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Monde

Discours inaugural de Trump : un condensé de démagogie

Dans un discours ressemblant à ceux de sa campagne et s’adressant à sa base électorale, Trump a désavoué l’establishment politique et parlé des frontières, de l’emploi, du commerce et des alliances militaires. Juan Andrés Gallardo

Trump a choisi d’entamer son mandat avec un discours résolument démagogique, dans la droite ligne de ceux qu’il a réalisé durant sa campagne, et sans faire référence à aucune de ses promesses électorales et aux moyens de les mettre en œuvre.

S’adressant directement à sa base électorale, à ceux qu’il appelle les « perdants de la mondialisation » et qui ont vu leur pouvoir d’achat s’effondrer durant les dernières décennies, Trump s’est attaqué à l’establishment politique.
Après avoir salué les anciens présidents des Etats-Unis et remercié Obama pour « l’aide apportée durant la transition », le nouveau président américain s’est adressé directement à Washington : « Cette cérémonie a un sens particulier parce qu’aujourd’hui, nous transférons le pouvoir de Washington et nous le rendons au peuple ».

Il s’agit là de l’un des thèmes de campagne que Trump a décidé d’utiliser comme un point fort de son discours d’investiture. S’appuyant sur la fronde contre les politiciens professionnels, déconnectés des besoins de la population, il a lancé : « Depuis trop longtemps, un petit groupe dans notre capitale a conduit les affaires du gouvernement pendant que le peuple en a supporté le coût. Washington s’est enrichi mais le peuple n’a pas partagé sa richesse. Les politiciens ont prospéré mais les emplois sont partis. Et les usines ont fermé. Les victoires qu’ils ont obtenues n’ont pas été les vôtres. » Et il a conclu en assurant que « le 20 janvier 2017 restera dans l’histoire comme le jour où le peuple a repris à nouveau le pouvoir dans ce pays ».

Frontières, commerce et emplois

Bien qu’il n’ait pas explicitement fait référence à la Chine, au Mexique ou à l’OTAN, Trump a repris dans son discours les grandes lignes de sa politique protectionniste et anti-immigrés. « Durant des décennies, nous avons enrichi les industries étrangères au détriment de l’industrie américaine. Nous avons défendu les frontières des autres pays en refusant de défendre les nôtres. Nous avons enrichi d’autres pays alors que la richesse, la force et la confiance de notre pays se sont dissipées à l’horizon. L’une après l’autre, les usines se sont fermées et ont quitté nos côtes sans même penser aux millions d’ouvriers américains qui ont été laissés pour compte. »

Avec ces arguments, Trump a réaffirmé sa politique isolationniste et a déclaré qu’il était temps de regarder à l’intérieur et qu’à partir de maintenant, le mot d’ordre qui guiderait son action serait « America First » (l’Amérique d’Abord).
La seule promesse concrète faite par Trump a été celle de faire un plan de construction d’ouvrages publics comprenant des autoroutes, des ponts et des aéroports construits par des « mains américaines et du travail américain ». En ce qui concerne le reste, celui-ci s’est contenté de dire qu’avec un protectionnisme accru, les Etats-Unis retrouveraient le chemin de la « prospérité », mais sans préciser comment il ferait pour « ramener les emplois, ramener les frontières, ramener les richesses et les rêves ».

Ainsi commence le mandat du magnat de l’immobilier new-yorkais, accompagné de son cabinet de millionnaires et de conservateurs, en contradiction directe avec son discours anti-establishment. Les doutes sur la capacité de Trump à appliquer ses promesses de campagne prédominent, particulièrement concernant celles qui supposeront de s’affronter à l’establishment politique et économique du pays, et ce alors même que la résistance dans la rue contre la xénophobie et les positions anti-immigrés s’organise déjà. Ainsi, alors que Trump tenait son discours en présence d’Obama, de Clinton et de Sanders en personne, des milliers de manifestants étaient présents dans différentes parties de la capitale. Une mobilisation qui préfigure la marche imposante de femmes prévue dès ce samedi matin en réaction à l’élection de Trump.




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