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Culture et Sport

Interview

El Comunero : chanter pour raconter, chanter pour lutter

Lors du festival la Belle rouge à Saint Amant Roche Savine en juillet, nous avons eu l’occasion de rencontrer le groupe El Comunero. Séduits par leur musique nous avons cherché à les connaître un peu mieux. Ils ont eu la gentillesse de répondre à quelques unes de nos questions.

Révolution Permanente : Comment avez-vous composé le groupe et avec quelles intentions artistiques, musicales et peut être militantes ?

El Comunero : L’intention elle est avant tout, on pourrait dire à la fois familiale, historique et militante. C’est l’envie de raconter l’histoire de mon grand-père, qui était communiste, républicain espagnol, qui est né en Andalousie et qui avait 18 ans au moment de la guerre d’Espagne, il a décidé de s’engager et il s’est engagé aux côtés des anarchistes. Il m’a raconté son histoire, il m’a raconté ce qui se passait en Espagne mais aussi en France pendant la résistance puis tous le reste quoi. Le départ du projet c’est ça et puis l’intention musicale, c’est un peu de se réapproprier des vieux chants de lutte qui ont 70-80 ans, pour en faire quelque chose d’actuel. D’autant plus que le plus souvent dans ces répertoires-là, les enregistrements qu’il y a sont peut-être un peu datés.

RP : C’est un répertoire de chanson de lutte de l’époque ?

EC : Oui ce sont des chants de lutte, pas forcément de l’époque, il y a des trucs plus récents. Au départ c’étaient des chants exclusivement tirés de la guerre d’Espagne, de la révolution espagnole, mais au fur et à mesure du vécu du groupe, on a ajouté d’autres luttes et puis des textes plus actuels. Le dernier album qu’on a sorti il y a quelques mois, Son de la barricada est un clin d’œil à ce qui s’est passé à Waraqa en 2006 : ce n’est pas si vieux et ça reste des événements qui ont un lien avec ce que l’on raconte à l’origine, l’histoire de la guerre d’Espagne : il y a des gens qui se prennent en main, qui essaient de s’organiser par eux-mêmes.

RP : L’histoire de ce grand-père du coup, c’est un grand-père militant, anarchiste ?

EC : Non, communiste, mais qui s’est retrouvé à combattre aux côtés d’anars, parce qu’il était en Andalousie et là bas c’était les anars qui était majoritaires. Et il se trouve que le répertoire que l’on fait est en grande majorité anar, mais dans le groupe les sensibilités sont également plus anars que communistes. Elles sont diverses les sensibilités !

RP : Et il raconte quoi le grand-père sur cette période de l’histoire ? Il a dû perdre pas mal de copains, il a dû …

EC : Oui, il raconte à la fois des choses très douloureuses et difficiles comme tu dis, mais aussi ce qui s’est passé après la guerre : les camps d’Argelès ou les camps de concentration en France dans lesquels des milliers de combattants sont morts car il n’y avait pas d’accueil prévu, ou qu’il n’y avait pas de sanitaires. Des femmes et des enfants aussi y sont morts aussi, enfin il y a tout un tas de gens qui sont morts dans ces camps. Évidemment c’est douloureux, mais il y a aussi des trucs plus joyeux, plus drôles, qui sont des moments d’espoir, des blagues, la vie quoi.

RP : Vous faîtes un peu tous partie d’autres groupes à côté c’est bien ça ?

EC : Alors oui tout à fait, la base du groupe c’est un collectif, il y avait Kif de la Barda, qui joue maintenant avec Olivia Ruiz, il y en a du groupes « Les hurlements d’Léo », d’autres des « Ogres de Barback », a du « Anakronic Electro Orkestra », de la compagnie « L’air de rien »… On s’est tous rencontrés sur la route, avec d’autres groupes et on a eu envie de partager ça. Et donc on a sorti cette année notre troisième album, qui pour le coup est composé de chansons d’Amérique latine, alors que jusque-là c’était majoritaire espagnol. Ca reste chanté en espagnol, mais il y a quelques chansons en français en anglais et il y a une chanson qui a été écrite par Thomas qui raconte l’histoire de son grand-père et l’histoire du groupe indirectement aussi, qui s’appelle Abuelo.

RP : Donc ce sont différentes luttes qui s’entremêlent en fait ?

