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Grève au Mirail : quelle stratégie pour la suite de la mobilisation ?

A peine rentrés de vacances les grévistes du Mirail ont voté le blocage de toute la fac pour une semaine, jusqu’à ce mardi 13 mars. Si la fatigue commence à se faire ressentir sur le campus, et alors que s’ouvre un débat sur la stratégie à adopter pour la suite, la perspective d’une date de convergence avec le reste de la fonction publique et les cheminots le 22 pourrait venir rebooster la mobilisation.

Lundi 5 mars, c’est la rentrée à l’université du Mirail. Tout se passe normalement, et justement, un peu trop normalement pour une université en grève depuis plus de 6 semaines. Malgré une mobilisation importante, tant du côté étudiant que du côté des personnels, la plupart des cours continuent à se tenir, et seuls la Maison de la Recherche (MDR) et une partie des services de la présidence sont bloqués. Avec la démission d’un membre du CA la semaine dernière, les pro-fusion qui commencent à s’organiser, l’arrivée de plusieurs dates importantes pour la poursuite du conflit (rencontre du jury IDEX à Paris le 14 puis rendu de son jugement concernant l’attribution ou non des financements, et prochain Conseil d’Administration le 20), et la menace d’une intervention policière pour déloger les occupants de la fac le manque de perspectives commence à se faire ressentir sur le campus.

Un blocage d’une semaine qui rend enfin la grève effective mais qui a manqué de communication

C’est dans ce contexte plus général que s’est tenue l’Assemblée Générale qui a réunie plus de 800 personnes et où le blocage permanent de toute l’université jusqu’à mardi 13 mars a été voté. Ce blocage, voté à une courte majorité et à laquelle s’est rallié le secteur « anti mobilisation » de l’AG constitué notamment par des enseignants chercheurs de la maison de la recherche et quelques étudiants, exprime la volonté d’une partie importante des grévistes de pallier le manque de perspectives par des solutions plus « radicales », susceptibles de monter d’un cran dans le rapport de force. Si la plupart des personnels mobilisés ont voté contre ce blocage, certains y ont vu au contraire un moyen de lutter contre les pressions qu’ils subissent de la part de l’administration ou de leurs collègues, notamment dans la scolarité et les UFRs.

Bien que la question du blocage ait divisé les grévistes durant le vote (certaines organisations allant même jusqu’à la condamner publiquement à travers des tracts, comme l’UEC), c’est bien collectivement qu’il a été mis en place effectivement, et qu’il tente d’être animé depuis. Le désormais célèbre et détesté Daniel Lacroix aura tenté une fois de plus de saper la mobilisation en annonçant la fermeture administrative de la fac pour la durée du blocage (une manière de vider l’université des étudiants en leur annonçant que les cours sont annulés). Et c’est une opération qui aura plutôt réussie, puisque très peu nombreux sont les étudiants non-grévistes à venir s’informer ou discuter sur le campus cette semaine. Quand par ailleurs les « anti-bloqueurs » s’organisent sur les réseaux sociaux (à travers des pages animées par des militants d’extrême droite, dont L’Action Française) et prévoient de venir en nombre à la prochaine Assemblée Générale pour essayer de mettre un stop à la mobilisation.

S’il n’est pas en soi alarmant que la mobilisation, qui se pense sur un temps assez long, connaisse des périodes de stagnation, où la fatigue se fait sentir, il est important de poser de front la question des perspectives et de confronter les stratégies qui se dégagent, sous peine de voir la mobilisation s’essouffler rapidement.

Nous n’avons rien à attendre de nouvelles élections

Comme nous le développions déjà dans un précédent article, la grève se retrouve confrontée à un changement de coordonnées avec la démission d’un membre du CA qui a fait perdre la majorité aux mobilisés. Cette question est centrale pour les personnels de l’université qui ont voté ce vendredi 9 mars, à une large majorité, la dissolution de l’actuel CA lors de sa prochaine tenue le 20 mars. Pour une aile non négligeable des grévistes côté personnels, la tenue d’élections anticipées pour renouveler le Conseil d’Administration et espérer y gagner une nouvelle majorité, serait désormais la « seule stratégie capable de nous faire gagner ». C’est en tout cas en ce sens que plusieurs sont intervenus dans leur dernière AG. Si certains d’entre eux se disent conscients qu’aucune solution « institutionnelle » pourrait, à elle seule, faire gagner la mobilisation et insistent à raison sur la nécessité de maintenir la grève pendant une potentielle campagne électorale, d’autres tentent clairement d’en faire l’axe central de la mobilisation pour les prochaines semaines.

