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Politique

Après le 10 octobre

Face au mépris du gouvernement, les fonctionnaires réfléchissent à une nouvelle date de grève

Les organisations syndicales de la fonction publique étaient conviées hier à un « rendez-vous salarial » avec Gérald Darmanin, le ministre de l’action et des comptes publics. Un rendez-vous au cours duquel le gouvernement a exprimé une volonté simple : ne rien donner aux fonctionnaires.

Crédit Photo : Serge d’Ignazio

Baisse du pouvoir d’achat du fonctionnaire : le gouvernement ne donne aucune réponse

« Nous somme profondément déçus » : c’est ainsi qu’a résumé Bernadette Groison, de la FSU, le rendez-vous avec le gouvernement qui devait plancher sur le pouvoir d’achat des fonctionnaires. La fonction publique, avec la hausse de la CSG et le gel du point d’indice, a été particulièrement attaquée par le gouvernement, et le pouvoir d’achat de tous les fonctionnaires est en baisse. Mylène Jacquot (CFDT) explique ainsi que « 2018 sera une année blanche, voire pire pour certains agents avec le gel du point, le report du PPCR d’un an, tout ça assorti d’une hausse des cotisations retraite. Le ministre n’a pris aucun engagement pour 2019 à l’exception d’un nouveau rendez-vous salarial. » Contrairement à ce qu’avait annoncé le gouvernement, la hausse de la CSG ne sera pas compensée pour les fonctionnaires : le ministre a expliqué que la compensation devrait passer par la suppression de la Contribution Exceptionnelle de Solidarité (CES), qui est payée par une partie des agents, ainsi que la suppression de la cotisation maladie pour les contractuels. Mais ces suppressions de cotisations, qui affaiblissent pas ailleurs les salariés parce qu’ils retirent peu à peu leurs droits liés à des cotisations, ne seront pas suffisantes. Le gouvernement veut mettre en place une « prime compensatoire » pour tenir sa promesse. Une prime qui apparaît comme une miette laissée aux fonctionnaires pour qu’ils rentrent chez eux, et qui pourrait être facilement supprimée.

Le gouvernement est aussi revenu sur le protocole « Parcours professionnels, carrières et rémunérations » (PPCR), qui devait donner une légère revalorisation des grilles salariales contre un recul de la retraite. Si l’allongement des carrières est maintenu dès 2018, la revalorisation des salaires ne l’est pas. En cause : la volonté du gouvernement de maintenir son équilibre budgétaire. En effet, la mesure devait coûter 4 milliards d’euros, et la suppression de l’ISF a coûté 5 milliards d’euros. Un signe fort du gouvernement donc : il préfère alléger l’impôt des très riches plutôt que de revaloriser la fonction publique.

Des rémunérations au mérite ? Une énième contre-réforme du gouvernement

Ce « rendez-vous salarial » devait parler, comme son nom le dit, de salaires. Cependant, face à la principale revendication des organisations syndicales, à savoir le dégel du point d’indice, Gérald Darmanin a opposé un refus net et catégorique. Les représentants de l’Unsa ont souligné que « un tiers des agents ont vu leur rémunération nette baisser en 2015 et qu’elle n’a augmenté que de 0,6 % en moyenne contre 1 % dans le privé ». Face aux calculs du gouvernement, qui affirme que le pouvoir d’achat des fonctionnaires a augmenté de 4 % en 2017, la confédération Solidaires a expliqué que le calcul, basé sur la masse salariale divisée par le nombre d’agent, était totalement mensonger : « C’est comme si on incluait le salaire du PDG de Renault, Carlos Ghosn, dans la masse salariale du groupe pour avancer une hausse moyenne des salaires ». En somme, les rémunérations des hauts fonctionnaires ont augmenté, mais ceux de la masse ont stagné.

Pire encore, au sujet d’une hausse des salaires, le gouvernement n’a avancé qu’une proposition, celle de commencer à mettre en œuvre des rémunérations au mérite. « Le ministre a exclu tout geste à ce stade sur le point d’indice, il a même laissé entendre que lorsque nous discuterons salaire, nous discuterons avant tout rémunération au mérite », a ainsi expliqué Baptiste Talbot de la CGT. Une nouvelle mesure qui mettrait en concurrence les fonctionnaires entre eux et qui s’inscrit dans la logique libérale actuelle selon laquelle les fonctionnaires seraient des fainéants.

120 000 suppressions de poste et une nouvelle date de grève en perspective ?

Mais les fainéants sont particulièrement en colère tant les attaques du gouvernement sont nombreuses : Gérald Darmanin a rappelé les deux mesures phares qu’il veut mettre en place pour casser la fonction publique. Tout d’abord, les 120 000 suppressions de postes, qui devraient se répartir entre la fonction publique territoriale (70 000 suppressions sur 1,98 millions d’emplois) et la fonction publique d’État (50 000 sur 2,48 millions). Un nouveau plan de licenciement géant, auquel s’ajoute l’imposition d’un jour de carence en cas de congé maladie, ce qui consisterait à ne pas payer les malades pour leur premier jour de congé.

Autant de contre-réformes que les fonctionnaires ont commencé à dénoncer en manifestant massivement le 10 octobre lors d’une première date de grève. Cela pourrait, par ailleurs, ne pas être la seule : Baptiste Talbot (CGT) a d’ores et déjà annoncé que les syndicats allaient réfléchir à un « prolongement de la journée du 10 octobre ». Une nouvelle date de grève qui permettrait à tous les fonctionnaires de commencer à poser un rapport de force avec le gouvernement qui permettrait de retirer toutes ces lois iniques. Cependant, au moment où les salariés du privé sont en train de préparer eux aussi de nouvelles dates de mobilisation, il faudrait, dans l’intérêt de tous, qu’une convergence public-privé commence à se mettre en place contre une seule et même politique : celle d’un gouvernement Macron au service du Medef.




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