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Monde

La soi-disant société civile…

Barcelone. Une foule réactionnaire en soutien à la monarchie post-franquiste

Une fois n’est pas coutume, on se situera au-dessous des chiffres communiqués par la police. Les organisateurs de la marche de Barcelone contre l’indépendance, ont lancé à la presse le chiffre de 950.000 manifestants, n’osant pas aller jusqu’au million. La garde municipale, la police de Barcelone qui dépend de la mairesse Ada Colau, qui est loin de porter le droit à l’autodétermination dans son cœur, a donné le chiffre de 350.000. En réalité, selon les observateurs les plus sérieux, le chiffre de manifestants n’aurait pas dépassé 250.000 personnes.

Un quart de million néanmoins. Un chiffre énorme pour une manifestation ultra-réactionnaire, en soutien à la monarchie, au gouvernement de droite, faisant appel à l’application de l’article 155 de la Constitution de 1978, permettant de suspendre l’Autonomie catalane, voire même à l’entrée en vigueur de l’article 116, permettant d’instaurer l’état de siège. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la mobilisation de dimanche, une semaine après le résultat sans appel des urnes en faveur de l’Indépendance, était on ne peut plus droitière, se situant dans le sillage du discours martial et menaçant du roi, retransmis à la télévision, mardi.

Pour s’en convaincre, il suffisait de regarder la composition du cortège. Organisée par la soi-disant Plateforme de la société civile catalane, c’était surtout des politiciens marqués à droite ou très hostiles au principe d’autodétermination des nationalistes historiques de l’Etat espagnol que l’on croisait au fil du cortège : Albert Rivera, le leader de Ciudadanos (Cs), le parti « antipolitique » de droite, pendant réac’ de Podemos, Cristina Cifuentes, la présidente de droite de la communauté autonome de Madrid, soupçonnée de corruption généralisée dans le cas de « l’Affaire Púnica », les dirigeants catalans de Cs, du Parti Populaire (droite) et du Parti Socialiste Catalan, ceux-là même qui ont exigé et obtenu l’interdiction de la séance plénière du Parlement catalan ce lundi de façon à empêcher Carles Puigdemont, le président de la Généralité, d’y proclamer l’Indépendance.

Et puis, au milieu des slogans invoquant la grandeur de l’Espagne, appelant à « en finir avec les indépendantistes » et à incarcérer les leaders catalanistes, il y avait les purs et durs : la Phalange espagnole, le Somatén, ce corps de répression civil de volontaires recréé par Franco, Democracia Nacional ou encore Vox, soit tout ce que l’Etat espagnol peut faire de plus ouvertement fasciste et nostalgique du Caudillo. En début de matinée, plusieurs milliers de manifestants étaient d’ailleurs allés rendre hommage à l’action des forces de répression en se déplaçant devant les casernes de la Travesera de Gracia et de la rue Laietana de la Garde civile et de la Police nationale.

En termes de chiffres, ils ont été largement gonflés et surévalués par les organisateurs, mais également par la mairie de Barcelone. Infiniment moins importante que les dernières grandes manifestations de La Diada, la fête nationale catalane du 11 septembre, et bien moins massive que la grande manifestation après la grève générale du 3 octobre, la mobilisation de ce dimanche a rassemblé autour de 250.000 personnes qui ont défilé : sur un parcours long de 2 km, sur des chaussées de 40m de largeur, selon les organisateurs eux-mêmes, à raison de 3 personnes par mètre carré, le calcul est vite fait.

Des bus et des trains spéciaux avaient été organisés pour l’occasion pour renforcer ce que la presse espagnole et européenne a voulu présenter comme la « majorité silencieuse ». Une foule très importante, sans doute, mais radicalement moins nombreuses que la majorité sociale qui s’est clairement exprimée en faveur de l’Indépendance, dimanche dernier, et qui a réitéré sa position lors de la grève générale du 3.

Néanmoins, face aux discours ultraréactionnaires d’un Mario Vargas Llosa, prix Nobel péruvien de littérature appelé en renfort pour vomir sa haine de la Catalogne et son amour de l’ancienne métropole coloniale, ce dimanche, face au « coup d’Etat des marchés », avec les grandes entreprises catalanes qui délocalisent dans l’urgence leurs sièges sociaux de Barcelone à Madrid, à savoir devant les pressions symboliques et bien réelles du capital et de ses alliés, il faudra davantage que la simple « prophétie auto-réalisatrice de la direction du ‘Processus’, à savoir du PDECat, de l’ERC et de la CUP, qui prétend qu’il serait possible d’arracher l’indépendance en esquivant la question de l’affrontement avec l’Etat espagnol et ses pouvoirs, et ce uniquement parce qu’une majorité de Catalans s’est exprimé pour la séparation, souligne Santiago Lupe, de la direction du Courant Révolutionnaire des Travailleu-se-r-s de l’Etat espagnol, en analysant la manifestation de ce dimanche. La direction du ‘Processus’, avec à sa tête Carles Puigdemont, cherche la façon de reculer, car elle n’est pas partisane de mettre en marche les forces sociales nécessaires pour battre en brèche le bloc réactionnaire espagnoliste qui a manifesté, dimanche, à Barcelone. Plus que jamais, poursuit Lupe, la question de l’intervention de la classe ouvrière, aux côtés de la jeunesse, est essentielle, non seulement en Catalogne mais également au niveau du reste de l’Etat espagnol, pour faire reculer la droite et ses alliés, héritiers des heures les plus sombres de l’histoire du XXème siècle ».

[Crédit photo : Antonio Litov, LID.es. « Assez de pressions, Carles Puigdemont en prison » et « Merci aux policiers et aux garde-civils pour leur aide », disent ces deux affichettes brandies par une manifestante, à Barcelone, dimanche 8 octobre]




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