C’est, à notre sens, s’illusionner sur la nature des institutions universitaires, qui sont essentiellement anti-démocratiques et qui seront amenées à appliquer les attaques du gouvernement sur la question de la sélection dès la rentrée prochaine, et ne pas voir l’aspect démobilisateur qu’aurait l’entrée dans une phase de campagne électorale, où de nombreux personnels finiraient par reprendre le travail, voyant dans les élections un débouché moins contraignant que la grève. Une victoire de listes « anti-fusion » ne serait en rien non plus une garantie que celle-ci ne serait pas mise en place, aujourd’hui ou dans quelques années, comme la démontré le mandat de Daniel Lacroix, lui-même élu contre les projets de regroupements ou encore l’exemple de Rennes 2. Dans celle-ci, un processus de fusion avait entrainé la démission du CA suite à laquelle Olivier David (FSU) a été élu président, lui qui se déclarait « pour l’arrêt définitif du processus ». Faute de mobilisation suffisante, c’est cette même présidence qui a trahi son mandat, s’engageant dans un nouveau regroupement en 2017, 2 ans à peine après l’échec de 2015. Sans compter sur le fait que la victoire aux élections, dans un contexte de forte polarisation sur le campus entre les partisans de la mobilisation et ceux qui s’y opposent, est tout sauf assuré, et qu’un CA qui sortirait du scrutin avec une majorité pro-fusion aurait une plus grande légitimité pour entériner le projet de fusion. Un pari où l’on a davantage a perdre qu’à gagner, et ce dans un contexte où la date du 15, mais plus encore du 22 mars, pourrait venir bousculer l’isolement du Mirail et redonner de l’air frais à la mobilisation, notamment avec l’entrée en scène de nouveaux secteurs comme les cheminots.

"Massifier" ou "radicaliser" : l’alternative qui ne devrait pas en être une

Si ce débat focalise l’attention des grévistes côté BIATSS, pour le moment, les étudiants ne se sont eux pas pleinement saisis des enjeux du débat. C’est ce qui explique que l’Assemblée Générale commune du 6 mars aura, au final, très peu débattu de cette question, pourtant déterminante pour la suite de la mobilisation. Côté étudiant, le manque de perspectives profite pour le moment davantage aux idées des courants dits « autonomes » qui s’incarnent dans des interventions appelant à « radicaliser maintenant ! », à « arrêter de parler, [et à] agir ! », et qui tendent à opposer la préoccupation d’extension de la mobilisation à celle de « l’action radicale », comme si l’une et l’autre n’étaient pas complémentaires mais opposées. Nous pensons au contraire que le travail d’information n’est pas terminé, et que la véritable radicalité, c’est celle qui met des millions de personnes dans les rues et en grève, c’est celle de l’unité entre les étudiants et les travailleurs, et non pas l’organisation d’actions minoritaires ou minorisantes. C’est notamment ce secteur qui a avancé en Assemblée Générale la proposition du blocage permanent, en refusant d’abord de soumettre la proposition au vote, ce qui témoigne par ailleurs du peu de considération envers la démocratie des cadres d’auto organisation et la nécessité de construire collectivement (et donc au travers des votes en Assemblée Générale, quitte à y être parfois minoritaires) la lutte.

Ces deux lignes stratégiques (tout miser sur les élections anticipées et chercher un débouché institutionnel, ou chercher à « radicaliser tout de suite et maintenant ») sont l’expression d’un fort scepticisme collectif sur la capacité de la mobilisation à grossir encore et sur la possibilité de construire un rapport de force, sur le terrain de la lutte des classes et par la grève et la convergence avec d’autres secteurs, qui soit suffisant pour gagner sur la question de la fusion mais aussi sur celle du « Plan Etudiants ». Cela montre également que les défenseurs de ces stratégies envisagent quasi exclusivement la grève sous le prisme de la lutte contre la fusion, et qu’il y a globalement peu de tension à faire du Mirail une tranchée consciente dans l’affrontement plus global aux projets du gouvernement contre l’Enseignement Supérieur et l’Education, mais également contre l’ensemble de la fonction publique et les cheminots.

D’une lutte locale et sectorielle à une lutte nationale et tou.te.s ensemble !

Pour notre part nous pensons que la perspective du 22 peut être décisive, tant nationalement que localement, avec la convergence de plusieurs secteurs (Education, Enseignement Supérieur, Santé, Fonction Publique, Ephad, Cheminots) qui sont tous touchés par les attaques du gouvernement. Réussies, ces dates pourraient venir rompre définitivement avec le sentiment de fatigue ou d’isolement du Mirail, et serait susceptibles de faire rentrer de nouvelles personnes dans la mobilisation toulousaine, et donc renforcerait le combat sur les différents plans, y compris bien sûr la lutte contre la fusion.

Loin d’être une perspective abstraite, c’est bien la convergence et la mobilisation massive de l’ensemble de notre camp social qui reste notre meilleure arme, et c’est la seule à même de nous faire gagner, y compris sur nos revendications locales. Si cette perspective semble parfois irréaliste, c’est parce que les souvenirs des défaites passées sont encore présents dans la mémoire collective. Mais il n’existe malheureusement aucun raccourci, aucune panacée institutionnelle ou immédiate.

Dans l’immédiat, les étudiants devraient chercher à rassembler et structurer leurs forces, en luttant contre la dispersion et la multiplication des cadres qui participent de la désorganisation qui se manifeste depuis le début de la semaine, et qui est un frein au renforcement de la mobilisation. Le travail d’information doit reprendre de plus belle, car il reste encore des étudiants à aller convaincre que les projets qui sont en cours à l’université auront des conséquences terribles et très concrètes dès la rentrée prochaine, et, la question des examens doit être discutée de manière prioritaire au sein des comités de mobilisation pour trouver une solution. Enfin, les étudiants et les BIATSS du Mirail devraient chercher à tisser des liens avec les différents secteurs qui se mobilisent sur Toulouse dans un combat plus global contre la casse des services publics, dans la perspective d’organiser tous ensemble les dates du 15 et du 22, et de préparer déjà la suite.




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