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Monde

La République catalane

Entre la répression de l’article 155 et les élections du 21 décembre

Avec un gouvernement entre la prison et Bruxelles, les forces souverainistes se préparent pour les élections imposées par le gouvernement issu de 78.

Les élections du 21 décembre sont un piège que Rajoy a mis en place pour ignorer la volonté populaire du 1 octobre et la proclamation dans le Parlament de Catalunya de la République Catalane le 27. Mais le voile de ces « élections autonomes démocratiques » est rapidement tombé lorsque le même jour de l’annonce, le Sénat et le gouvernement central ont dissout la Chambre Catalane, destitué le gouvernement catalan, renforcé l’occupation par la garde civile et la police nationale, et quelques jours après procédé à l’emprisonnement de huit conseillers et lancé des mandats d’arrêt contre Puigdemont et quatre autres conseillers qui s’étaient réfugiés en Belgique.

Un véritable coup institutionnel qui vise à refermer de façon réactionnaire et centraliste la crise catalane, avec la « grande coalition » du Roi, du PP, du PSOE et des Ciudadanos. Cela a commencé comme une réaction au 1 octobre avec des coups répressifs successifs, tels que l’emprisonnement des présidents de l’Assemblée Nationale Catalane et d’Omnium cultural ou encore tout ce qu’implique l’application de l’article 155 de la Constitution.

Dans ce contexte, et comme on s’y attendait, la réponse de la direction du procès n’a pas été à la hauteur de l’attaque de Madrid. Puigdemont depuis Bruxelles, le bloc Junts pel Sí, l’ANC et Omnium ont ainsi accepté de participer aux élections du 21 décembre au lieu d’organiser la « résistance » contre l’utilisation brutale du 155, appelant même à « la paix et au calme ». Leur réponse trahit la prédisposition et la volonté de l’immense mouvement démocratique catalan depuis le 1er octobre, lors des grèves du 3 octobre et du 8 novembre et lors des manifestations massives dont la dernière ce samedi a réuni 750 000 personnes dans les rues, c’est à dire autant que la fête nationale catalane de la Diada.

Le coup est réussi puisque les élections du 21 décembre sont perçues par les masses catalanes comme le dernier rempart pour « défendre » la République contre la droite du PPC et Ciudadanos, mais aussi du PSC. Aujourd’hui, les directions des forces souverainistes du Govern de la République catalane proclamée ne proposent pas d’autre horizon que les élections du 21 décembre.

Certains porte-parole des différents partis annoncent même plus de reculs. Le principal débat concerne le type de listes à créer plutôt que le programme ou la feuille de route à suivre. En principe, les forces souverainistes ne figureront pas sur une liste commune.

Pour sa part, Carles Puigdemont a annoncé lundi qu’il participerait à une liste appelée « Junts per Catalunya ». Ainsi, le président de la Generalitat se présenterait avec le PDECat comme base. Cela a été convenu samedi avec Puigdemont lors de la visite de Marta Pascal, David Bonvehí, Artur Mas et Ferran Bel à Bruxelles.

Ainsi, le regroupement proposé par les électeurs et pour lequel, au cours du week-end, ils ont recueilli 35 000 des 55 000 signatures nécessaires pour être reconnu par le Conseil électoral est définitivement exclu. Dans son conseil national de ce mercredi, le PDECat donnera l’approbation à la nouvelle stratégie électorale de Puigdemont, puisque la direction lui a laissé carte blanche pour qu’il prépare sa propre candidature.

Pour sa part l’ERC comptera sur sa liste tous les « consellers del Govern » de l’ERC qui sont en prison ou à Bruxelles : d’Oriol Junqueras, qui sera le numéro un à Barcelone ; à l’ex-conseller Raül Romeva (indépendant) ; Carles Mundó ; Toni Comín (indépendant) ; Dolors Bassa ; et Meritxell Serret. Les autres candidats proviendront pour bon nombre d’indépendants ou d’autres partis avec lesquels ERC a conclu des accords. Ils ont fait une proposition à Carme Forcadell, mais celle-ci devrait la refuser. Marta Rovira, sera la numéro deux. Une autre figure importante à s’y joindre est Roger Torrent, porte-parole adjoint de Junts pel Sí dans la précédente législature. Dans d’autres postes ils proposent les leaders des partis qui ont décidé rejoindre l’ERC comme les souverainistes socialistes du MES et Avancem (une autre scission du PSC), ainsi que de Démocrates de Catalogne, la scission d’Unió de type indépendantiste.

Une candidature de la gauche indépendantiste

Ce samedi, à l’Assemblée nationale extraordinaire tenue à Granollers (Barcelone), 91,63% des présents ont voté de participer aux élections du 21 décembre. Ils ont également voté pour présenter leur propre candidature « aussi large que possible, clairement de rupture, indépendantiste et d’extrême gauche », dans le but de « matérialiser la République catalane ». Cette option a obtenu le soutien de 64,05% des voix avec la participation de 1.125 personnes, contre deux autres propositions qui ont été une « liste des citoyens du pays » sans politiciens, Ou encore participer à une coalition ou à une liste aussi large que possible -un front de gauche avec d’autres formations. Le premier a obtenu 12,59% des voix et le second, 21,72%.

Pour Anna Gabriel, ces élections sont « absolument illégitimes et imposées » par l’application de l’article 155 de la Constitution mais, après la résolution de l’assemblée de la CUP su la ligne voulant que le 21 décembre serve à « matérialiser la république », elle a expliqué qu’il était « essentiel commencer le processus constituant, ce qui est implique une rupture avec l’État espagnol ».

En même temps, elle a critiqué ceux qui se considèrent comme « souverainistes tout en prônant ni DUI ni 155 », se référent à « Catalunya en Comú » : « Comment l’intervention d’un État autoritaire et fasciste peut-elle être mise au même niveau que le respect d’un référendum ?", leur a-t-elle lancé.

La nécessité d’une direction indépendante du « processisme »

La gauche indépendantiste et anticapitaliste est aujourd’hui confrontée au grand défi de faire face à une telle attaque du Régime, de développer la mobilisation sociale et de contribuer à la massification, extension et coordination des Comités de Défense de la République dans les quartiers, lieux de travail et lieux d’études, pour préparer un plan de lutte des travailleurs et du peuple, seul moyen de vaincre le coup institutionnel du PP et de la couronne, soutenu par le PSOE et les Ciutadans et aussi d’exiger la libération des prisonniers politiques.

Pour cela il faut commencer par rompre avec la politique de confiance et de subordination aux partis du « processisme », et utiliser leurs candidatures pour promouvoir un programme indépendant, basé sur la mobilisation sociale, et unir ce combat démocratique à un profond programme d’exigences sociales, capable d’unir toute la classe ouvrière.

Le mandat populaire du 1 octobre et l’indépendance ne peuvent être garantis et défendus que par l’auto-organisation ouvrière et populaire, en construisant une direction alternative au PDeCAT et à l’ERC qui ont déjà montré leur politique de claudication.




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