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Société

Justice patriarcale

Dix-huit mois de prison avec sursis pour avoir violé sa fille de ses 9 ans à ses 15 ans

Un père de famille a été condamné en juillet dernier à dix-huit mois de prison avec sursis et de 3000 euros d’amende pour avoir violé à plusieurs reprises sa fille, de ses 9 ans à ses 15 ans. Sa femme a écopé de neuf mois de prison avec sursis et de 1000 euros d’amende pour ne pas être intervenue pendant ces 6 ans, alors qu’elle était au courant des faits. Le père a dû également reverser 500 euros à son fils, coupable de violences sur celui-ci.

Suite au viol de Sarah, 11 ans, jugée consentante par la justice car « a subi sans protester », nous revenons ici sur ces faits datant de juillet dernier, rapportés dans un article de La Voix du Nord, pour mettre une nouvelle fois en lumière cette justice patriarcale.

Comme bien souvent, la peine écopée par cet homme est particulièrement basse par rapport à ce qui est prévu dans la loi. En effet, « si la victime a moins de 15 ans, le viol est puni de 20 ans et les attouchements de 10 ans de prison et de 150 000 € d’amende » peut-on lire sur le site du Service Public. Un viol est défini par « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ». Dans cette affaire, la victime a clairement été violée, d’autant plus qu’elle a manifesté son refus (la mère et la sœur confirmant l’avoir entendu crier). De plus, les peines sont prévues plus lourdes en cas d’infraction sexuelle commise par une personne ayant autorité de droit ou de fait sur la victime, ce qui est le cas ici, le condamné étant le père.

Mais alors pourquoi les condamnations sont-elles si basses ?

Ces viols ont été correctionnalisés par la justice, c’est-à-dire jugés en tribunal correctionnel (qui condamne les délits, comme les agressions sexuelles) et non en cour d’assise (qui condamne les crimes, comme les viols). Si cette fois-ci c’est l’argument de la santé mentale de la famille qui a été utilisé, la requalification utilisée dans cette affaire n’est pas une exception. C’est souvent pour agression sexuelle et non pour viol que sont incitées les victimes à porter plainte, sous prétexte que la procédure sera moins longue et donc qu’il sera plus facile de s’en remettre et de passer à autre chose.

Pourtant, les peines encourues, les dommages et intérêts, et l’accompagnement auquel peut prétendre la victime ne sont pas les mêmes du tout dans un cas ou dans l’autre.

C’est également un problème d’invisibilisation des violences sexuelles. Le viol ne serait pas assez grave pour être jugé en cour d’assise, le tribunal correctionnel suffirait. C’est, en somme, la banalisation du viol, appuyée par la justice.
Dans l’affaire de l’adolescente violée par son père, la victime a clairement affiché son refus, et pourtant la condamnation est minime. Mais alors qu’en est-il des viols où la victime ne réagit pas, comme c’est le cas de Sarah, enfant de 11 ans violée par un homme de 28 ans, qui va lui aussi être jugé en tribunal correctionnel ? Celle-ci a été jugée consentante car elle ne s’est pas débattue, et n’a ni crié, ni pleuré. C’est ce critère qui est pris en compte pour juger du consentement de la victime. Pourtant, la peur paralyse. C’est une situation dans laquelle de nombreuses personnes n’osent pas bouger, de peur de prendre des coups par exemple, d’autant plus lorsqu’il s’agit de mineures. La violence peut également induire un réflexe de protection, la sidération psychique, qui va complétement paralyser la victime et la « sortir » de son corps, la couper totalement de la réalité et l’empêcher de réagir.

Il est important de garder à l’esprit que le l’absence de consentement, qui définit un viol, n’est pas forcément l’absence de protestations. Le silence n’est pas un consentement, loin s’en faut.

Aujourd’hui majeure, la victime a mis des années avant de trouver la force de dénoncer son violeur. C’est en effet bien avant le tribunal que le parcours des victimes est rendu compliqué. Celle-ci va parfois passer des jours, des mois, des années avant d’oser déposer une plainte au commissariat, culpabilisée par elle-même ou bien ses proches, puis par les policiers qui ne la prennent souvent pas au sérieux, jugeant que la responsabilité lui incombe et qu’elle l’aurait bien cherché. Vont être pris en compte la manière dont celle-ci était habillée lors des faits, si celle-ci était considérée comme une « fille facile » par exemple, faisant porter la responsabilité du viol sur la victime, comme cela a été a été le cas de Sarah. Les policiers ont fait état dans leur rapport qu’elle aurait notamment échangé des SMS à connotation sexuelle quelques mois auparavant, cela étant censé éclairer sa personnalité.

La justice et sa banalisation du viol envers les violeurs sont le reflet d’une société patriarcale opprimante, qui culpabilise les femmes victimes de viols avant les violeurs. Face à cette justice, qui n’en est pas une, la seule solution, c’est de mettre à bas le patriarcat.