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Politique

Pascal Pavageau faussement radical

FO veut une rentrée sociale chaude pour… négocier

Depuis le 27 avril dernier, Jean-Claude Mailly a laissé sa place à Pascal Pavageau à la tête de Force Ouvrière. Présenté comme un syndicaliste très combatif par les médias, avec une feuille de route votée au congrès pour se placer sur le terrain du combat contre le gouvernement Macron, le nouveau secrétaire général a donné une interview à l’Est Républicain, où il annonce une rentrée sociale chaude mais dans l’optique de pousser aux négociations notamment avec le nouveau patron du Medef, si celui-ci le veut bien.

Crédit photo : AFP

Pascal Pavageau a donné une interview à l’Est Républicain ce mercredi 4 juillet. Il revient sur la grève SNCF qui continue pendant la pause estivale, mais également sur les mouvements sociaux à venir à la rentrée et sur le dialogue social.

Pavageau, succédant à Jean-Claude Mailly incarnant la ligne réformiste, est présenté comme un syndicaliste très combatif et élu pour appliquer une ligne plus contestataire que son prédécesseur. Sa ligne ? Défendre une mobilisation interprofessionnelle et l’unité syndicale dans l’action. Très radical dans les discours, Pavageau cherche surtout à renouer l’unité les militants de la base qui ont exprimé dernièrement leur rejet de la politique de Jean-Claude Mailly. Mais qu’en est-il du dur de sa politique ?

Pas de diagnostic mais des négociations

Dans l’interview donnée à l’Est Républicain, il commence en expliquant qu’il souhaite rencontrer l’ensemble des syndicats pour avoir « un agenda social le plus rapide possible sur les différents sujets de négociation interpro, et donc qu’on peut se caler à huit, très rapidement, et commencer à négocier ».

Face à la volonté du nouveau patron du Medef, issu de l’aristocratie française, Geoffroy Roux de Bézieux de formuler des « diagnostics » avec les partenaires sociaux, le patron de FO a expliqué que cela était inutile. Le but de son syndicat étant de pousser directement à… la négociation. « Nous l’avons déjà fait il y a un an sur le télétravail, avec une délibération signée par les huit, mais il ne s’est rien passé derrière… Au-delà des diagnostics, seule la négociation interprofessionnelle peut dégager des solutions », et d’ajouter « On ne discutera pas avec le Medef et on ira négocier avec ceux qui le voudront bien ».

Ainsi pour résumer, pas de discussions avec le Medef mais des négociations si le syndicat patronal le veut bien. En bref, c’est à n’y rien comprendre. Tout et son contraire.

FO derrière la grève SNCF de cet été et vers une mobilisation interpro à la rentrée ?

Interrogé sur la grève des cheminots qui va se poursuivre cet été, le secrétaire générale de FO n’a pas soutenu directement la grève. Il s’est contenté d’expliquer que « la Fédération soutient les camarades FO qui décideraient la grève ». Il a de plus affirmé que cette grève n’était pas pour le retrait du pacte ferroviaire mais qu’elle est le « dernier moyen pour essayer d’ouvrir une négociation solide afin de recréer le cadre collectif qu’on vient de casser ». Alors que la lutte s’inscrit dans la durée avec une modalité qui va dans le mur et une unité syndicale explosée, Pavageau n’a pas l’intention de redonner des forces et de la motivation à ses militants et à l’ensemble des cheminots qui restent mobilisés malgré la trahison de la CFDT et de l’UNSA.

« Oui, la rentrée sociale sera chaude, car il faut une réponse interpro à une attaque générale contre les cadres collectifs. Il y a le feu, et chacun essaie d’éteindre son arbre… Nous proposons de nous mettre ensemble pour avoir un Canadair. »

Cela s’inscrit dans la continuité du congrès de FO d’avril dernier. « J’ai un mandat pour aller vers une mobilisation interprofessionnelle dans l’unité d’action la plus large, quand cela sera possible, fin septembre, début octobre ». Une position qui semble aller à l’encontre de la politique menée par son prédécesseur largement condamné par la base. La nouvelle direction est attendue au tournant dans une organisation de plus en plus polarisée.

« Je vais proposer aux cinq confédérations syndicales et aux organisations de jeunes de se voir fin août au siège de FO, pour construire une mobilisation sur au moins deux sujets : les salaires, et l’individualisation des droits avec la casse des cadres collectifs. Et sur les retraites, même si nous ne sommes pas tous d’accord sur le système à points, je crois que nous pouvons nous retrouver sur les principes ».

Ces déclarations sont dans la continuité de la participation à la manifestation interprofessionnelle du 28 juin en commun avec la CGT, et de son appel à renouveler cela dès l’automne, ainsi que de la rencontre entre la direction de la CGT et de FO.
Mais elles semblent en deçà de la résolution générale du congrès de FO pour les quatre prochaines années. La réponse au « Je pense donc tu suis » (référence à Macron et son attitude envers les syndicats) ne semble pas à la hauteur. En effet, loin de se placer sur le terrain du combat contre le gouvernement Macron, Pavageau est dans l’optique de mettre une pression unitaire et interpro afin de donner du poids dans des négociations et non du retrait pur et simple de toutes les lois qui attaquent frontalement nos conditions de travail et de vie.




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