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Politique

Pour défaire Macron

Enfoncer le clou, construire la reconductible pour réellement durcir le mouvement

Les cheminots entament ce samedi leur 6ème jour de grève dite perlée. Avec des niveaux de mobilisation fluctuant au gré des week-end, des départs en vacances ou encore des manœuvres de la direction de la SNCF, le mouvement des cheminots continue à tenir bon. Pourtant, pour défaire Macron qui compte bien « aller jusqu’au bout », il va bien falloir commencer à enfoncer le clou.

Dans un article du Figaro, à paraitre demain, l’on apprend que le passage télévisé de Macron sur TF1, pourtant préparé au millimètre, n’a pas atteint ses objectifs. Rembourser les retraités à coup de remerciements par milliers n’a pas convaincu les premiers intéressés. A destination des cheminots, le chef de l’Etat, tout en affirmant qu’il irait « jusqu’au bout », a été plus « doux » sur la forme. L’objectif étant de se départir de l’un des principaux axes de la communication gouvernementale à savoir faire passer les cheminots pour des « privilégiés ». Cela sonne comme l’aveux d’une première déroute pour Macron, celle de la première manche de la bataille de l’opinion. Gare, cependant, au second round.

A l’heure de l’entrée en grève de cette troisième séquence « perlée », le mouvement de grève des cheminots tient le choc comme en témoigne le trafic toujours « très perturbé ». La SNCF annonce, en prévision ce samedi, un TGV et un TER sur trois, deux Transilien sur cinq et un train Intercités sur cinq. Côté international, aucun train ne circulera sur les liaisons France-Italie et France-Espagne. Tandis que sur Eurostar, 4 train sur 5, le trafic des Thalys sera « quasi-normal ». Ainsi, les manœuvres de la SNCF pour réduire les impacts de la grève, quitte à engager des enjeux de sécurité comme l’emplois de « réservistes », ne semblent ne pas avoir l’effet escompté, au moins d’un point de vue qualitatif.

Comme l’affirme Le Monde, la mobilisation « reste à un haut niveau ». De sorte que parmi le personnel indispensable à la circulation, en dépit des départs en vacances des cheminots eux-mêmes, 66% des conducteurs, 60% des contrôleurs et 29% des aiguilleurs seront en grève. Si la dynamique n’est pas à l’essoufflement, comme l’affirme certains grands médias, l’on observe cependant que, plutôt que de monter en puissance étant donné la détermination et la disposition grandissante des cheminots à sa battre « jusqu’au bout », la mobilisation marque un léger recul. Ce fait doit interroger sur la stratégie même de l’intersyndicale CGT, UNSA, CFDT, son programme et ses modalités de lutte.

En effet, s’agit-il d’une grève pour exiger le retrait total du plan de casse de la SNCF ou pour obtenir « l’ouverture de réelles négociations » comme l’entend l’intersyndicale y compris Sud-Rail dans son dernier communiqué ? Ainsi, pourquoi demander « l’ouverture de négociations approfondies » ? Si ce n’est pour montrer que la méthode d’amendements proposés par la CFDT au projet de loi est « acceptable ». « Cela montre que le rapport de force fonctionne, affirme le secrétaire général de la CFDT Cheminots. Il y a du positif – comme par exemple la primauté reconnue du volontariat en cas de transfert des personnels ». De son côté, Laurent Berger, pour la CDFT, parle même « d’avancées » 

De son côté, l’UNSA a appelé « à une négociation tripartite entre les représentants des entreprises du secteur, le gouvernement et les organisations syndicales, afin de balayer tous les aspects sociaux, affirme Florent Monteilhet, représentant des conducteurs pour le syndicat UNSA ferroviaire. Cette négociation serait par nature supérieure à la négociation pour la convention collective de la branche qui est en cours. Elle aurait un agenda structuré et daté avec du contenu à négocier. » De la sorte, la direction de l’UNSA accepte, de fait, l’abrogation du statut, voté à l’Assemblée Nationale. Cette ligne rouge du statut cheminot, aussi bien pour la CFDT que pour l’UNSA, semble un lointain souvenir…

Concernant les modalités de la lutte, si la grève « perlée », défendue farouchement par la CGT ait pu, dans un premier temps, apparaitre comme « ingénieuse » aux yeux de la masse des cheminots, elle commence à montrer ses limites. D’abord, car elle a laissé nombre des brèches à la direction de la SNCF pour s’organiser, manœuvrer, moyennant notamment l’augmentation des retenues sur salaires pour intimider les cheminots. Plus encore, même si les impacts de la grève sont importants en terme financier pour la SNCF, 20 millions d’euros par journée, le trafic, même s’il est très perturbé, n’est pas encore paralysé, comme il aurait pu l’être si les 6 jours de grève était consécutif.

En ce sens, face à un gouvernement qui démontre toute sa détermination à « y aller jusqu’au bout », moyennant un tournant répressif des plus équivoques, notamment contre la mobilisation étudiante grandissante, une répression visant notamment à briser la jonction qui s’opère, même de façon embryonnaire, comme lors de la manifestation étudiants-cheminots, ce vendredi, ce dont il s’agit pour construire réellement le rapport de force, c’est d’enfoncer le clou en construisant la reconductible. « Il faut qu’on parte en reconductible. Mais la grève reconductible, elle est à construire » affirmait Anasse, aiguilleur et militant Sud Rail à l’AG de Gare du Nord qui a voté la reconductible majoritairement vendredi.

Après la gare Saint-Lazare, en reconductible même si minoritaire, c’est autour de gare du Nord, « première gare d’Europe en termes de passagers », de confirmer son pas dans la grève reconductible. Comme l’explique un article de Mediapart, « pour Karim Dabaj, militant Sud du technicentre du Landy, à Saint-Denis, Le syndicaliste a compté dans son centre 150 déclarations individuelles d’intention, ces fameuses ‘D2I’ qu’un cheminot doit déposer 48 heures avant de se mettre en grève. ‘On est contents, ça se maintient, un noyau dur s’est installé ‘, se réjouit-il. » Plus que jamais, il existe une fenêtre de tir pour défaire Macron, il s’agit pour cela durcir le mouvement par l’entrée en reconductible.




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