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Notre classe

Journée sans cheminots

Bataille du rail : dans la manifestation parisienne, on cherche à « durcir le mouvement »

Journée de grève réussie à la SNCF : avec près de 75% des conducteurs en grève, on observe un net sursaut de mobilisation chez le personnel indispensable à la circulation. A Paris, dans la manifestation, beaucoup d’entre eux voudraient voir le mouvement se durcir.

Après les parodies de négociations qu’avait organisé le gouvernement la semaine dernière et surtout après la publication d’un document interne révélant les plans de la direction du groupe pour privatiser la majeure partie des activités, on pouvait s’attendre à une grosse journée de mobilisation à la SNCF aujourd’hui. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette « journée sans cheminots » est une réussite. Près de 75 % des conducteurs, 74 % chez les contrôleurs et 37 % chez les aiguilleurs sont en grève pour cette journée sans cheminot. Signe de ce sursaut, la mobilisation a enregistré un net sursaut chez les cadres, en grève à 10,14% (contre 3,1% mercredi dernier). Dans la manifestation parisienne, les cortèges de la CGT, Sud Rail et FO Cheminots ont rassemblé au moins 2000 grévistes, accompagnés par les étudiants en lutte contre la sélection.

Cependant, cette journée est source de beaucoup de questionnements chez les grévistes, qui se demandent comment poursuivre le mouvement. La volonté que la journée ne soit pas « un jour sans lendemain » est dans de nombreuses têtes. G., cheminot au technicentre du Landy fait partie de ceux-ci : « on a appelé à une journée sans cheminots ; j’aurais préféré que ce soit une semaine ou un mois. On a reconduit à plus de 50 sur Paris Nord, on verra demain comment on peut convaincre les collègues de nous rejoindre  » avance le syndiqué Sud Rail. Au Landy, dans le nord de la région parisienne, ils étaient près de 50 % à être en grève aujourd’hui, soit une mobilisation plus importante que le 22 mars.

Si les directions des syndicats revendiquent ce sursaut de mobilisation, c’est essentiellement pour mettre la pression sur gouvernement, inflexible. Cela est d’autant plus évident que la question des suites à donner à ce sursaut de mobilisation, ou encore celle du retrait est quasiment absente des revendications des directions syndicales. Ainsi, beaucoup de cheminots ne voient pas la traduction de ces appels dans un politique concrète pour la grève : « il va falloir que les organisations syndicales se mettent d’accord entre elles pour mettre en place un vrai plan de bataille pour gagner sinon on va le faire nous-même » avertit G. du Landy. Une forme d’avertissement envers les directions des syndicats, et notamment celle de la CGT, qui mène la danse dans l’intersyndicale. A côté de lui, un collègue renchérit : « c’est à nous, cheminots, de nous organiser nous-même, pour interpeller les directions syndicales et qu’elles durcissent le mouvement. Après un mois et demi de perlée, on a rien obtenu. Les directions syndicales vont devoir chercher la gagne.  »

Après la publication d’un document montrant les plans de la direction de l’entreprise pour privatiser l’entreprise, beaucoup espèrent que cela va donner l’envie aux sceptiques de se rejoindre le mouvement dans la durée, d’autant plus que pour les salariés, la privatisation n’est pas seulement synonymes de précarité, mais aussi de danger pour la sécurité des voyageurs : « je ne pas voir un Brétigny-bis (accident de 2013 ayant causé 7 morts) ; on se bat aussi pour que quand un usager entre dans un train, il soit en sécurité. Le statut nous permet aussi d’empêcher un train de rouler s’il n’est pas en état. Demain, si on est dans le privé, on pourra être viré si on accepte pas de faire rouler un train coûte que coûte » finit de confier G.




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