avancer dans la constitution d’une direction ouvrière et populaire de cette lutte.

Ce sont des mesures essentielles de défense, contre le coup porté par le gouvernement central, qui doivent être accompagnées par les principales revendications sociales qui puissent élargir la base du mouvement au sein de la classe ouvrière. Ces problèmes ne pourront être résolus que dans le cadre de la mise en place d’une Assemblée Constituante imposée par la mobilisation et dont la garantie émane des organismes d’auto-organisation ouvrière et populaire mis en place petit à petit.

Jusqu’à présent, une partie de la classe ouvrière ne s’est pas appropriée la lutte pour l’indépendance en raison du caractère bourgeois de sa direction, par ailleurs responsable de l’application des pires mesures d’austérité depuis des décennies, et en raison également du contenu qu’elle veut imprimer à la nouvelle république, une république des capitalistes catalans. Pour que la puissance sociale de la classe ouvrière soit mise au service de la république catalane, seul moyen de défaire l’offensive du Régime, il est nécessaire de poser clairement des mesures d’expropriation et de contrôle ouvrier des grands capitalistes qui sont partie prenant de la « guerre économique » contre l’indépendance, des mesures de partage du temps de travail sans réduction de salaire ou encore d’expropriation des logements vides des mains des spéculateurs immobiliers. Autrement dit, lutter pour la construction d’une république des travailleurs et socialiste.




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