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Débats

Faire vivre les acquis de la campagne Poutou

Congrès : pour un NPA ouvrier et révolutionnaire

Nous publions ci-dessous la synthèse du texte de la plateforme soutenue par les militants du Courant Communiste Révolutionnaire, qui est l'initiative de Révolution Permanente, aux côtés d'autres militants, pour le Congrès du NPA qui aura lieu le premier weekend de février.

La Plateforme Z est le résultat du regroupement de militants du Courant Communiste Révolutionnaire à l’origine du site Révolution Permanente et d’une autre sensibilité du NPA. Elle propose de rassembler les militants du parti autour d’un projet ouvertement révolutionnaire et lutte de classes, dans la continuité et l’approfondissement de ce qui a fait la force de la campagne Poutou.

Enjeux du Congrès

Après l’expérience du gouvernement Tsipras en Grèce, le prochain congrès du NPA devrait être celui de la clarification du rapport aux nouveaux phénomènes de type réformiste qui ont émergé ces dernières années et par rapport auxquels le NPA a eu une attitude jusqu’ici ambigüe. Il s’agit d’une condition indispensable pour s’orienter face à l’émergence de la France Insoumise en France. D’autant plus que, de Syriza à Podemos en passant par le Front de gauche, le NPA a été depuis sa création tiraillé entre deux grands projets : celui d’un parti anticapitaliste et révolutionnaire indépendant et celui d’une recomposition avec une partie de la gauche réformiste. Ce tiraillement a débouché sur la rupture d’une partie importante de la direction en 2012 pour rejoindre Ensemble.

Si la formule actuelle qui désigne le deuxième projet est celle d’une « nouvelle représentation des exploités et des opprimés », son cadre organisationnel a été donné par la thèse des « partis larges », dans laquelle s’est inscrit le NPA à sa fondation. Alors même que la totalité des expériences de ce type ont débouché soit sur des échecs soit sur une forte adaptation aux institutions capitalistes dans plusieurs pays, une partie de la direction du NPA s’acharne à maintenir un flou sur ce qui est au cœur même de tout projet de parti, à savoir le projet de société qu’il défend et les moyens d’y arriver.

Ceci est d’autant plus grave que, suite à la Conférence Nationale de 2016, le parti avait tranché en faveur d’une candidature indépendante pour les présidentielles, celle de Philippe Poutou. L’écho de la campagne a en partie montré que c’est sur un créneau très radical et avec un caractère de classe bien marqué que le NPA arrive à se faire entendre. Cette campagne a également montré qu’il était possible de dépasser les divisions et d’établir une réelle pratique commune entre les différentes sensibilités du parti. Il y avait donc la possibilité de retranscrire le succès relatif de cette campagne en acquis pour relancer le parti autour d’un profil et d’un projet ouvriers et révolutionnaires.

La majorité comme fin en soi

C’est pourtant vers un tout autre congrès que l’on se dirige, avec la constitution d’une plateforme (la plateforme U) regroupant autour d’un texte ambigu la frange de la direction qui se reconnaît dans la majorité de la IV Internationale (Secrétariat Unifié), en dépit de tous les désaccords stratégiques et d’orientation qui ont traversé et traversent ses membres.

La justification à la constitution de ce bloc est relativement simple : le NPA serait paralysé par ses divisions internes et seule une nouvelle majorité pourrait remettre en marche le parti. La constitution de cette nouvelle majorité devient ainsi un objectif en soi, déconnecté de toute orientation et projet de parti, quitte à cacher derrière des phrases dont la fin contredit le début les désaccords bien réels qui existent. On songera, par exemple, au « parti révolutionnaire de masses » prôné par les uns et au « nouvel espace politique des 99% de la population » que d’autres appellent de leurs vœux.

Les membres de la Plateforme U sont ou ont été en désaccord sur presque toutes les questions politiques importantes qui se sont posées au NPA au cours de la dernière période : l’attitude du parti face à Syriza et Podemos, la candidature de Poutou, le fait de se présenter et à défaut d’appeler à voter pour LO pour les législatives…

Un tel bloc ne permettra évidemment pas de relancer le NPA et ne pourra même pas se maintenir dès qu’un semblant de processus de regroupement à gauche ou la prochaine échéance électorale (Européennes de 2019) verront le jour. Il ne permettra pas, surtout, de mettre le NPA à la hauteur des défis posés par la situation politique.

