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Monde

Déclaration du MRT, organisation révolutionnaire

Brésil. Bolsonaro représente l’avancée de l’autoritarisme hérité de la dictature militaire

Nous présentons ci-dessous la déclaration politique du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs (MRT) en vue du second tour des élections présidentielles au Brésil, dans laquelle le MRT appelle à un vote critique pour Haddad, le candidat du PT, dans le cadre de la progression de l'extrême-droite lors d'élections manipulées, accompagnant la haine et la volonté de lutter contre Bolsonaro. Le MRT est l'organisation brésilienne de la Fraction Trotskyste-IVe Internationale, dont les militants animent le quotidien en ligne Esquerda Diario du réseau international Izquierda Diario dont Révolution Permanente est également membre.

Le candidat d’extrême-droite Jair Bolsonaro a failli gagner l’élection dès le premier tour, devenant le grand favori pour remporter le second tour. Son triomphe signifie un bond en avant du coup d’État institutionnel qui a démis Dilma Rousseff, et des importantes attaques contre la classe ouvrière et les classes populaires, telles que la privatisation de Petrobras et la vente du pétrole à prix cassé, accompagnées de toute une série de réformes réactionnaires.

Ces élections se situent dans la continuité du coup d’État institutionnel marqué par l’emprisonnement arbitraire de Lula et l’absurde veto posé contre sa candidature, imposant des élections totalement manipulées par le pouvoir judiciaire, sous la tutelle des forces armées, afin de favoriser les intérêts les plus réactionnaires des capitalistes nationaux et étrangers.

Même dans le cas, très improbable, où Bolsonaro perdrait au second tour, ce bloc économique, social, politique et militaire a déjà libéré des forces réactionnaires qui resteront un danger énorme pour les travailleurs, les femmes, les Noirs, les personnes LGBTI, les peuples autochtones et pour tous les pauvres.

Ces élections donnent à voir un spectacle effrayant, entre le piétinement du droit de la population à voter pour le candidat qu’elle souhaite (via l’interdiction de la candidature de Lula, qui était le candidat ayant la plus haute intention de vote dans les sondages), et la collusion entre l’opération Lava Jato et la société de médias Rede Globo, visant à favoriser les candidats qui expriment les intérêts les plus réactionnaires et des capitaux le plus concentrés du pays.

Derrière la candidature de Bolsonaro, outre l’ambassade américaine et le gouvernement Trump, se trouve une bourgeoisie ultra-millionnaire, comme Jorge Paulo Lemann, l’homme le plus riche du Brésil et propriétaire d’Ambev, Alexandre Bettamio, président exécutif de Bank of America pour l’Amérique latine, João Cox, président du conseil d’administration de TIM, et Sergio Eraldo de Salles Pinto, de Bozanno Inversiones (gestionnaire d’investissements présidé par Guedes, futur ministre des Finances de Bolsonaro), parmi d’autres méga-entrepreneurs auxquels Bolsonaro a proposé de faire partie de son gouvernement. Un gouvernement visant à poursuivre les politiques de Temer, mais allant plus loin et de façon plus sauvage encore, dans les attaques contre les travailleurs, la répression, l’assassinat des paysans par le bussiness de l’agroalimentaire, et ayant pour but de progresser dans la privatisation des richesses nationales, y compris Petrobras (la plus grande entreprise du pays, qui est la cible de la cupidité impérialiste et à l’origine de l’opération Lava Jato).

Aux côtés de la société de presse Bloomberg – la grande agence de presse et d’affaires du capital financier international – tous les grands secteurs liés à l’agroalimentaire, les patrons les plus esclavagistes du Brésil, se sont pressés de saluer la hausse des bourses lors des résultats des élections, favorables à Bolsonaro. Sans parler de la dénommée "bancada da bala", députés militaires et policiers partie intégrante de la campagne permanente pour la ligne dure, en faveur de la répression policière dans les favelas et de l’impunité policière. Tous bénis par les églises évangéliques, qui soutiennent massivement Bolsonaro, ils sont les principaux diffuseurs de « fake news » sur les réseaux sociaux, alimentant le conservatisme le plus réactionnaire et la destruction morale de leurs adversaires, et encourageant le climat social qui a déjà conduit à l’attaque de la sœur de Marielle Franco et à l’assassinat de Mestre Moa, professeur de capoeira de Bahia et personnalité reconnue dans la lutte contre le racisme, poignardé le lendemain du premier tour, à l’âge de 63 ans, en plus de une série d’autres attaques réactionnaires.

