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Monde

Communiqué de la Coordinadora Memoria Contra la Impunidad - Francia

Du Pérou à la France, contre la grâce présidentielle accordée au dictateur Fujimori

Nous relayons le communiqué rédigé par la Coordinadora Memoria Contra la Impunidad - Francia, suite à la grâce présidentielle accordée à l'ancien dictateur péruvien Alberto Fujimori par le président Pedro Pablo Kuzcynski. La coordinadora fait un appel à signatures à la communauté internationale. Ce communiqué sera remis à l'Ambassade du Pérou à Paris vendredi 5 janvier à 16h. La Coordinadora prépare une mobilisation pour le 13 janvier, l'appel à signatures reste donc ouvert jusqu'à cette date.

Communiqué de presse pour la défense de la démocratie au Pérou

A la communauté internationale :

Le 24 décembre 2017, le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski a accordé la grâce présidentielle « humanitaire » à Alberto Fujimori, ancien président autocrate (1990-2000) condamné, entre autres, pour crimes contre l’humanité et qui purgeait une peine de 25 ans. Il est également accusé d’avoir commandité la stérilisation forcée de milliers de femmes et d’hommes, pour la plupart des populations autochtones, ainsi que l’assassinat de six citoyens de la communauté andine de Pativilca.

Contrairement à ce qui a été informé par les autorités péruviennes, la grâce concédée à Fujimori n’est pas de caractère « humanitaire », mais de caractère clairement politique. En effet, elle a été accordée sous forme de négociation, trois jours après qu’un bloc de députés fujimoristes, dirigé par Kenji Fujimori, eut permis d’éviter l’inhabilitation du président Kuczynski. Nous dénonçons cet accord car il représente la matérialisation d’un pacte d’impunité entre Fujimori et le parti au pouvoir.

La grâce présidentielle comporte de multiples irrégularités sur la forme autant que sur le fond. Premièrement, le processus n’a pris que 13 jours. Deuxièmement, la loi interdit d’accorder ce type de pardon pour les cas de crimes contre l’humanité. Troisièmement, la complicité et le manque de transparence de la part du Ministère de la Justice rend le processus clairement douteux ce qui, quatrièmement, est renforcé par le manque d’impartialité de la commission médicale chargée du rapport : cette commission a donné un avis favorable au pardon mais a omis d’indiquer les raisons médicales qui le justifient. Cinquièmement, cette décision a été prise sans dialogue avec les victimes. En effet, ces dernières avaient demandé pendant des mois une rencontre avec le président au sujet de la grâce présidentielle sans jamais être reçues ou entendues. Enfin, le pardon présidentiel a été critiqué au niveau international par les Nations Unies et divers organismes défenseurs des droits humains, comme Amnesty International et la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme.

Nous sollicitons le soutien de la communauté internationale pour défendre la démocratie et l’indépendance des institutions péruviennes, fortement menacées par la coalition entre le gouvernement du président Kuczynski, Fujimori, et ses alliés. Cette coalition s’est d’ailleurs attaquée, au cours de ces derniers mois, aux institutions, à l’équilibre des pouvoirs et à l’état de droit. En tant que péruviennes et péruviens, nous exigeons l’annulation de la grâce présidentielle à Fujimori ainsi que l’ouverture d’une enquête approfondie sur les cas de corruption et de conflits d’intérêts en lien avec des personnalités telles que Mme Keiko Fujimori, M. Kuczynski et d’autres cadres de la politique péruvienne.

Parce que la « réconciliation » ne doit être ni imposée ni négociée. Parce que les crimes contre l’humanité ne sont pas des « erreurs » ni des « excès ». Parce qu’on ne peut pas construire une société démocratique si les droits humains ne sont pas respectés. Pour le soutien et la solidarité avec les victimes du gouvernement de Fujimori. Pour la mémoire, la justice et la dignité.

Paris, le 4 janvier 2018

Coordinadora Memoria Contra la Impunidad - Francia




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