Les tâches du NPA dans la situation post-ordonnances

Bien que l’élection de Macron et la défaite contre les ordonnances ouvrent une conjoncture plutôt réactionnaire, la contradiction profonde entre le président des riches et un mouvement ouvrier qui l’a toujours détesté n’a pas encore dit son dernier mot. En témoigne une série de conflits locaux durs qui ont lieu en ce moment, notamment contre la mise en place de nouveaux accords d’entreprise (plus favorables au patronat que l’accord de branche, comme le prévoit le Code du travail reformé par Hollande et Macron).

Parmi ce conflits, la grève victorieuse des travailleuses et travailleurs du nettoyage des gares franciliennes contre le géant de la sous-traitance Onet et la SNCF est emblématique à la fois des contradictions de la situation politique et des possibilités d’intervention du NPA.

Elle reflète une détermination nouvelle qui murit dans les couches les plus précaires de notre classe et qui doit ?nous intéresser. Mais elle est aussi le résultat d’une intervention décisive de camarades du NPA, qui dessine en petit les contours du parti que nous voulons : un parti révolutionnaire qui prend chaque lutte comme une « école » de combat et se veut comme un outil pour amener les travailleurs à la victoire.

45 jours de grève majoritaire avec piquets tenus 24h sur 24 et assemblées générales journalières dans un secteur de travailleurs immigrés ultra-exploité auront permis aux grévistes non seulement d’empêcher l’ensemble des attaques mais d’obtenir de nouveaux acquis. La très grande visibilité acquise par cette lutte locale et le vaste réseau de soutien auront permis de donner du moral aux grévistes avec de nombreuses actions solidaires mais aussi de remplir une caisse de grève à la hauteur d’environ 100 000 euros. Il s’agit-là de d’éléments déterminants, également, dans l’issue du conflit.

Le succès de cette lutte a été aussi celui de liens tissés entre différents combats. Des féministes du mouvement #MeToo en passant par les grévistes de l’Holiday Inn, en grève depuis 2 mois, ?aux membres du comité Justice pour Adama. Assa Traoré, venue sur le piquet et elle-même fille d’une des travailleuses qui avaient démarré la grève, a exprimé à quel point ce secteur de la classe ouvrière est liée à la jeunesse des quartiers.

Au-delà de toutes les limites du cas c’est, en très petit, ce que nous pensons que devrait faire le NPA dans la période qui s’ouvre : chercher à fusionner avec les processus de résistance au sein de notre classe afin de faire ds petites démonstrations qui contribuent à reconstruire la confiance et qui font preuve de l’utilité de notre parti.

A plus moyen terme, prioriser l’implantation et l’intervention dans la classe ouvrière, non pas dans une optique économiste ou ouvriériste mais au contraire en lien avec une conception selon laquelle la centralité de celle-ci, dans une perspective révolutionnaire, ne peut se réaliser qu’à condition de se lier à l’ensemble des luttes des exploités et des opprimés.

C’est en cela que la question de nos priorités de construction et d’intervention est indissociable de notre projet de renversement de l’Etat capitaliste par un pouvoir ouvrier issu de la mobilisation dans la perspective d’une société sans classes et sans Etat, le communisme. Mais c’est aussi la meilleure façon de nous préparer pour tenter de jouer un rôle dans des affrontements plus importants qui peuvent voir le jour, à la différence des mouvements contre les retraites (2010) et la Loi Travail (2016) au cours desquels le parti n’a joué qu’un rôle bien trop limité.

Regrouper à gauche

Une large frange des militants du NPA partage la perspective d’un parti plus ouvertement révolutionnaire et ayant pour centre de gravité l’intervention dans la lutte de classes. Malheureusement, les différentes sensibilités politiques de l’ancienne Plateforme A de la dernière Conférence Nationale se présentent sous six plateformes distinctes et n’offrent pas, ainsi, une réelle alternative à la Plateforme U.

C’est un scénario que nous déplorons. En tant que membres de la Plateforme Z nous avons cherché à éviter en poussant à un regroupement le plus large possible de la gauche du parti, d’autant plus que si des désaccords d’orientation existent (sur des questions de programme, sur la Catalogne, sur le Front Social), ils ne justifient néanmoins pas l’existence de six plateformes séparées. Nous sommes convaincus qu’il n’est pas trop tard et que dans le processus même du Congrès des convergences pourraient avoir lieu, notamment autour d’une déclaration commune.

Regrouper l’ensemble des militants du parti qui refusent de relancer la machine des majorités composites (qui maintiennent depuis des années le parti dans une impasse) et qui souhaitent que le NPA avance, sur la base de sa propre expérience, dans une clarification de son projet et de ses priorités, voilà l’objectif au service duquel se met la plateforme Z.

Crédits Photos : L Cagnoto




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