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Politique

Mailly s’en frotte les mains !

Force Ouvrière : les fiches des syndicalistes et les méthodes de Pavageau

La guerre intestine continue chez FO. Par une fuite, dévoilée par le Canard Enchainé, on apprend que l’actuel chef de la centrale, Pascal Pavageau, a mis en place un système de fichage – personnalité, orientation sexuelle et degré de loyauté envers « PP » - de 126 cadres du syndicat. Pour sa défense, Pavageau se défausse contre deux collaboratrices contre lesquelles une commission disciplinaire a été ouverte. De son côté, depuis son poste de conseiller patronal, Jean-Claude Mailly se frotte les mains.

La révélation d’un fichage en octobre 2016

« Plutôt à droite », « complètement dingue », « pas fiable » ou encore « pas assez loyal ». C’est en ces termes que 126 élus des fédérations et des unions départementales Force Ouvrière sont décrits dans un fichier que le Canard Enchainé a pu se procurer. Un fichage en règle des élus syndicaux, digne d’entreprises voyous comme Ikea ou Amazon, concocté en octobre 2016. A cette époque, Pascal Pavageau est membre du Bureau Confédéral et se prépare à liguer sa candidature de secrétaire général pour le Congrès d’avril 2018 à l’issu duquel il décrochera, seul candidat en lice, le poste de secrétaire général. La révélation de ce fichage est une très mauvaise nouvelle pour Pavageau, dont les pratiques en interne, à Force Ouvrière, sont ici montrées du doigt.

Une guerre intestine au sein de Force Ouvrière

Nul doute, qu’à l’origine de cette fuite, il y ait un esprit revanchard. L’élection de Pascal Pavageau, pourtant seul candidat en lice, au dernier Congrès de l’organisation, s’est faite principalement contre le secrétaire général sortant, Jean-Claude Mailly, vivement critiqué en interne pour ses négociations avec le gouvernement Philippe concernant le dossier de la loi Travail XXL. En polarisant les débats contre la personne de Mailly, Pascal Pavageau, « PP » comme il est surnommé dans la centrale, est ainsi parvenu à passer sous silence ses propres responsabilités au sein du Bureau confédéral de Force Ouvrière – qui vote à l’unanimité les mandats de négociations – quand Mailly était encore aux commandes.

Le Congrès passé, les tensions entre les partisans de la ligne Mailly, dite « réformiste », et les pro-Pavageau ne se sont pas dissipées. Bien au contraire, elles ont été alimentées par Pavageau lui-même, à l’origine d’une passe d’arme avec l’ancien secrétaire en juin dernier au sujet de son recrutement au sein d’un think tank libéral dirigé par Raymond Soubie, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, et de l’instauration d’un climat de défiance voire d’une guerre intestine au sein de Force Ouvrière, à l’égard des anciens proches et collaborateurs de Mailly.

Jean-Claude Mailly a lui juré « découvrir cette liste » et les pratiques de Pascal Pavageau, qu’il connait bien pour l’avoir lui-même poussé à la tête de la Fédération FO de l’Équipement, de l’Environnement, des Transports et des Services (FEETS-FO) en 2007, « dans le Canard ». Mais le ton, aux allures de menace, est donné.

Le double visage de Pavageau

Si ces révélations passent particulièrement mal pour l’actuel chef de FO, c’est qu’elles lèvent aussi le voile sur les méthodes de Pavageau. Dans ses déclarations le patron de FO reconnait une « belle connerie » et une « grave erreur » de deux collaboratrices, un document qu’il « n’avait jamais vu ni avalisé », se défend-t-il, même s’il reconnait l’avoir commandé. Selon nos sources, une commission disciplinaire interne a d’ores et déjà été ouverte au sein de Force Ouvrière à l’encontre des deux collaboratrices incriminées par Pavageau. Désigner un bouc émissaire comme il l’avait fait avec Jean-Claude Mailly lors du Congrès, épargner son image tout en resserrant la vis en interne, voilà les méthodes du nouveau dirigeant de la troisième force syndicale.

Car en matière d’image, Pascal Pavageau sait toujours sur laquelle jouer. Quelques mois avant son élection à la tête de Force Ouvrière, en novembre 2017 dans l’Obs, Philippe Pihet, membre de la direction de la centrale, tablait sur la « continuité » des positions de la centrale avec le mandat de Pavageau. « C’est un pragmatique, un FO pur jus ». Car si dans ses pratiques de gestion interne de la centrale , et dans ses discours, beaucoup plus offensifs vis-à-vis du gouvernement Macron, Pavageau se distingue de son prédécesseur Jean-Claude Mailly, pour l’instant, sa ligne politique reste assez similaire : dans le cadre de la réforme sur l’assurance-chômage, dont le gouvernement a déjà fixé le cadre de 3 à 4 milliards d’économie sur 3 ans, FO a emboité le pas de la CFDT, rapidement suivi par la CGT, en acceptant de se rendre à la table des négociations. « Pascal Pavageau a su joué habilement pour obtenir un consensus [au sein du Comité Confédéral National, la direction du syndicat] sur le sujet de l’assurance-chômage » rapportait les Echos, en août. Premier véritable test politique pour le nouveau secrétaire, Pavageau pousse la centrale à se rendre aux négociations, alors même que ses conditions, la régression sociale pour les salariés et les chômeurs, sont fixées d’avance…

Deux faces d’une même pièce : méthodes bureaucratiques et négociation de la régression sociale

En dépit de ce qu’il a voulu laissé paraitre de lui, Pascal Pavageau n’est pas si différent de son prédécesseur. En n’hésitant pas à se mettre à la table des négociations avec le gouvernement pour négocier la casse de l’assurance chômage et les retraites Pavageau s’inscrit dans les pas de Mailly. Certes, il a su s’appuyer sur la fronde interne à la centrale, ouverte lors des ordonnances travail, qui avait poussé plusieurs fédérations FO dans la rue, contre l’avis de la Confédération et la position de Jean-Claude Mailly. Il l’a utilisée, en interne, pour calmer la défiance de la base de l’organisation, constituée de militants combattifs, vis-à-vis de sa direction.

De l’autre côté, il n’est pas impossible que la contre-offensive lancée par les proches de Mailly et Mailly lui-même contre Pavageau ne soit une modalité de contrôle sur la centrale. Les crispations internes n’expliquent pas tout. Et pour Jean-Claude Mailly, recruté par les milieux patronaux, comme pour Stéphane Lardy, ancien Fo passé directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, il y a tout intérêt à ce que la position conciliatrice de la centrale soit maintenue.

Quoiqu’il en soit, on peut là aussi penser que cette affaire des fiches n’est que la partie immergée de l’iceberg. En effet, ces méthodes, cette fois-ci le fichage de Pavageau, autrefois la rénovation du bureau de Thierry Le Paon à la CGT, expriment la manière dont la bureaucratie syndicale s’arrogent des avantages matériels et politiques des appareils sur lesquels elle veut garder la main.

Dans cette guerre partisane, les militants syndicaux FO doivent faire entendre leurs voix. Car c’est à leur combat sur leurs lieux de travail, à la défense de leurs droits du travail, à la retraite, à l’assurance chômage, aujourd’hui clairement menacés, que l’organisation syndicale doit servir. Et non pas à leur dirigeant et ex-dirigeant, qui une fois de plus, cherchent à en tirer les ficelles dans leur propre intérêt.




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