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Monde

La jeunesse d'Allemagne est dans la rue

COP 23. Manifestations à Bonn contre le Sommet Climat

Le début du sommet du climat à Bonn a été accompagné de grandes mobilisations contre le « Business-as-usual » des dirigeants, qui signifie la mort de notre écosystème. Des dizaines de milliers de personnes ont pris part aux protestations, à Bonn d’une part, dans la mine de charbon de Hambach d’autre part, avec le collectif Ende Gelände.

Lundi dernier s’est ouvert le vingt-troisième sommet du climat, sous la direction des Iles Fidji. 20 000 délégués de près de 200 pays étaient présents à la conférence. Pour protester contre ce sommet du climat orchestré par les dirigeants du monde capitaliste, des milliers de personnes ont manifesté les jours précédents son ouverture. Entre 10 000 et 25 000 personnes ont répondu samedi dernier à l’appel d’une large coalition d’organisations réformistes. A environ 50 kilomètres de là, le collectif « Ende Gelände » a appelé à plusieurs actions pour bloquer « l’infrastructure minière » de Hambach et la paralyser, au moins le temps d’une journée.

La COP23 a pour but de mettre en place les accords négociés à Paris lors de la COP21 il y a deux ans. Le Nicaragua a fini par les signer il y a peu, et tous les Etats du monde jusqu’à la Syrie et les Etats-Unis ont approuvé le protocole. Ces derniers, se sont retirés de l’accord en juin dernier, sous la direction des climatosceptiques et des lobbys de l’industrie du charbon, du gaz et de l’huile. Cela révèle d’autant plus combien cet accord est fragile, d’autant qu’il est loin d’être satisfaisant, bien qu’il ait été salué par la bourgeoisie comme quelque chose de révolutionnaire.

Le but est que le réchauffement climatique causé par les hommes ne dépasse pas 2°, voire 1,5° si possible. Mais cet objectif ambitieux doit se faire sur la base d’obligations qui doivent être chaque année revues à la hausse. C’est à Bonn que celles-ci doivent être négociées. Même si d’ici 2025, 100 milliards de dollars doivent être transférés aux Etats du Sud par les pays centraux impérialistes pour les réparations climatiques (jusqu’ici, seuls 3 milliards de dollars sont arrivés), une chose est claire : la diplomatie climatique est une entreprise vouée à l’échec. Les objectifs qui ont été fixés, déjà irréalisables, nous acheminent vers un monde où la température aurait déjà augmenté de trois à quatre degrés. Cela entraînerait de nouvelles rétroactions dans le système climatique et causerait de nouveaux sauts de températures, mettant en action une réaction en chaîne mortelle, qui mettrait en danger la vie de milliards de personnes.

Mobilisations dans la rue

Des dizaines de milliers de personnes se sont opposées à ces perspectives désastreuses samedi dernier et ont suivi l’appel d’une coalition de plus d’une centaine d’associations pour la protection de l’environnement et de groupes de citoyens, partis et syndicats. Même si ce large spectre politique tenait à attirer l’attention sur la gravité de la situation en exigeant des mesures immédiates, un aspect central était erroné : l’illusion que les mesures nécessaires pour résoudre la crise climatique pourraient être mises en place dans le cadre du capitalisme. Car c’est précisément le mode de production capitaliste qui est responsable de cette situation. Depuis des dizaines d’années rien n’est fait pour changer quoi que ce soit à ces contradictions ; au contraire, celles-ci sont même renforcées. En conséquence, on appelle les gouvernements à toutes sortes d’ajustement de leurs politiques du climat et de l’énergie. Même si « la plus grande manifestation pour le climat de l’histoire de l’Allemagne » peut être considérée comme un succès quantitatif, elle nous montre aussi combien le mouvement pour le climat demeure entre les mains des réformistes.

Les actions de « Ende Gelände »

Ende Gelände veut aller plus loin. Ce collectif regroupe de nombreux groupes de militants, allant du réformisme à l’extrême-gauche, sous le mot d’ordre : « Ensemble, mettons fin au capitalisme fossile ». Il est sous la direction du groupe (post)autonome Interventionistische Linke (IL). Insa Fries, porte-parole d’Ende Gelände expliquait à Radio Dreyeckland que l’intention des militant-e-s était de révéler la mascarade de l’Etat allemand : « Le gouvernement allemand va essayer d’utiliser les négociations du climat pour apparaître comme un pays modèle de la transition énergétique et le précurseur de la protection du climat, alors que ce n’est pas le cas en réalité. C’est pourquoi nous allons entrer dans le bassin de lignite rhénan et envoyer au monde entier les images de la pollution en Allemagne. »

Le but principal de l’action du week-end était d’empêcher le fonctionnement des extracteurs de charbon de la mine. Deux manifestations en marge de la mine à ciel ouvert et plusieurs rassemblements étaient annoncés. Environ 1000 personnes étaient attendues à l’action de blocage, mais ce sont en réalité 2500 personnes qui sont entrées dans la fosse, selon la police. Selon le collectif, ils seraient même plus de 4500, auquel cas ce serait jusque-là la plus grande action de ce type. Dimanche après-midi, les différentes colonnes (« Finger ») sont entrées dans le bassin tandis que les policiers essayaient d’empêcher que les gigantesques excavatrices ne soient occupées . Celles-ci ont été fermées par mesure de précaution par les gérants de RWE, qui exploitent le bassin minier rhénan.

