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222 vols d'expulsion annulés

Des pilotes allemands boycottent l’expulsion des migrants

Déjà 222 vols d’expulsions de migrants, en majorité afghans, auraient été annulés en Allemagne sur les neufs premiers mois de l’année. L’annonce, faite par le gouvernement allemand, révèle que de plus en plus de pilotes refusent de s’envoler avec des demandeurs d’asile déboutés.

222 VOLS D’EXPULSION ANNULES

Le gouvernement allemand a révélé le 5 décembre qu’entre le 1er Janvier et le 30 Septembre 2017, 222 vols d’expulsions de migrants déboutés de leur demande d’asile avaient été annulés. En cause, le refus des pilotes d’embarquer ces tristes passagers. L’aéroport de Frankfort s’est distingué,avec 143 vols annulés, et la compagnie nationale Lufthansa est en cause dans près d’un tiers des boycotts.

D’après Deutsche Welle, cela fait notamment échos à la polémique que provoque en Allemagne les refus d’asile de migrants afghans alors que leur pays est en proie à une situation humanitaire désastreuse. De multiples manifestations accompagnent d’ailleurs régulièrement eu lieu sur les tarmacs des aéroports au moment des expulsions. L’Allemagne a reçu près de 388000 demandes d’asiles au premier semestre 2017, et a accepté plus d’un million de demandeurs d’asile sur son sol depuis 2015. La politique migratoire « généreuse » d’Angela Merkel a donc ses limites, et est d’ailleurs complètement remise en cause alors que beaucoup la dénonce comme responsable du recule du parti de Merkel et de la poussée de l’extrême-droite aux dernières élections.

LA « CRISE MIGRATOIRE » N’EN EST PAS UNE POUR L’ALLEMAGNE

Pourtant, l’afflux de migrants est en général une bénédiction économique. Et le cas des demandeurs d’asile acceptés ne fait pas exception. Avec une trajectoire démographique dangereuse, l’Allemagne a tout intérêt à intégrer une manœuvre peu rémunérée, jeune, palliant les défauts organiques de son marché du travail. Il en va de sa capacité à ne pas avoir une population en vieillissement continuel, ni surtout en chute libre.

L’institut fédéral Destatis a d’ailleurs déjà tranché ce débat en estimant des effets bénéfiques sur la croissance de l’accueil de 1.1 millions de réfugiés en Allemagne, malgré la hausse de dépenses publiques engendrée. Circonscrite au cadre du débat capitaliste, c’est bien toujours la vision économique keynésienne qui démontre son efficacité supérieure à la très idéaliste théorie néo-libérale de l’offre qui épouse les formes des arguments xénophobes.

En outre, alors qu’intégrer les migrants dope consommation et production nationale, les renvoyer chez eux coûte environ 20 millions d’euros par an en intégrant le coût des procédures d’appels faits par les migrants aux décisions d’expulsion. Le ministre de l’Intérieur allemand a d’ailleurs annoncé que 3000€ seraient remis à chaque migrant acceptant de repartir chez lui, pour inciter au retour sans trop froisser les pilotes. Serait-ce donc le prix pour acheter la souffrance d’hommes et de femmes pour un retour à l’invivable pays qui les a forcés à tout quitter ? Rappelons avec force, dans nos paroles et nos actes, dans nos luttes, que c’est le capitalisme qui coûte cher à l’Humanité, et que ce dernier passe son temps à nous convaincre de l’inverse.




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