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Notre classe

La justice donne raison à la CGT

Ford Blanquefort : Une victoire judiciaire pour relancer la mobilisation ?

Dans un contexte d’inquiétude générale quant à l’avenir de l’usine Ford de Blanquefort (33), une décision de justice condamnant la multinationale pourrait redonner confiance aux salariéEs.

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Le comité de suivi du 23 octobre, piloté par le préfet, n’a débouché sur aucune avancée. Ford repousse toujours à plus tard le moment de décider d’apporter une nouvelle boîte de vitesse à produire à l’usine. Alors que la mise en place d’un nouveau projet industriel prend normalement deux ans, nous savons que d’ici environ un an, l’activité de l’usine pourrait se réduire à un niveau très faible. Nos emplois sont donc clairement menacés. Mais Ford fait comme si de rien n’était et les pouvoirs publics assistent en spectateurs à une catastrophe sociale quasi-annoncée. Les collègues écœurés et inquiets ont pour la plupart bien conscience qu’on se fait baratiner mais, malgré les efforts de l’équipe militante CGT qui essaie aussi d’entraîner une intersyndicale attentiste, l’ambiance dans l’usine n’est toujours pas à la mobilisation.

La justice donne raison à la CGT

C’est dans ce contexte que le tribunal vient de délibérer dans l’affaire dite des « 1 000 emplois ». À la surprise générale, le 2 novembre, la justice a donné raison à la CGT en condamnant Ford à respecter son engagement de maintenir au moins 1 000 emplois, inscrit dans l’accord de mai 2013 signé avec l’État et collectivités territoriales. Ford est condamné à revenir aux 1000 emplois au 1er janvier 2018 : quelle victoire pour nous ! Bien sûr, il est possible que ce ne soit qu’une victoire symbolique, Ford peut (et devrait) faire appel de cette condamnation. Et puis nous voyons mal comment la justice va imposer à une multinationale d’embaucher, même avec une amende autour de 80 000 euros.

Cela dit, cela reste une victoire qui sera un élément important pour la suite. Tout d’abord parce que cela montre que nous avons raison de dénoncer la politique de Ford et de ne rien lâcher dans la bataille pour la défense des emplois. Cela met forcément met la pression sur les pouvoirs publics qui n’avaient pas fait grand-chose jusque-là et, évidemment, la pression sur Ford, pris en flagrant délit de mensonge et d’utilisation d’aides publiques (plus de 40 millions d’euros) sans maintien des emplois en retour.

De nouveau, un air de contestation dans l’usine

Cela peut surtout redonner confiance du côté des salariéEs, car cette décision de justice apporte de la légitimité à la bataille des emplois. Le revers essuyé par Ford devrait aider à modifier le rapport de forces. Une décision qui tombe à pic car, depuis le 23 octobre, nous avons débrayé 3 fois : le jour du comité de suivi, puis la semaine suivante sous forme d’assemblées générales pour faire le point. Environ 120 salariéEs se sont ainsi mobilisés, c’est peu, mais à la fois important car c’est ainsi qu’un mouvement se reconstruit. Et ce jeudi 9 novembre, les syndicats ouvriers appellent ensemble à une manifestation dans l’usine avec l’exigence que Ford annonce avant la fin de l’année une nouvelle production : on retrouve un air de contestation dans l’usine.

L’urgence est là : que nous reprenions nos affaires en main et que, par la lutte, nous remettions la pression sur Ford et les pouvoirs publics. Car il s’agit bien d’arracher l’activité nécessaire pour assurer l’avenir de l’usine et la sauvegarde de tous les emplois, y compris les emplois induits dans la région.

Philippe Poutou




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