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Notre classe

Préparons la grève reconductible !

Des concertations factices et des ordonnances déjà prêtes à abroger le statut des cheminots

Les organisations syndicales du rail – la CGT-cheminots, Unsa, Sud-Rail et la CFDT – ont fait savoir que le recourt à la grève pour défendre le service public du rail était envisageable. La question est de savoir quand et dans quelle unité. Et c’est là que le gouvernement cherche à diviser en proposant aux syndicats de « dialoguer » le couteau sous la gorge. Les organisations ont malgré tout décidé d’attendre le 15 mars et les premières réunions pour se prononcer sur une date de mobilisation.

« Concerter », et en même temps, imposer

De nouveau, pour la « bataille du rail » qui se dessine à l’horizon, le gouvernement a décidé de jouer la carte de la duplicité et du « en même temps » contradictoire et mensonger. Alors que lundi 26 février, le premier ministre Edouard Philippe a été très clair sur sa volonté de recourir aux ordonnances pour faire passer avant l’été, l’accélération de la privatisation de la SNCF, la fin du service public du rail et la suppression du « statut cheminot » (laissant la question des suppressions des lignes aux collectivités), quelques heures plus tard, Elizabeth Borne, ministre des Transports, tenait un discours contradictoire : elle invoquait, de concert avec Guillaume Pepy, PDG de la SNCF, une volonté de « concertation » et de « dialogue » avec les organisations syndicales. Elle a ainsi annoncé que le gouvernement présentera « dès le 15 mars », la « feuille de route définissant les modalités et le calendrier » d’une « large concertation » et a invité les organisations syndicales à des réunions entre-temps. Un nouveau « projet stratégique » sera ensuite rendu « avant l’été ».

Un double langage qui ressemble fort à celui utilisé pour le passage en force des ordonnances sur la loi travail : d’un côté, inviter les organisations syndicales à présenter leurs doléances, par des rencontres séparées tenant davantage du dialogue de sourd pour temporiser la contestation ; de l’autre, faire voter des ordonnances dont le contenu pourra être remanié a posteriori, sans contrôle ni des députés, ni des représentations syndicales. Surtout que la ligne du gouvernement est on ne peut plus claire : si le « noyau dur » des réformes était touché par les organisations syndicales, le texte serait adopté tel quel par les ordonnances.

Ainsi, Edouard Philippe a fait savoir très clairement qu’il n’était prêt en rien à lâcher sur le projet de suppression du « statut cheminot » – dont les « avantages », faut-il le rappeler, restent extrêmement limités (surtout si on les compare aux politiciens et aux dirigeants de la SNCF qui plaident en faveur de cette réforme) – ni sur l’accélération de la privatisation qui mettra un terme au service public du rail. Dans ce contexte, on ne voit pas bien quel intérêt il y a pour les organisations syndicales à se rendre à ces « concertations » qui cherchent à les diviser et font perdre un temps précieux pour préparer la bataille auprès des cheminots et de l’opinion.

Avec la « concertation », le gouvernement cherche à se mettre la CFDT dans sa poche et diviser l’interfédérale

La CFDT, bien moins puissante au sein du rail, s’est elle aussi dite prête à soutenir une grève reconductible lancée par l’interfédérale… mais dans le cas où le gouvernement confirmerait son intention de passer par les ordonnances. Autrement dit, la CFDT pourrait potentiellement se satisfaire de la parodie de « concertations » menée avec Elizabeth Borne et rompre l’interfédérale si celle-ci venait à faire un pas, y compris minime, sur ses revendications.

Le temps n’est pas à la concertation, mais à l’élaboration d’un plan de bataille pour riposter dans la rue !

Pour le 22 mars, journée de mobilisation nationale de la fonction publique, la CGT-Cheminot et l’Unsa ont appelé à rejoindre la manifestation parisienne. La CFDT ne s’est pas encore prononcée mais penserait également à y appeler. Cet appel à la manifestation n’est pas doublé d’un appel à la grève qui selon la CGT « empêcheraient les militants de monter manifester à Paris ». Ce n’est pas le cas de SUD-Rail qui, dans son communiqué du 21 février, invite ses équipes à se mettre en grève. « Si le gouvernement décide malgré tout de casser le service public ferroviaire, la manifestation du 22 mars ne sera qu’une étape vers une mobilisation plus forte pour l’avenir du système ferroviaire et du statut des personnels ! ».

La participation des directions syndicales à ces concertations factices est une impasse. L’heure est au contraire à la mobilisation des troupes, avec un plan de bataille clair pour faire face au gouvernement dans la rue et en posant les bases non seulement d’une mobilisation massive des cheminots le 22 mars, mais aussi à la grève reconductible, seul moyen efficace d’amplifier le rapport de force pour faire plier Macron. La position actuelle des organisations syndicales va donc à l’encontre du nécessaire travail de terrain pour faire du 22 une échéance réussie.

Avec les fonctionnaires, mais aussi les étudiants qui appellent eux, à se mobiliser pour le retrait du plan Vidal et du projet de sélection à l’entrée des universités, le climat social pourrait bien s’échauffer. Et l’alliance explosive des cheminots, des étudiants et de la fonction publique, les germes d’un mouvement social de grande ampleur pour la défense d’un service public de transport, d’éducation, de sécurité sociale et de santé de qualité et au service des usagers !




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