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Jeunesse

« Sois jeune et tais-toi »

« Bloquer un lycée, c’est illégal ». Blanquer criminalise l’opposition des lycéens à Parcoursup

Sur France Culture, le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer est revenu sur les arrestations et les poursuites de lycéens mineurs lors de l’occupation d’Arago, le 22 mai dernier. « Bloquer un lycée est illégal » a-t-il simplement déclaré, balayant d’un revers de main l’hostilité réelle des lycéens vis-à-vis de Parcoursup, maintenant que le couperet des résultats est tombé. Énième expression du tour de vis autoritaire du gouvernement qui souhaite museler la jeunesse.

Crédits photo : Sipa

Sur les ondes de France Culture, mercredi matin, l’opération communication de Jean-Michel Blanquer avait plusieurs objectifs : faire le service après-vente de la très contestée plateforme d’affectation et de sélection à l’entrée de l’université, Parcoursup, lancer la nouvelle réforme de l’enseignement professionnel et réaliser la promo de son dernier « opus » sur la « confiance », nouveau mot-valise sensé renouer le lien entre école et élève, mais aussi et surtout entre le ministère, la jeunesse et les professionnels de l’enseignement. En vérité, ce qu’il ressort de l’entretien, c’est surtout l’autoritarisme d’un ministre, à l’image du gouvernement, qui s’enferre dans ses certitudes, multiplie les éléments de langage pour étouffer les récriminations qui l’éclaboussent. Vis-à-vis de Parcoursup, dont les premiers résultats sont tombés la semaine dernière et les longues listes d’attente anxiogènes que la nouvelle plateforme génère. Vis-à-vis de sa gestion de sa contestation à Parcoursup avec le cas des interpellations de mineurs le 22 mai dernier lors de la tentative d’occupation pacifique du lycée Arago.

Les interpellations de mineurs, « c’est la normalité. On ne doit pas bloquer un lycée » assume Blanquer

Les conditions d’interpellation des occupants d’Arago ont été d’une violence spectaculaire. Une soixantaine de personnes, dont des mineurs ont été retenues et entassées plus de quatre heures dans une fourgonnette de police, sans eau, ni possibilité d’aller aux toilettes ou de communiquer avec les forces de l’ordre. Les chefs d’accusation qui sont ressortis après des garde-à-vue qui sont allées jusqu’à 48 heures portent essentiellement sur les supposées intentions des interpellés, sur leur tenue, le port de lunette de piscine ou la détention de fioles de sérum physiologiques. Un collectif de parents d’élèves, dont beaucoup ne savaient pas où se trouvaient leurs enfants lors de ces garde-à-vue, ont décidé de saisir le défenseur des droits.

« Ils nous ont fouillé, ils nous ont demandé de nous mettre nus. […] On nous a donné la cellule de dégrisement, dans la pisse et le vomi des gens d’avant ». Face au témoignage de Khalil, 16 ans, lycéen de seconde, diffusé en début d’interview, Blanquer affiche sa fermeté. « Il est tout à fait normal de se faire arrêter quand on fait quelque chose d’illégal. Et bloquer un lycée, c’est illégal » décrète-il. Justifiant la gestion répressive de l’événement, il ajoute : « c’est la normalité, on ne doit pas bloquer un lycée ». Par ces mots, Blanquer veut mettre fin au traditionnel « blocus » de lycée, traditionnelle et unique moyen d’action de la jeunesse scolarisée, principale concernée par la réforme de la sélection à l’université. Il renoue avec la plus pure tradition réactionnaire d’avant 1968 qui avait valu la célèbre affiche : « sois jeune et tais toi ».

La vigueur de la répression policière au lycée Arago s’est appuyé sur deux infractions nées sous l’ère Sarkozy : le délit « d’intrusion dans un établissement scolaire » et la « participation à un attroupement en vue de la préparation de dégradation ou de violences ». « Un droit pénal putatif donc, formidable outil dans ce contexte revendicatif » a pu souligner le syndicat de la magistrature. Force est de constater que les lois de répression, émises dans un contexte sécuritaire, sont clairement utilisées à des fins de répression du mouvement social, et pour la première fois contre des mineurs, lycéens mobilisés.

Voilà la grande innovation pédagogique de Jean-Michel Blanquer.

Pour la « confiance », on repassera.




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