Cette gigantesque fosse gérée par la multinationale RWE est l’une des plus grandes sources de dioxyde de carbone du monde et la plus grande d’Europe. 250 000 tonnes de charbon brun sont extraites ici chaque jour ; 80 millions de tonnes de CO2 ont été émises en 2016 rien que dans les quatre centrales électriques de la région. Aujourd’hui encore, environ un quart de l’électricité en Allemagne est produite par le charbon. En plus d’être un vecteur d’énergie particulièrement polluant, celui-ci est en plus extrêmement inefficace pour la production d’électricité. Une large part de l’énergie produite est investie pour pomper l’eau au niveau des nappes phréatiques de la mine de charbon, ce qui empiète sur les réserves d’eau. En Rhénanie, des paysages et des forêts vielles de milliers d’années, comme celle de Hambach, sont continuellement détruits. La technologie est le cimetière de l’histoire.

Même si « la paralysie de l’infrastructure minière » va largement plus loin que la manifestation réformiste de Bonn samedi dernier, on a beaucoup insisté sur le caractère pacifique de cette action de « désobéissance civile ». Ce pacifisme se révélait en effet peu utile lorsque les forces de l’ordre ont fait un usage massif de gaz poivre, sous la direction du préfet de police Dirk Weinspach d’Aix-la-Chapelle. De même, l’interdiction de la construction des camps a de nouveau démontré que la violence de l’appareil d’Etat allemand est du côté du capital, lequel détruit les moyens d’existence des hommes et de la nature. Nous devons condamner fermement cela.

Comment combattre le « capitalisme fossile » ?

De nombreuses hypothèses d’Ende Gelände sont justes. Il ne faut en aucun cas attendre quoi que ce soit du sommet du capital, et il est certain qu’une issue à la crise écologique est un travail délicat. Le collectif a aussi raison de souligner l’aspect de « justice climatique ». Ce sont les Etats du Sud qui subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique causé par les pays impérialistes. Nombre d’entre eux risquent d’être submergés par les eaux.

Cependant, il est clair que le fait de paralyser une mine de charbon juste sur un jour lors d’une action isolée reste quelque chose de symbolique. Il s’agirait de faire pression sur les dirigeants pour amener des changements profonds. Mais cela, de même que les manifestations réformistes des associations de protection de l’environnement, ne résout pas le problème à sa racine. La racine du problème est la propriété privée des moyens de production.

Sur un point décisif, Ende Gelände comporte aussi un élément réactionnaire : même si ils cherchent à se rallier au syndicat Ver.di RWE, l’action est menée dans son ensemble sans une participation active des travailleurs-ses et des employés de la mine de charbon. De façon volontaire ou non, « Ende Gelände » trace une séparation entre les militant-e-s et les employé-e-s, qui perçoivent en fin de compte l’action comme allant à l’encontre de leurs intérêts. Cela pousse les travailleurs-ses dans les bras de ceux qui veulent justement à tout prix maintenir l’industrie du charbon. A la place, il faudrait développer une perspective sur le long terme, en lien avec les travailleurs-ses, qui permette en même temps de leur garantir de bonnes conditions de vie.

C’est un travail long et usant. Et pourtant, si l’on veut combattre « le capitalisme fossile », on ne peut se passer de la classe ouvrière comme sujet révolutionnaire. D’autant que seuls les employé-e-s eux-même peuvent « arrêter la machine », de part leur position dans le processus de production. Cela constitue naturellement un grand défi au sein des activités qui ont des répercussions si destructrices pour la nature.

Pour une économie planifiée écologique sous contrôle démocratique

Le combat contre la crise écologique exige un si grand changement, qu’aucune réforme au sein du système ne pourrait l’atteindre. Le maintien de conditions de vie décentes pour la classe ouvrière ne peut être atteinte qu’au moyen d’une économie planifiée écologique et socialiste, sous contrôle démocratique. Tous les domaines de la vie et de l’économie doivent être transformés selon des critères écologiques : la production énergétique, les transports, l’industrie de production, l’agriculture, les logements, etc. Il faut que le travail disponible soit partagé entre toutes et tous et le temps de travail réduit de façon drastique. De même, les progrès technologiques doivent être profitables à tous. Il nous faut une importante réduction de la production dans tous les domaines nuisibles à l’écologie, le développement des forces productives dans d’autres domaines, ainsi qu’un programme d’action historique contre les conséquences du changement climatique, qui sont déjà atteintes et qui vont s’accentuer dans l’avenir. Toutes ces mesures sont les piliers d’un programme qui puisse répondre à cette menace pour la société humaine. Cette gigantesque tâche est toujours liée avec le facteur de l’urgence climatique et on a de moins en moins de temps.

Mais nous ne perdrons jamais notre optimisme révolutionnaire. Aujourd’hui déjà, il est clair pour tout le monde que les dirigeants sont incapables de répondre à ce défi. La prochaine crise d’accumulation capitaliste est à notre porte, et comme la première prise du pouvoir prolétarienne l’a montré il y a 100 ans, il est possible de vivre dans un monde où les moyens de production ont été expropriés. Le déploiement de l’ardeur révolutionnaire peut être transformé en une énergie incroyable. Grâce à l’élan de notre classe, on pourrait vivre à l’avenir dans un monde sans exploitation, sans oppression, et sans destruction de la nature.




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