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Politique

Une bombe anti-sociale...

Des députés LR veulent limiter le droit de grève

Le droit de grève sera-t-il bientôt limité en France ? C'est en tout cas le souhait d'un groupe de députés LR, qui ont déposé, le 11 avril, un projet de loi en ce sens. Ils souhaitent notamment qu'un vote de la majorité des salariés concernés conditionne la possibilité de déposer un préavis. Si elle était adoptée, une telle loi serait un coup majeur porté à un droit et un outil primordial de lutte pour les salariés.

Sous couvert de vouloir « respecter la démocratie au sein de l’entreprise », un groupe de députés issus des Républicains et de la République en marche a déposé une proposition de loi portant sur la restriction du droit de grève. Une annonce qui intervient au moment où de nombreux secteurs sont en grève contre les attaques du gouvernement face au service public ; preuve supplémentaire du mépris porté aux travailleurs mobilisés.

Le texte prévoit qu’un préavis de grève devra désormais être déposé dix jours à l’avance et définir très précisément les modalités, et notamment l’aire géographique de la grève prévue. En comparaison, les salariés du public sont aujourd’hui soumis à l’obligation d’un préavis cinq jours à l’avance. Aucun préavis n’est nécessaire pour les grévistes dans le privé. Mais les restrictions ne s’arrêtent pas là. Un autre principe voulu par les législateurs est celui d’un vote de l’ensemble des salariés d’une entreprise dès lors qu’un préavis est déposé. La grève ne pourra se tenir que si la majorité des salariés s’y déclarent favorables, et ce, à bulletin secret. Autrement dit, les salariés ne pourront défendre leurs droits que s’ils sont majoritaires au sein de leur entreprise !

Ce projet de loi constitue une offensive supplémentaire contre le moyen pour les travailleurs de défendre leurs droits et leurs acquis, et d’en obtenir de nouveaux. Pour rappel, le droit de grève a été reconnu en France en 1864 et inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946 (IVe République).

Margaret Thatcher : un modèle ?

Si la « Dame de Fer » à la tête du Royaume-Uni de 1979 à 1990 est connue – entre autres – pour avoir écrasé par la répression policière les multiples grèves qu’elle a connues, notamment dans le secteur minier en 1984, elle a également usé de l’arme juridique. En effet, dès 1982, l’Employment Act a fortement limité le droit de grève dans le pays, imposant notamment des votes préalables à la majorité à toute grève au sein d’une entreprise, comme proposé aujourd’hui en France. Résultat, il est devenu presque impossible pour les Britanniques de porter ainsi leurs revendications.

Pionnière du néolibéralisme en Europe, Margaret Thatcher semble aujourd’hui inspirer nos dirigeants et décideurs politiques. On sait ce qui nous attend après lorsque l’on sait que la participation à une grève peut être un motif de licenciement outre-Manche, comme ce fut le cas en 2005 : plusieurs centaines de grévistes du groupe de restauration aérienne Gate Gourmet avaient alors été licenciés après avoir débrayé sans préavis. Une situation dénoncée par l’Organisation Internationale du Travail et dont il est particulièrement inquiétant que les législateurs français s’inspirent afin de réduire à sa portion congrue le droit des travailleurs à se faire entendre.

Et ce n’est pas pour rien que cette proposition de loi arrive maintenant. Macron est en chute libre dans les sondages ; les grèves se multiplient : EHPAD, personnels hospitaliers, personnels des universités, professeurs, salariés de Carrefour, AirFrance, SNCF, avocats, mobilisations étudiantes, etc.

Le gouvernement attaque à tout va mais récolte la colère de tous ces secteurs qui ont bien décidé de se battre. A l’image des cheminots grévistes qui ont répondu à Macron que eux aussi étaient prêts à aller jusqu’au bout, la recrudescence des luttes, leurs radicalisations, fait peur à nos dirigeants. Cela les pousse à vouloir démolir, avec leur bulldozer estampillé ultra-libéralisme, le droit élémentaire qu’est le droit de grève. Une raison de plus pour leur donner une réponse collective, du privé ou du public : nous serons toutes et tous concernés, alors défendons chèrement notre peau.




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