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Brésil. Après une journée de « guerre judiciaire », Lula reste en prison

L’ancien président Lula, en prison depuis début avril a failli être libéré ce dimanche. Un juge de la Cour d’appel a répondu à la demande d’habeas corpus — le droit fondamental de ne pas être emprisonné sans jugement— déposée par trois députés du PT, le Parti des Travailleurs, celui de l’ancien président, en ordonnant sa libération. Mais après une journée de « guerre judiciaire » entre différents juges et pouvoirs, le tribunal a décidé de maintenir Lula en prison.

Traduction de La Izquierda Diaro par Muriel Radler

Le juge Rogerio Favreto, du Tribunal Régional Fédéral de Porto Alegre, a accordé dimanche matin « l’habeas corpus » à Lula et a demandé que la mesure soit exécutée en « urgence » . La décision a donné lieu à une guerre judiciaire qui s’est terminée par un une nouvelle ordonnance du président du Tribunal annulant la décision de Favreto.

Plusieurs demandes d’habeas corpus avaient déjà été refusées, mais ce week-end, le juge Favreto, ancien du PT était d’astreinte quand les autres juges étaient en vacances. Celui-ci a répondu à la demande de trois députés du PT qui estimaient qu’il n’y avait pas de fondement juridique à la détention de Lula et que celui devait être libéré immédiatement. 

Mais à peine la décision de Favreto connue, le juge de Curitiba, Sergio Moro, proche du parti de droite PSDB, qui avait condamné Lula en première instance, le responsable de l’opération anticorruption « Lava Jato » (« lavage express »), mettait en pause ses vacances au Portugal pour rendre une ordonnance contre cette décision. Il a plaidé que Favreto n’avait pas les compétence nécessaires pour ordonner la libération de Lula, et a accusé Favreto de prendre une décision qu’il ne pouvait pas prendre car elle ne dépendait pas de sa juridiction, cependant de nombreux juristes ont surtout noté que Favreto n’avait pas à prendre cette décision car celle-ci se baseait sur le jugement en appel et non pas sur celui de première instance à laquelle il avait participé. Et commenter et contredire une décision prise par un autre magistrat est quelque chose d’anticonstitutionnel et d’illégal.

Après l’ordonnance du juge Moro, Favreto a réémis une nouvelle demande en récusant celle de Moro et en ordonnant « L’exécution IMMÉDIATE de le mesure judiciaire de libération de l’ex-président » 

Sergio Moro est lui même soutenu par le juge Gebran Neto. Ce dernier, qui n’était pas non plus de permanence ce dimanche, est celui qui a demandé l’intervention de Moro depuis le Portugal afin d’empêcher la libération de Lula. Gebran Neto a ainsi publié un acte d’annulation de l’ordonnance de Favreto. 

En réaction, Favreto a alors émis un nouveau jugement confirmant la liberté immédiate de Lula en argumentant que Neto ne pouvait pas intervenir ce dimanche puisqu’il n’était pas de permanence puis il a donné un délais d’une heure à la police pour libérer Lula. 

La police fédérale de Curitiba a essayé de rallonger au maximum le délais de libération, disant que le mail d’ordre de libération n’avait été reçu qu’à 16h41, et qu’il devraient ainsi libérer Lula à 18h41. Ils attendaient que vienne une nouvelle ordonnance contre Favreto…
Des manifestants se sont alors rassemblés devant les locaux de la police et le syndicat de la métallurgie afin de défendre Lula, qui est le favori de ces élections, s’il pouvait se présenter.

Durant ce dimanche, pourtant jour de repos, en quelques heures, au moins cinq ordonnances ont été prises en rapport avec Lula, la rapidité de ces décisions judiciaires montrent à quel point ce système est pourri. C’est aussi le cas de la police qui aurait pu intervenir avec la même efficacité que lorsqu’elle a couru pour appliquer l’ordre de détention de l’ex-président prononcée par le juge Moro, mais qui a préféré laisser courir le temps lorsqu’il s’agissait de la décision de Favreto. 

Finalement, après que se soit déjà dépassé de 2h l’ordre de libération de Lula, le président du Tribunal Régional Fédéral de Curitiba a rejeté l’ordonnance de Favreto et concédé la décision de refus de liberté qu’avait prise peut avant à Gebran Neto, le rapporteur du dossier de Lula.

Lula avait été arrêté pour « corruption passive », dans la continuité du coup d’état institutionnel octroyant les meilleures conditions d’élections aux candidats qui défendent les attaques réalisées par le putschiste Temer, l’actuel président de droite, lui aussi pourtant visés par plusieurs enquêtes pour corruption.




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