^

Politique

1 euro de plus en mars 2018

Derrière la hausse du prix du tabac, une nouvelle mesure antisociale

La loi de financement de la Sécurité Sociale a décidé d’une nouvelle hausse du prix du tabac, toutes catégories confondues. Avec cette hausse, de plus d’un euro d’ici cinq mois, ce seront surtout les classes populaires qui seront touchées.

La loi de financement de la Sécurité Sociale a acté une énième hausse du prix du tabac. En effet, le prix moyen (aujourd’hui 6,80€) va passer à 8,10€ dès mars 2018. C’est donc une augmentation de 20 % qui va toucher les fumeurs, et notamment les plus pauvres d’entre eux, pour lesquels chaque euro est important. La hausse continuera pour atteindre 10€ en 2020 : en avril et novembre 2019, le paquet augmentera de 50 centimes à chaque fois, puis à nouveau de 50 centimes en avril 2020 et de 40 centimes en novembre de la même année.

Cette politique d’augmentation des prix va toucher non seulement les paquets normaux à hauteur de 20 %, mais aussi le tabac à rouler et les cigarillos, pour éviter que les fumeurs ne se rabattent sur le tabac le moins cher. Une belle manière de rappeler que le but c’est avant tout de faire payer plus, plutôt que de renforcer une prévention déjà peu efficace.

Une mesure qui creuse les inégalités sociales

Les prix du tabac ont connu des hausses successives depuis les années 1990. Au cours des dix dernières années, le prix d’un paquet de cigarettes a ainsi augmenté de 40 %. Et si les ventes de tabac ont considérablement diminué depuis les années 2000, cette baisse de la consommation n’est pas répartie de façon égale dans la population. Entre 2010 et 2016, l’usage du tabac a même connu une augmentation chez les personnes à faibles revenus, passant de 35,2% à 37,5%, tandis qu’il a diminué chez celles à haut niveau de revenus (de 23,5% à 20,9%). Les hausses de prix du tabac impactent donc particulièrement les populations les plus démunies. Pire, selon plusieurs études de l’Inserm, ces augmentations des tarifs tendent à paupériser encore plus les personnes les plus fragiles financièrement contribuant à creuser d’autant plus les inégalités sociales. En effet, les fumeurs les plus pauvres consacrent de plus en plus de leur budget à l’achat de cigarettes tandis que la proportion budgétaire accordée au tabac par les fumeurs plus aisés reste relativement stable.

L’argument sanitaire ou le machiavélisme bourgeois

Pour expliquer l’écart de consommation de tabac entre les différents niveaux de revenus, l’agence Santé Publique France avance plusieurs raisons, parmi lesquelles « l’utilisation de la cigarette pour gérer le stress, la difficulté à se projeter dans l’avenir, la méfiance à l’égard des messages de prévention, le déni du risque, une dépendance nicotinique plus importante, une norme sociale en faveur du tabagisme ou des événements difficiles pendant l’enfance ». L’usage du tabac corrèle donc plus avec une précarisation financière et sociale qu’avec le prix du paquet de cigarettes malgré ce que veut nous faire croire Agnès Buzyn. Dès lors, la volonté affichée du gouvernement de placer la prévention sanitaire au cœur de sa stratégie politique n’est rien d’autre qu’une vaste fumisterie. D’autant plus que quand, en parallèle, ce même gouvernement s’acharne à détruire les services publics et le système de santé.

Une fois encore, ce que montre le gouvernement Macron à travers cette mesure, c’est sa détermination dans la guerre qu’il a déclarée aux travailleurs. La précarisation généralisée et l’aliénation des masses constituent les armes principales du capitalisme dans la lutte des classes qui se joue en ce moment. Avec cette mesure, Agnès Buzyn dit rêver « d’une génération sans tabac ». La classe ouvrière se doit pourtant d’être plus ambitieuse que ça : pourquoi pas une génération sans patrons ?




Mots-clés

Santé   /    précarité   /    Emmanuel Macron   /    Politique