EC : On retrouve des points communs dans toutes ces choses là, qu’on soit à Barcelone en 36 où à la ZAD à Notre Dame de Landes aujourd’hui où à Waraqa en 2006 où au Chili, … on retrouve ses moments d’insurrections, on retrouve la même histoire, malheureusement.

RP : Comment ça résonne aujourd’hui de chanter de façon politique et militante ? Comment on lie politique et culture, pour vous ça semble facile.

EC : Pour nous c’est nécessaire, je ne sais pas si c’est facile après. Enfin, ce n’est pas facile face à la pensée unique qui dit que les artistes sont pas là pour prendre position, ils sont là pour divertir, etc. Alors que justement c’est l’inverse, on a un devoir moral et philosophique vis à vis du fait qu’on a un micro et des gens qui écoutent et on ne veut pas galvauder ça. On est bien évidemment plutôt du côté de ceux qui pensent qu’il est important de profiter de ce micro pour contrer tout ce que l’on entend ailleurs, enfin Révolution Permanente c’est votre but aussi, c’est essayer d’équilibrer un peu par rapport aux médias.

RP : Devoir philosophique ?

EC : Ce n’est pas évident, d’un côté on est tous intermittents, il nous faut bien un salaire un moment donné et en même temps on est dans la démarche depuis le début d’aller jouer en soutien là où on peut, pour des causes avec lesquelles ce que l’on chante résonne. Comme pour les sans pap, pour RESS, la liste est longue quoi, de toute manière sans ces gens qui luttent il n’y a pas de chant de lutte.

RP : On en vit ?

EC : C’est sûr qu’avec exclusivement des chants de luttes c’est pas simple j’avoue, bon ça va après avec « Les hurlements d’Léo » on n’est pas non plus un groupe vendu au grand capital mais non ce n’est pas simple. Après il y a des questions compliquées. C’est surtout compliqué avec certains médias, qui vont te refuser parce que tu as une parole politique. Même dans des SMAC (salle de musique actuel), qui sont financées par des municipalités, ils n’ont pas forcément le choix... Et puis il y a une position que l’on aime et que l’on doit défendre, c’est que finalement cette histoire c’est aussi un autre truc qui peut faire peur au pouvoir, ce sont de vieux chants de luttes, mais qui résonnent tellement aujourd’hui, dans le dernier album il y a une chanson qui s’appelle Malditas elecciones, malditos socialistas, « maudites élections, maudits socialistes », on aurait dit que le texte avait été écrit dans les années Hollande/Macron.

L’histoire elle bégaye quoi, mais là c’est clair que nos dirigeants, en plus de s’en mettre plein les poches, ils sont pas du tout prêts à s’adapter à la réalité et à un moment donné ça va faire très, très, très mal à mon avis, quand ça va tomber.

Et après, pour rebondir à une de tes questions, sur le côté militant, on parlait des ogres tout à l’heure, les ogres c’est l’exemple parfait, eux ils ont réussi à créer un truc de A à Z, autonome, limite auto-géré et ça c’est un travail hyper dur, hyper long, ça demande beaucoup d’exigence.

RP : Vous comptez continuer d’écrire de nouvelles chansons ? Sur les luttes actuelles peut être ?

EC : Bien sûr, c’est une volonté que l’on a. On est pile poil en train de bosser un morceau pour une compil là, qui n’est pas en anglais ou espagnol qui est une traduction juive, sur le thème des violences policières, quand tu tombes sur un texte de 1900 parlant de ça, tu as forcément envie de réécrire quelques couplets qui sont donc de la création, qui mettent en lumière aujourd’hui que ça aussi ça n’a pas changé.
Et après il y a un truc qui est important aussi aujourd’hui, mais d’ailleurs comme avant, c’est que la lutte elle fait partie d’un processus qui est un rapport de force finalement et c’est comme la force basque, si un des deux côtés arrête de tirer et bât l’autre il prend tout quoi, et c’est exactement ce qui est train de se passer en ce moment, dans la rue il n’y a plus grand monde, peut être a cause des violences policières, enfin moi j’ai plein de potes qui viennent plus parce qu’ils n’ont pas envie de se faire castagner. Mais ce qui est sûr c’est que si on ne lutte pas, en face ils gagnent. Et le peu que l’on obtient c’est après avoir lutté, pas après avoir attendu ça c’est sûr.

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