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Politique

Opération de reconquête

Face à la colère des retraités, Macron en marche arrière

En plein chute libre dans les sondages, à l'approche des élections européennes et de réformes d'ampleur, Macron ne peut pas se permettre de voir cet électorat, qui avait en majorité voté pour lui aux élections, lui échapper au profit de la droite. On assiste ainsi, ces derniers jours, à une tentative de colmater une nouvelle brèche au sein de la macronie, en se réconciliant avec les retraités, particulièrement touchés par les réformes du gouvernement.

Le pouvoir d’achat des retraités a particulièrement souffert des réformes de l’an I de l’exécutif : après la hausse de 1,7 points de la CSG, ils ont ensuite eu droit à un quasi gel de leurs pensions de retraite. De plus, à l’avenir, avec un fléchissement de la croissance économique, il est fort probable que le gouvernement continue de manier les coups de rabot dans le budget et maintiennent les gels de prestations sociales, y compris les retraites donc. A cela s’ajoute l’incertitude qui pèse sur l’avenir des retraités quant au contenu de la réforme de retraites, chantier phare du quinquennat Macron.

Autant de coups au pouvoir d’achat des retraités qui ont provoqué une colère qui menace de se transformer en véritable décrochage. Car, la situation commence à être critique pour Macron : selon le baromètre de l’institut Elabe, publié le 6 septembre, 72 % des retraités déclarent ne pas avoir confiance dans le chef de l’État, alors qu’ils étaient 44 % en janvier et 35 % lors de son élection.

Or, les retraités constituent un électorat crucial pour Emmanuel Macron. Fortement mobilisés lors des élections, ils ont en moyenne voté pour lui plus que toutes les autres franges de la population en 2017. Comme le concède un député LREM au journal Le Parisien : « On se fait engueuler sur les marchés. C’est une catégorie qui a beaucoup voté pour nous et qui n’est pas abstentionniste. »

Dans cette optique, le gouvernement lance une réelle opération de reconquête de cet électorat. Ainsi, après Macron qui a déclaré à ses collaborateurs « il faut arrêter d’emmerder les retraités », ou Collomb qui affirmé dans l’Express « il faut écouter les personnes âgées, » c’était au tour d’Édouard Philippe jeudi d’annoncer que ce seront 300.000 retraités, et non 100.000 comme annoncé initialement, qui bénéficieront d’un geste fiscal pour compenser la hausse de la CSG. En outre, après le report de la réforme constitutionnelle, ou l’imbroglio sur l’impôt à la source, Macron a lui-même désavoué Christophe Castaner qui avait avancé la possibilité d’une hausse des droits de succession.
Autant de signes de la fragilité et de l’inquiétude qui règnent dans la macronie ces derniers temps.Carl’enjeu est de taille pour Macron. Tandis que sa base sociale sur la gauche commence à se détacher alors que la façade de « nouveau monde » tombe en ruines, le risque pour lui est grand de voir les retraités se retourner vers la droite qui, bien que pour le moment très affaiblie, pourrait se renforcer considérablement. De plus, à l’approche des européennes, une élection marquée par un fort taux d’abstention, le vote des retraités sera déterminant.

Affichant une image de bulldozer il y a quelques mois, Macron se voit désormais contraint, sous la pression de sa base sociale, de reculer. Au monde du travail, maintenant, avec ses méthodes de grèves et de manifestations, de démontrer dans le faits qu’il est possible de faire reculer Macron en menant une contre-offensive.

Crédits : © Radio France - Jonathan Landais




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