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Politique

De Darmanin à Hulot

Deux ministres accusés de viol et soutien inconditionnel du gouvernement

Alors que le 22 janvier une enquête pour viol était ouverte contre Gérald Darmanin, ministre des actions et des comptes publics, c’est Nicolas Hulot qui est depuis quelques jours sous les projecteurs. Le magazine Ebdo a ainsi révélé ce vendredi 9 février qu’une plainte classée sans suite avait été déposée en 2008 contre l’actuel ministre de la transition écologique et solidaire pour violences sexuelles. Tout comme pour l’affaire Darmanin, le gouvernement s’est empressé de faire bloc autour de Hulot et de crier au mensonge et à l’instrumentalisation politique, décrédibilisant la parole des victimes.

Les révélations de l’Ebdo

Le magazine Ebdo publiait vendredi dernier une enquête sur « l’affaire Hulot », suscitant tout au long du week-end des réactions de la classe politique et de la presse qui ont fait bloc pour défendre l’actuel ministre de la transition écologique et solidaire. L’article met en lumière deux affaires pour viol concernant Nicolas Hulot. La première, datée de 2008, concerne une ancienne salariée de la Fondation Hulot. La jeune femme avait notamment lors de l’affaire Baupin en 2016 témoigné et sous-entendu que dans son emploi précédent, lorsqu’elle travaillait avec Hulot, elle avait également été agressée : « J’ai connu des faits de harcèlement sexuel dans un emploi précédent, où l’auteur avait sous-entendu que c’est moi qui avait essayé de le séduire, me culpabilisant ». La seconde affaire qui fait le plus polémique, est datée 1997, époque à laquelle Hulot est animateur d’Ushuaïa, et où il aurait abusé d’une jeune fille «  d’une grande famille française  ». En 2008, la jeune femme porte plainte mais l’affaire est prescrite depuis un an et classée sans suite, ce qui a été confirmé par le procureur de Saint-Malo. Le soir-même, Le Parisien révèle que la femme en question n’est autre que Pascale Mitterrand, la petite -fille de l’ex-président de la République.

L’Ebdo explique même dans son enquête que si l’actuel ministre de l’écologie avait fait une croix sur sa candidature à la présidentielle de 2017, ce serait à cause des rumeurs sur ces deux affaires connues depuis un moment au sein de la classe politique.

Les victimes inversées

Depuis la publication de l’article, politiques et grands journaux ont apporté une large vague de soutien à … Nicolas Hulot. Ce dernier, qui était au courant de l’enquête faite par l’Ebdo depuis plusieurs jours a « pris les devants », selon ses propres mots, et s’est rendu à la veille de la publication de l’article sur les plateaux de BFM et RMC. Il a soigneusement tout nié en bloc, et a pour sa défense, rappelé que les faits de 1997 sont prescrits. Le parquet de Saint-Malo a déclaré que lors de l’audition « les deux protagonistes avaient une version contradictoire quant au consentement à la relation sexuelle » et que c’est en effet bien à cause de la prescription que l’affaire avait été sans suite.
Tandis que les victimes sont nombreuses à ne pouvoir parler de leurs agressions, elles ne disposent que de dix ans pour porter plainte, alors que leurs traumatismes peuvent durer plusieurs dizaines d’années.

S’en sont suivies des plaintes larmoyantes de la part de celui qui, rappelons-le, est tout de même accusé de viol : « Moi, hier, on a fait pleurer mes enfants […] j’ai peur de la rumeur, car c’est un poison lent qui tue » appuyées par les dires d’un de ses collègues parus dans Le Journal du dimanche « Il est en souffrance. Quand il en parle, il a la gorge nouée, du mal à parler. Ça se voyait qu’il n’avait pas dormi depuis plusieurs jours ». Retranché dans sa maison en Bretagne, il aurait même résilié sa ligne de téléphone …

Le gouvernement s’est également hâté d’apporter son soutien au ministre, à l’image d’Edouard Philippe qui a tenu à adresser « un message de soutien » et a déclaré dans une déclaration à l’AFP que « Nicolas Hulot s’est exprimé avec sincérité et émotion sur les rumeurs dont il est l’objet depuis plusieurs jours. […] Nous n’avons aucune raison de douter de sa parole. Comme il l’a rappelé, la justice s’est prononcée ». Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a confirmé l’appui complet au ministre « Le président a assuré Nicolas Hulot de son entier soutien. » et a confirmé que tant que Hulot n’est pas mis en examen, aucune démission n’est à l’ordre du jour pour le ministre accusé de viol.

Alors que la raison principale pour laquelle l’enquête n’a pas été poursuivie est la prescription, le débat est tranché : le présumé accusé de viol devient la victime, et la présumée victime, la coupable. Tout au long du week-end, les réactions de la presse et des politiques ont en effet complètement inversé les rôles, et Nicolas Hulot s’est placé en martyr. Tout comme lors de l’affaire Darmanin, le traitement médiatique et politique a été symptomatique de la culture du viol qui règne dans notre société : décrédibiliser la victime, minimiser les faits, et crier au mensonge.

De Darmanin à Hulot : l’hypocrisie du gouvernement Macron contre les violences sexistes

Macron déclarait en novembre dernier faire de l’égalité femmes-hommes la « grande cause du quinquennat » face à la vague de témoignages qui a déferlé suite à l’affaire Weinstein, et le phénomène #MeToo et #BalanceTonPorc avec un « plan » contre les violences faites aux femmes qui ne proposait que des mesures superficielles, tout en continuant à précariser encore et toujours les femmes par ses réformes économiques. La gestion des cas Darmanin et Hulot ne fait que confirmer l’hypocrisie du gouvernement face aux violences faites aux femmes.

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité entre les femmes et les hommes et présentée sur tous les plateaux télés comme la « féministe du XXIème siècle », s’est empressée suite à la publication de l’article de l’Ebdo de défendre bec et ongles son collègue. Tout comme Catherine Deneuve défendait les hommes de sa classe sociale en publiant une tribune « pour le droit d’importuner », Marlène Schiappa a rédigé une tribune dans lequel elle qualifie l’article d ’« irresponsable » tandis que sa collègue Agnès Buzyn, ministre de la santé, a déclaré s’interroger sur les réelles motivations du fondateur de l’hebdomadaire. Car lorsqu’il s’agit d’hommes de pouvoir qui sont accusés de viol, la formidable « libération de la parole des femmes » revendiquée par ces femmes il y a quelques semaines n’est évidemment plus d’actualité, passe au second plan et est décrédibilisée. En soutenant ouvertement les deux ministres accusés de viol, le gouvernement dissipe une illusion et l’on y voit plus clair dans son double-jeu qui peinait déjà à convaincre. Si ces deux affaires démontrent bien un fait, c’est que l’immunité gouvernementale n’est pas uniquement pour les affaires de corruption, mais également pour les affaires de viol.

Crédits photo : Alain Jocard / AFP




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