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Coupe du Monde 2018 : à qui reviendra la médaille de la misogynie ?

Depuis que le plus grand évènement sportif de l’année a débuté, et c’est un déluge de sexisme et de misogynie qui semble s’abattre sur le monde. Des pires clichés aux agressions sexuelles, la coupe du monde de football exprime à elle seule les travers sexistes de nos sociétés

Alors que la coupe du monde bat son plein, l’engouement féministe de ce début d’année semble désormais bien loin. La presse ne cesse de rapporter les multiples frasques qui se produisent à l’occasion de cet évènement, où supporters, publicitaires et journalistes dérapent allègrement. Si la coupe du monde de football a pour habitude de faire l’objet de blagues et comportements désobligeants à l’égard de la gente féminine, certains (la plupart d’entre eux à vrai dire) nous sont néanmoins restés en travers de la gorge. Des pires clichés aux agressions sexuelles, la coupe du monde de football exprime à elle seule les travers sexistes de nos sociétés.

Que ce soit au travers de publicité ou de remarquables actions de supporters, les femmes subissent de nombreux accès machistes durant la compétition. Julia Guimareas, journaliste brésilienne est ainsi embrassée par surprise par un supporter durant un tournage. Une « mauvaise blague » qui se reproduit souvent à l’occasion de grande manifestation sportive lorsqu’une femme couvre l’évènement. Cette dernière ne s’est cependant pas laisser faire, et a averti le supporter de ne plus jamais recommencer. Ainsi, elle témoigne au Huffington post .

Quotes : C’est la deuxième fois que quelque chose de physique se produit, un gars essayant de m’embrasser", "Je me sens impuissante, vulnérable. Cette fois j’ai donné une réponse, mais c’est triste, les gens ne comprennent pas. Je voulais comprendre pourquoi la personne pense avoir le droit de faire ça
Ces supporters au comportement désobligeant évoluent dans un des milieux les plus machistes qui soit, l’industrie du football. Comment s’étonner du comportement des supporters lorsque c’est tout une industrie qui véhicule le sexisme ? En effet, publicitaires et entreprises accordent leurs violons lors de cette coupe du monde à l’occasion de campagne marketing d’envergure, qui véhicule au passage une surenchère de cliché sur les femmes. A l’instar de Burger King Russie qui, sentant le scandale arrivé a fini par retirer l’offre, proposait d’offrir un hamburger aux femmes russes qui tomberaient enceinte d’un des joueurs. Mais la plus connue des frasques publicitaires, est certainement la réclame de « Vicky Form » pour sa culotte qui vibre à chaque but, pour qu’enfin madame apprécie le sport favori de son maris/monsieur.

Traduction « Savez-vous quelle est la manière la plus sensuelle de célébrer un but ? » et en commentaire : « Et voila, je suis la crétine qui faire en sorte que mon macho soit content pour que je le sois aussi ».

Aussi, c’est le milieu du football professionnel lui même qui semble sclérosé par le sexisme et les valeurs patriarcales. Ainsi quant Patrice Evra applaudit Eniola Aluko pour son analyse d’un match, le malaise est palpable. C’est un véritable manque de respect envers l’ancienne footballeuse professionnelle et désormais consultante spécialisée. Les internautes se sont empressés de défendre Eniola Aluko, à la vue de cette attitude aussi déplacé que machiste de Patrick Evra.

Par cet applaudissement, Patrice Evra rappelle à toutes les femmes évoluant dans le domaine du football qu’elles n’y ont pas leur place. Journalistes, joueuses, supporters, toutes sont victimes du sexisme inhérent à l’industrie footballistique qui ne conçoit pas les femmes comme pouvant jouer un rôle actif au sein de ce sport.
Arrive le comble de la misogynie des élites du football quand la fédération argentine conseille ses techniciens et footballeurs à l’aide d’un guide qui leur apprend à « bien » se comporter avec les femmes russes ; Ainsi « les femmes russes aiment les hommes qui prennent les devants » mais « n’aiment pas être prise pour des objets » (sans blagues). De mêmes elles aiment « les hommes qui sentent bon et bien habillé ». Bref, un véritable manuel du parfait Gentleman, distribué spécialement à l’occasion de cette coupe du monde 2018.

Les effets de ces élites misogynes des milieux du sport sont dramatiques, conditionnant toute une génération de jeunes hommes à une représentation dépassée des femmes. Pour cette coupe du monde 2018, plusieurs cas d’agression sexuelles ont déjà était dénoncées. Ainsi, en plein direct, la journaliste colombienne Julieth Gonzales Teheran est agressée par un supporter qui l’embrasse et lui agrippe la poitrine. Si la chaîne a immédiatement qualifié cet acte d’agression sexuelle tout en le déplorant, on ne peut que s’inquiéter d’un phénomène sans nul doute trop commun lors de cette coupe du monde.

La stigmatisation des femmes dans le sport, et plus particulièrement dans le football est réelle. Elle se matérialise au travers de publicité, de blagues, voire d’agressions de la part des hommes évoluant dans ce milieu. L’industrie toute entière du football est à repenser, sclérosée par le sexisme et la misogynie ambiante, perpétuant les valeurs du patriarcat de même que la culture du viol.




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