Bolsonaro qui, il n’y a pas longtemps, était considéré comme marginal au sein des forces armées, bénéficie aujourd’hui du soutien sans faille des plus hauts chefs militaires, par l’intermédiaire du général de réserve Augusto Heleno, ainsi que de son vice-président Mourão, défenseur de la dictature militaire de 1964 et des tortionnaires comme le colonel Brilhante Ustra. Sa décision de nommer Paulo Guedes, ultra-néolibéral, au poste de ministre de l’Économie était le signal dont les dirigeants militaires avaient besoin, car l’armée brésilienne est subordonnée aux intérêts des États-Unis.

Face aux deux opportunités lors desquelles la Cour Suprême Fédérale a eu la possibilité de statuer en faveur de Lula, le commandant en chef de l’armée, le général Villas Boas, défenseur de l’opération Lava Jato et des mesures autoritaires prises par le pouvoir judiciaire, a fait des déclarations publiques menaçant de l’intervention des forces armées, en fonction de la décision que prendraient les juges de la Cour de poursuivre ou non la politique du coup d’État.

Bolsonaro se déclare fier de la dictature militaire et des ses méthodes de torture. Bien qu’il ait déclaré à la télévision que s’il était élu président il fermerait le Congrès, aujourd’hui, il change de visage et se présente comme un "démocrate" pour obtenir la majorité des voix (lors d’une élection ouvertement manipulée). Mais nous ne pouvons pas nous leurrer. Son coéquipier, candidat à la vice-Présidence, Mourão ne ment pas quand il dit vouloir mettre fin au 13ème mois, tout comme Bolsonaro ne ment pas quand il dit vouloir mettre fin à toutes les sociétés d’État et assouplir tous les droits du travail, allant bien plus loin que Temer dans les contre-reformes.

Si le duo militaire Bolsonaro et Mourão peut mener de manière "démocratique" toutes les attaques réactionnaires réclamées par les grands hommes d’affaires et les financiers, en s’appuyant sur le Congrès élu ce dimanche, majoritairement réactionnaire, un gouvernement autoritaire (bonapartiste) sera mis en place avec une façade "démocratique" – mais réellement élu au moyen d’une élection absolument manipulée par les putschistes, au profit de l’extrême droite. Un système politique basé sur l’autoritarisme du pouvoir judiciaire (utilisant la Police Fédérale comme "force de choc"), soutenu par l’armée pour contenir toute forme de résistance ou de contestation.

Les méthodes utilisées contre Lula seront utilisées pour intimider et persécuter tout syndicat ou mouvement social qui voudrait se battre.

C’est le scénario idéal rêvé par les grandes entreprises et le secteur financier qui soutiennent la candidature de Bolsonaro. Mais si nécessaire, Bolsonaro et Mourão n’auront également aucune difficulté à sacrifier les institutions "démocratiques" et à gouverner par l’intermédiaire du pouvoir exécutif directement appuyé par la police et les forces armées. Mourão a déjà parlé d’ « autogolpe » c’est-à-dire un auto-coup d’état.

Il-y-a des forces suffisantes pour résister.

Cependant, la classe ouvrière n’est pas stratégiquement vaincue. L’année dernière, elle a mené deux grandes grèves nationales qui ont mis fin à la réforme des retraites de Temer. Si elle n’a pas poursuivi la lutte pour mettre un terme à la réforme du travail, c’est parce que les organisations syndicales, la CUT et la CTB, dirigées par le Parti des travailleurs (PT) de Haddad et le PCdoB de Manuela D Avila, ont refréné cette énergie pour la canaliser dans le cadre d’une stratégie électorale.

Le mouvement # EleNão, mené par les femmes, une autre expression des forces de résistance.

La mobilisation indépendante des travailleurs, des jeunes, des Noirs, des femmes, des personnes LGBT, des sans-abri et des sans-terre dans les rues, les grèves et les occupations, sont le seul mouvement social, qui, dirigé par les travailleurs, peut vraiment faire face à la progression de l’autoritarisme et de l’extrême-droite, allant même jusqu’à organiser des comités d’autodéfense.

Seul le triomphe de la résistance, qui devra s’opérer dans les usines, les entreprises, les établissements publics, les universités, les écoles et surtout dans les rues pourra défaire la tentative du grand capital financier, des grands patrons, du pouvoir judiciaire et les grands médias. Seul une mobilisation indépendante sera en mesure d’empêcher l’instauration d’un régime profondément anti-ouvrier, farouchement ennemi des femmes, des personnes LGBT, des Noirs, des peuples autochtones et de toute cause progressiste.

