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Politique

Le retour de l’ORTF

Delahousse, Konbini, Hanouna : les médias "gentils toutous" de l’Elysée

Ces dernières semaines, Emmanuel Macron a du répondre aux questions ô combien difficiles de Laurent Delahousse sur France 2, puis de Konbini, deux interviews tout en complaisance pour deux médias tout autant engagés dans la course au meilleur VRP de la communication présidentielle. Mais c’était sans compter l’intervention d’Emmanuel Macron dans l’émission tout en finesse de Cyril Hanouna sur C8, qui s’est comporté en véritable « fanzouz » du président.

C’est la course à l’interview la moins audacieuse du président : depuis que Laurent Delahousse, pour le compte de France 2, a réalisé son interview déambulatoire avec le président d’autres médias ont suivi la vague en changeant leur mission de « média » à « service de communication présidentielle ». C’est notamment le cas de VSD et de Konbini, qui ont successivement tout simplement fait la com’ de Jupiter. Sur la UNE de l’hebdomadaire, on y voit Macron avec son chien Nemo et un titre évocateur : « Emmanuel Macron intime », un reportage sur « un jeune homme qui vient de fêter ses 40 ans »… Chez Konbini, c’est une interview du président sur la base militaire de Niamey (Niger) qui vient caresser dans le sens du poil le président.

Derrière ces symptômes de médias, publics et privés, qui servent la soupe à la communication élyséenne, on ne peut que remarquer la volonté du président de « dépolitiser » son actualité médiatique : il vaut mieux parler de Nemo qui fait la pose sur le fronton de l’Elysée que de la prochaine réforme du chômage ; il vaut mieux écouter Emmanuel Macron répondre en direct à Cyril Hanouna, plusieurs fois épinglé pour homophobie et sexisme, pour son anniversaire que de parler des violences policières qui ont encore fait la une ces derniers temps ; il faut mieux parler des vacances de Brigitte et Emmanuel dans les Pyrénées que de parler des conséquences de la loi travail XXL, qui a déjà permis de nombreux licenciements.

Au delà de l’aspect téléréalité de la vie présidentielle (du moins sur ses vacances et son anniversaires, moins sur les accords secrets qu’il signe avec les présidents africains contre sa force conjointe G5 Sahel) qui faire sourire et qui rappelle la « peoplisation » politique du temps de la sarkozye , il y a surtout la volonté de, chaque fois que c’est possible, parler du président en omettant sa politique, en le présentant, finalement, comme un « homme comme les autres », avec sa vie de famille et ses vacances. Loin d’être un signe de force politique, il faut y contraire y voir un signe de faiblesse, le signe d’un gouvernement qui a peur de présenter au grand jour ses réformes, d’autant plus qu’il doit tous les jours composer avec les sorties ô combien dérangeante de ses députés, qui se plaignent de manger des pâtes trop souvent

Au temps du général de Gaulle, l’Etat contrôlait entièrement, via l’ORTF, l’audiovisuel. Au temps de Napoléon III, la censure faisait des journaux les relais direct du pouvoir. Aujourd’hui, si la presse n’est plus contrôlée par l’exécutif (du moins indirectement pour ce qui est de l’audiovisuel public), ce sont les amis milliardaires du président qui contrôlent les médias : les Bolloré, les Dassault et autres Xavier Niel ont bien compris que s’ils veulent que le gouvernement passent tranquillement les lois qu’ils espèrent voire inscrites dans le droit français, il faudrait jouer le jeu du nouveau Bonaparte de l’Elysée. Quant à l’audiovisuel public, que le président a qualifié, en off, de « honte » et à certaines émissions qui résistent, celles-ci sont directement dans le viseur du gouvernement : la nouvelle réforme de l’audiovisuel public qui s’annonce prévoit des fusions au sein de Radio France et de France Télévision. Pour des médias comme au bon vieux temps de l’ORTF, Macron compte bien agiter la carotte pour les plus disciplinés, et le bâton des licenciements de l’autre pour sanctionner tout délit d’opinion…




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