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Notre classe

Grèves et blocages

Contre la casse de l’éducation prioritaire : au collège de Stains (93), la mobilisation s’amplifie

D’années en années les conditions de travail se dégradent dans les établissements du département de la Seine-Saint-Denis. Alors que la croissance démographique progresse , les moyens, eux, sont en baisse, en particulier pour les collèges qui sont déjà passés par la réforme. Il y a urgence. Lycées, collèges et écoles sont surchargées et délabrées, les effectifs des personnels encadrants, enseignants, des agents n'augmentent plus voire diminuent. La dégradation des conditions de l’enseignement prioritaire en Seine-Saint-Denis conduit de nombreuses grèves perlées dans le département depuis cette rentrée scolaire.

Des suppressions des contrats aidés et des postes en septembre

Depuis la rentrée, la coupe est pleine dans l’éducation prioritaire. On déplore le manque de moyens, les sureffectifs et une dégradation des conditions d’enseignement et d’étude. Et cela ne cesse de s’empirer. Alors que les personnels des établissements scolaires réclament du personnel vie scolaire, des enseignants, des agents ATTE (Adjoints Techniques Territoriaux des Établissements d’enseignement – employés par les Conseils généraux dans les collèges depuis les lois de décentralisations), les seules réponses sont des mesures austéritaires : suppression des contrats aidés, des CUI, de 120000 fonctionnaires.
La baisse des DHG (Dotation Horaire Globale) dans les collèges
Fin janvier, les collèges et lycées ont reçu les DHG. C’est le nombre d’heures d’enseignement octroyé à l’établissement par l’Inspection Académique (pour les collèges) ou par le Rectorat (pour les lycées). La DHG est donc attribuée à l’établissement, elle n’est pas votée. Cette DHG détermine entre autre le nombre d’élèves par classe et les créations ou suppressions de postes. Les dotations pour la rentrée prochaine ne sont pas suffisantes pour assurer un fonctionnement au moins correct dans les établissements scolaires.

Au collège Barbara de Stains:pour 2018, - 29 heures prévues, mais une classe en plus !

Le collège Barbara à Stains est un exemple flagrant de l’application toujours plus importante des coupes budgétaires et de la casse de l’éducation prioritaire. Etablissement classé REP+ ( réseau d’éducation prioritaire), ce sont 69 heures en moins en trois ans et 29h en moins pour la rentrée prochaine annoncée par la DHG pour la rentrée 2017-2018. Dans le même temps, c’est une nouvelle classe qui est prévue d’être ouverte en septembre 2018.

C’est la saturation pour les personnels de l’établissement. En effet, les heures perdues étaient dévouées aux remédiations spécifiques dans un établissement où un grand nombre d’élèves rencontre des difficultés scolaires. Elles permettaient également de faire des projets culturels et sportifs ( latin, grec, section Handball, Basket).

Refusant la baisse continue des moyens qui mettent en péril la réussite et la scolarité des élèves, le personnel éducatif ( enseignants, Conseillers Principaux d’Education) s’est majoritairement mis en grève ce mardi. 70% de grévistes et une importante délégation du collège Barbara, déterminée, a battu le pavé à la manifestation parisienne en bravant la neige. Les grévistes se sont joints au cortège des établissements du secondaire mobilisés contre la réforme du bac, contre la loi Vidal et pour obtenir des moyens pour les établissements qui souffrent d’une baisse drastique.

RDV -DSDEN : « l’ensemble du département 93 est soumis à une baisse globale des heures »

Reçus en audience à la DSDEN ( Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale), les enseignants et CPE ont reconduit la grève ce mercredi accompagnés des parents d’élèves qui ont bloqué l’entrée du collège. La réponse du directeur adjoint est éloquente. « Le collège Barbara, tout comme l’ensemble du département est soumis à réorganisation des heures. C’est une baisse globale. Dans le cadre budgétaire donné [ par le ministère], nous n’avons pas pu faire autrement. Vous devez donc faire des choix en mesurant l’efficience de chacun de vos projets ». Selon lui, nous devons donc évaluer l’efficience de chacune des heures de remédiation ou de décrochage ainsi que des projets et on balaye ceux qui n’ont pas n’ont pas de résultats à court terme.
Sauf que l’équipe éducative refuse de faire des choix malheureux entre les langues anciennes ou accorder aux élèves en difficulté l’attention dont ils sont besoin pour pouvoir s’exprimer à l’oral en public, les aider dans les matières où ils en ont besoin, accorder à la natation et à la section sportive les heures dont elles ont besoin pour fonctionner.

Le directeur adjoint ajoute qu’il faut rétablir l’égalité les moyens dans tous les établissements scolaires. Mais de qui se moque-t-on ?

Education prioritaire : mais quelle égalité des chances ?

Les rapports du CNESCO et PISA ont mis en avant l’accroissement constant des inégalités scolaires en France. La synthèse du Cnesco détaille une « longue chaîne de processus inégalitaires » qui se cumulent à chaque étape de la scolarité : inégalités de résultats, inégalités d’orientation, inégalités d’accès au diplôme et même inégalités d’insertion professionnelle.

Le rapport révèle d’abord que dans cette école ségrégative, les inégalités progressent : alors que les élèves issus des milieux défavorisés voient leurs résultats scolaires baisser, le niveau scolaire des élèves des quartiers favorisés serait, lui, en progression. Par ailleurs, outre les résultats scolaires, les élèves des quartiers « populaires » ne se retrouvent pas face au même choix d’orientation à la sortie de leurs études. Alors que les voies générales, universités ou grandes écoles s’offrent à certains, d’autres se retrouvent face à des choix d’orientation les conduisant à des diplômes de moindre valeur sur le marché du travail.

L’ »Education prioritaire » moins dotée que les établissements favorisés

L’étude met en cause la politique d’éducation prioritaire fondée en 1981. Cette politique avait pour but d’allouer plus d’argent dans les établissements relevant de l’éducation prioritaire, ainsi que de diminuer le nombre d’élèves par classe. Mais en réalité, voilà le résultats après toutes ces années : contrairement à l’objectif initial de « donner plus à ceux qui en ont le moins », les établissement classés zone d’éducation prioritaire se retrouvent avec moins d’argent que les établissements non classés. Concernant le nombre d’élèves par classe, on note une différence nationale de 2 élèves en moyenne, ce qui n’aurait « pas d’impact significatif dans les enseignements », résume Nathalie Mons, présidente du Cnesco. Permettez-nous d’en douter.

Enfin, le temps d’apprentissage est moindre en éducation prioritaire. L’étude met en cause la difficulté dans la gestion de classe où l’enseignement revient aux néo-titulaires ou aux contractuels. Et on peut ajouter à cela, les difficultés de remplacement des enseignants en arrêt de longue durée. Pour finir, les chercheurs s’accordent sur « une stabilité de la ségrégation scolaire et sociale au cours des dix dernières années. »

Dans l’un des départements les plus pauvres de France, comment ne pas craindre que l’accès aux études supérieures ne leur soit rendu encore plus difficile par la réforme du bac et de la sélection à l’université ?
Face à cette attaque globale les enseignants vont devoir imposer une défaite majeure à ce gouvernement qui donne toujours plus aux riches alors que les enfants des classes populaires sont toujours plus relégués et laissés pour compte.




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