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Politique

Macron essaie de reprendre la main

En attendant le remaniement… Macron s’attaque aux retraites !

Pendant que le feuilleton du remaniement se poursuit, exprimant des éléments de crise toujours plus aigüe, le gouvernement ne se laisse pas distraire et continue de faire pleuvoir les réformes. Après les « négociations » sur l’assurance-chômage, la loi Pacte votée hier, aujourd’hui s'ouvraient les négociations sur la réforme explosive des retraites. De leur côté, les directions syndicales accourent une nouvelle fois à Matignon pour négocier la régression sociale. Le 9 octobre dans la rue et le 10 à Matignon !

La réforme des retraites : une réforme clé pour le quinquennat Macron

Certes, le gouvernement traverse une période de turbulences depuis l’affaire Benalla, qui a révélé les fragilités profondes du macronisme. Et ce remaniement dont on ne sait plus quand il va finir tant il s’étire dans le temps n’en est que la continuation.

Pour autant, un gouvernement affaibli n’est surement pas un gouvernement qui en a fini avec les contre-réformes. Tout au contraire, en pleine tourmente, Macron s’empresse de reprendre la main dans l’espoir de relancer son quinquennat en revenant aux sources.

C’est maintenant les régimes des retraites qu’il a en ligne de mire. Comme annoncé au cours de sa campagne, Macron entend jouer du bulldozer ; dans les grandes lignes, il s’agit de mettre à plat les 42 régimes spéciaux et de les fondre dans un même régime universel à points.

Cette réforme s’annonce d’ores et déjà décisive pour la suite du quinquennat de Macron, qui est conscient de son potentiel explosif. Contrairement aux précédentes réformes, notamment celle du Pacte ferroviaire, où il avait tenté de monter les travailleurs les uns contre les autres, Macron a bien conscience que la réformes des retraites est d’une toute autre ampleur et touche de nombreuses catégories sociales. C’est donc avec parcimonie que le gouvernement a communiqué les moyens qu’il compte mettre en œuvre, ne rendant public que ce jour même quelques une des mesures. Et c’est en ce sens que le gouvernement a d’ores et déjà repoussé cette réforme pour après les européennes.

Les grandes lignes de la réforme

Concrètement, ce ne seront, selon les dires du gouvernement, que les retraités qui prennent leur retraite à partir de 2025.

Pour les actifs, si les modalités de transition des 42 régimes actuels vers le régime universel n’ont pas encore été précisé, c’est en sous-marin un recul de l’âge de départ à la retraite qui se prépare avec l’instauration d’un âge pivot à 63 ans - soit un an après l’âge de départ actuel à la retraite. L’idée de l’âge pivot est simple : partir avant cet âge fait subir une décote à la retraite. Autant dire qu’il s’agit dans les faits d’un recul.

Les fonctionnaires non plus ne seront pas épargnés. Si ces derniers pourront désormais inclure leur prime dans leur assiette de cotisation, il faut préciser que les personnels hospitaliers et professeurs qui ne touchent pas ou peu de primes sortiront perdants. En filigrane, il s’agit surtout d’une façon individualiser les retraites pour les fonctionnaires et d’instaurer une course à la prime. Une réforme qui s’inscrit dans la logique de casse du statut de fonctionnaire promu dans la loi Pacte 2022 passé justement hier à l’Assemblée.

Les régimes spéciaux, eux, seront tout simplement passés au bulldozer et fusionnés dans le régime universel promu par le gouvernement.

Seuls les indépendant s’y retrouveront un peu puisque selon le gouvernement « ils bénéficieront d’un régime de cotisation adapté, pour ne pas bouleverser les équilibres économiques de leur activité. »

Se préparer à des attaques historiques contre les acquis du mouvement ouvrier

Cette réforme des retraites s’inscrit dans un contexte général de contre-offensive mené par Macron pour en finir définitivement avec une grande partie du salaire socialisé. En remettant tout à plat, il s’agit non seulement de réaliser des coupes budgétaires, mais aussi de remettre en cause le principe de solidarité qui régit le système des retraites. Sous couvert d’égalité et de simplicité, il s’agit d’une attaque contre les salaires indirects qui ont été conquis par le mouvement ouvrier contre le capital.

Comme l’écrivait Ernest Mandel, dirigeant trotskyste et économiste marxiste : « C’est un gigantesque recul historique sur une question clé : les salaires indirects (socialisés). Par une longue lutte historique, la classe ouvrière de l’Europe de l’Ouest, de l’Australie et du Canada (et dans une moindre mesure des USA et du Japon) avait arraché au capital ce ciment fondamental de la solidarité de classe, à savoir que les salaires ne doivent pas seulement couvrir les coûts de reproduction de la force de travail de ceux qui sont effectivement employés, mais les coûts de reproduction du prolétariat dans sa totalité, pour le moins à l’échelle nationale, c’est-à-dire aussi l’entretien des chômeurs, des malades, des personnes âgées, des travailleurs et des travailleuses invalides et de leurs enfants, à un minimum vital supérieur au « seuil de pauvreté » officiellement reconnu. Voilà la signification historique des versements de sécurité sociale, qui font partie du salaire, qui constituent sa part socialisée, ou au moins cette partie du salaire qui « transite » par les mains des institutions de sécurité sociale. A travers la pression en faveur de la société duale, du travail à temps partiel, du travail précaire, du travail au noir, le capital veut désormais réduire les salaires aux seuls salaires directs, qui déclineront ensuite inévitablement en fonction de la croissance massive de l’armée de réserve. C’est déjà le cas pour la masse des travailleurs en « noir » ou aux « emplois précaires », qui généralement ne bénéficient plus des avantages de sécurité sociale »

Une régression de grande ampleur qui annonce des luttes d’une ampleur au moins égale. Car c’est un nivellement par le bas qui s’ouvre, et auxquelles participent les directions syndicales qui sont sorties pour la plupart satisfaites de cette première journée de négociations. En chœur avec le patron du MEDEF Pascal Pavageau a annoncé être « satisfait » d’avoir obtenu « plus d’éléments concrets que lors des six derniers mois », quand de son côté Laurent Berger a salué « une réunion utile » qui a permis de mettre sur la table « un certain nombre d’éléments arbitrés ». De son côté, la CGT affirme ne pas être « favorable à ce projet » mais participe pourtant à une annonce déjà écrite à l’avance, légitimant ainsi le processus.

Face à ces attaques historiques, les négociations en carton et les journées saute-mouton ont assez duré. Le 9 Octobre a démontré une colère qui s’exprime malgré l’absence de plan de bataille. Comme l’exprimait Trotsky : « Les ouvriers sont prêts à participer à des manifestations de lutte et même à la grève générale, mais non pas à de petites grèves épuisantes et sans perspective. »  

Aussi, ce dont le mouvement ouvrier a besoin, ce n’est pas de négociations avec le gouvernement, d’autant plus qu’il est affaibli, mais bien d’un plan de bataille sérieux, par les grèves et les manifestations. 




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