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Gilets jaunes. Un service d’ordre oui, mais sous contrôle démocratique

L’émergence, depuis l’acte IX, de « services d’ordre » a mené à des dérives lors de l’Acte X qui mettent en avant la nécessité d’un contrôle démocratique sur l'organisation du mouvement.

Le mouvement des Gilets jaunes seraient-ils en train de se banaliser ? C’est en tout cas ce que semblent laisser entendre certains médias, présentant la mise en place de services d’ordre et la multiplication des manifestations déclarées comme autant de signes d’un tel phénomène. Dans Le Monde, Christophe Ayad et Nicolas Chapuis notent ainsi que l’Acte X, « structuré de manière classique avec un cordon de tête, un parcours préétabli et un service d’ordre », « a davantage ressemblé à un défilé syndical traditionnel qu’aux attroupements anarchiques des débuts. »

Pourtant, si de plus en plus de manifestations sont déclarées tandis que se mettent en place des « services d’ordre », rien n’indique qu’un tel phénomène doive nécessairement aller dans le sens d’une « pacification » du mouvement des Gilets jaunes. A condition cependant d’assurer aux Gilets jaunes un contrôle sur cette organisation qui apparaît pour le moment particulièrement opaque et menacée des pires dérives.

Des services d’ordre aux ordres de la police et infiltrés par l’extrême-droite ?

L’Acte X a vu fleurir les services d’ordre de Gilets jaunes encadrant les manifestations, de Paris à Marseille en passant par Perpignan ou Toulouse. L’initiative a permis de structurer les cortèges et de lutter contre leur dispersion. Pourtant, si cette initiative, visant traditionnellement à protéger le cortège de la police paraît positive, de nombreux dérapages ont eu lieu, les Services d’Ordre se transformant parfois en annexe de la préfecture.

Dans diverses villes, comme à Marseille ou Paris, les rapports entre le SO et la police sont en effet apparus particulièrement tendancieux. Ainsi, on a pu voir des membres du SO livrer à la police des Gilets jaunes accusés d’avoir lancé des projectiles ou de vouloir « casser ». Sur BFM TV, Eddy Sid porte-parole du syndicat SGP Police FO, a ainsi expliqué que la police travaillait « en adéquation » avec le SO pour éviter « l’infiltration de casseurs ». Une rhétorique gênante qui fait du SO le complice d’une police rejetant la responsabilité de la répression ultra-violente qu’elle exerce sur les prétendus « casseurs infiltrés ».

Par ailleurs, à Paris, le Service d’Ordre de la manifestation a accueilli un certain nombre de militants d’extrême-droite, à l’image de Victor Lenta ancien milicien dans le Donbass. L’organisation opaque du SO a ainsi permis à plusieurs militants identitaires nationalistes, minoritaires dans le mouvement, de se mettre en avant, ce que le gouvernement a immédiatement instrumentalité pour mieux assimiler, comme à son habitude, les Gilets jaunes à un mouvement d’extrême-droite.

Pour des services d’ordre contrôlés démocratiquement par les Gilets jaunes

Cependant, les dérives dont ont fait preuve certains membres des SO lors de l’Acte X ne signifient pas qu’il faille abandonner une telle tâche. Le Service d’Ordre apparaît comme éminemment nécessaire pour défendre les cortèges contre la police, mais également pour être capables de passer à l’offensive en brisant les cordons de CRS lorsque ceux-ci cherchent à stopper les manifestations. Depuis le début du mouvement, la nécessité d’une auto-défense collective des cortèges s’est ainsi faite sentir et ne doit pas être abandonnée.

En revanche, une telle tâche ne saurait être considérée comme technique et laissé à n’importe qui. Le rapport du Service d’Ordre à la police, la présence de militants d’extrême-droite en son sein, la stratégie à adopter face aux CRS sont autant de questions qui ne peuvent être tranchés que par les Gilets jaunes eux-mêmes dans des cadres démocratiques. A l’inverse, le recrutement actuel sur la base du volontariat, dans une relative opacité, favorise l’infiltration de militants d’extrême-droite et l’autonomisation d’un Service d’Ordre qui doit pourtant rendre des comptes au mouvement dans son ensemble.

La question du Service d’Ordre pose donc à nouveau et de façon aigüe la question de la structuration démocratique du mouvement. Si partout en France des Assemblées Générales commencent à se mettre en place, les Gilets jaunes peinent encore à se structurer. Or, aujourd’hui, la question du Service d’Ordre n’est qu’un des multiples exemples de la façon dont ce déficit de structuration et de démocratie affaiblit le mouvement et le rend vulnérables aux récupérations les plus nauséabondes.

Crédit photo : Ludovic MARIN / AFP.




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