Ce combat est difficile, mais pas impossible. Ce n’est pas impossible, car dans l’électorat de Bolsonaro, certains secteurs importants ne comprennent toujours pas le plan général de l’ex-capitaine et du général de réserve Mourão, qui consiste à liquider tous leurs droits, beaucoup ont voté sans vraiment soutenir ces mesures. Il est possible d’affaiblir et de vaincre Bolsonaro et le grand bloc qu’il a formé pour ces élections, mais cela passera forcement par des combats décisifs dans les rues.

Si l’on fait appel au jeu parlementaire, aux accords avec des "bourgeois démocrates", à la routine syndicale du partenariat social et aux marches ultra-minoritaires des secteurs syndiqués, la défaite sera assurée.

Même les secteurs bourgeois les plus libéraux des États-Unis, comme le magazine Foreign Policy, disent que Bolsonaro "n’est pas un populiste de droite", comme Trump et beaucoup d’autres qui prolifèrent par tout le monde. Ils disent qu’il est beaucoup plus anti-démocratique et de droite, héritier des dictatures militaires assoiffées de sang comme celle de Pinochet au Chili et de Videla en Argentine. Bien qu’aucun régime de ce type ne soit déjà établi au Brésil, ils utiliseront tout leur poids pour imposer un immense approfondissement de l’exploitation et de l’oppression.

Nous savons que le PT est complètement impuissant pour faire face à cette dynamique. Après avoir gouverné pendant des années pour les capitalistes, ayant assimilé leurs méthodes de corruption et se vantant de leurs garantir des incroyables bénéfices, il a voulu montrer qu’il pouvait toujours leur être utile, commençant le second mandat de Dilma par l’application des mesures d’austérité contre les travailleurs qui ont finalement démoralisé sa propre base sociale, ouvrant la voie au coup d’état institutionnel qui a mis Temer au pouvoir pour avancer plus rapidement avec les attaques. Sa stratégie purement électorale, visant à contenir la lutte des classes et canaliser le mécontentement sur le terrain électoral, s’est avérée incapable de résister sérieusement au coup d’État institutionnel. Une fois dans l’opposition, sa politique de réaction à la haine véhiculée par l’opération judiciaire Lava Jato et à la société de médias Globo, avec ses illusions en la justice et les élections, s’est révélée totalement impuissante pour arrêter l’avancée de l’extrême droite.

C’est pourquoi nous devons nous préparer dès maintenant aux combats à venir, en organisant une force militante sur les lieux de travail et d’étude qui saura imposer l’unité dans l’action des syndicats et des mouvements sociaux pour faire face d’une manière non-routinière aux attaques de l’extrême droite du gouvernement, c’est-à-dire constituer un large Front Unique des travailleurs qui réagisse fermement à toutes les attaques, sans lequel il sera impossible de briser le bloc réactionnaire qui se constitue derrière Bolsonaro.

Organiser des comités de base sur chaque lieu de travail et d’études pour préparer la résistance contre les attaques en cours et à venir

La CUT, la CTB et toutes les centrales syndicales doivent briser leur absurde paralysie et organiser des assemblées dans tous les secteurs pour organiser les travailleurs face à ces combats, généralisant ainsi les comités de base dans tout le pays.

Avec le Movimento Revolucionário de Trabalhadores (MRT), nous avons mené une énorme bataille contre le coup d’État institutionnel, contre l’emprisonnement arbitraire de Lula et le veto sur sa candidature, toujours avec une politique indépendante du PT, Esquerda Diario jouant un rôle important dans ces luttes, atteignant 3 millions d’entrées au cours des 30 derniers jours. Nous sommes maintenant aux côtés de tout-e-s les travailleuses et travailleurs, femmes, noirs, jeunes et personnes LGBT qui détestent Bolsonaro et veulent le vaincre dans les urnes en votant pour Haddad.

Le MRT le fait sans donner aucun soutien à la politique du PT ni à sa stratégie électorale consistant à rechercher des pactes avec des partis capitalistes, des putschistes et tous ceux qui nous imposent les plans d’austérité et qui se présentent maintenant comme "démocratiques". Aujourd’hui, face au caractère exceptionnel de ces élections, manipulées avec brutalité, qui favorisent l’avancée de l’autoritarisme hérité de la dictature et veut imposer un changement réactionnaire du régime, nous accompagnons la volonté de lutter contre Bolsonaro, en appelant à un vote critique pour Haddad, dans le but que nous considérons être la tâche centrale de tous les travailleurs et de tous les jeunes les plus conscients, celle d’aider à conduire la colère vers le seul terrain sur lequel nous pouvons gagner : la lutte des classes, pour que les capitalistes payent la crise.

Traduction : Marian Azul




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