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Société

Le renvoyer à la mort

Caen. Un réfugié syrien, opposant à Bachar al-Assad, menacé d’expulsion

Sami Kurdi est depuis le moi d'avril menacé d'expulsion. Cet ancien commandant puis opposant au régime de Bachar al-Assad, installé en France depuis cinq ans, ne s'était jamais vu accordé le statut de réfugié, contrairement à sa femme et à ses enfants. Son cas est un exemple criant de la politique migratoire actuelle en France.

Jusqu’en 2012, Sami Kurdi est commandant de l’armée syrienne. Affichant ouvertement son opposition au régime de Bachar al-Assad alors qu’il est encore en poste, il décide de rejoindre l’Armée syrienne libre (ASL) dont il devient le porte-parole. Face aux pressions et aux menaces qu’il subit, il s’exile au Liban avant de rejoindre la France et de s’installer à Caen, où il a refait sa vie avec sa femme et ses quatre enfants.

Au mois d’avril dernier, il a reçu une obligation de quitter le territoire français. Il s’était par ailleurs vu refuser le statut de réfugié trois mois plus tôt. L’arrêté qui lui a été délivré avance la possibilité pour Sami Kurdi de rentrer en Syrie dans des conditions de sécurité convenables, alors que celui-ci y serait menacé de mort. Manifestement, les organismes chargés de sa situation semblent accorder peu de crédit à ses témoignages, alors que plusieurs de ses proches, dont un de ses frères, ont été exécutés par le régime à partir du moment où il a participé activement à la résistance dans l’ASL. Il serait absurde de penser qu’il puisse revenir dans son pays d’origine sans courir le risque d’être à son tour assassiné, ce que souligne son avocate, qui défend aujourd’hui son cas au tribunal administratif de Caen suite au recours qu’elle a déposé contre son expulsion.

On ne peut qu’être interloqués par l’hypocrisie des jugements qui ont été émis de la part des organismes en charge de son cas en réaction à ses témoignages. En effet, une des raisons avancées pour le refus de l’attribution du statut de demandeur d’asile est le fait qu’il aurait quitté l’armée syrienne trop tard et qu’il aurait par conséquent participé à la répression du côté du régime de Bachar al-Assad, alors même que l’ancien soldat affirme qu’il a fait preuve de résistance et de désobéissance aux ordres quand il était encore en poste de commandement et qu’il a par la suite été un des portes-paroles de l’ASL.

Cette démonstration de répression n’est malheureusement pas un cas isolé depuis l’adoption de la loi Asile-immigration, dont le projet est de durcir la politique migratoire. Un des principaux objectifs que vise la loi est d’accélérer les procédures de demande d’asile, ce qui, sous couvert de simplification, servira en réalité à accélérer les procédures d’expulsion des migrants dont la demande sera refusée, avec des délais de détention allongés et des délais d’appels réduits. Sans compter l’absurdité de la procédure que révèle le cas de Sami Kurdi, qui, malgré le fait que sa famille puisse rester en France et malgré le danger de mort qui pèsera sur lui s’il retourne en Syrie, s’est tout de même vu refuser son droit à rester en France.




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