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« Un pilote de Ryanair doit travailler et se taire ! »

Grève historique à Ryanair et première victoire éclair des pilotes !

Les 600 pilotes italiens de la compagnie aérienne lowcost Ryanair ont été appelé à se mettre en grève, ce vendredi, pour réclamer un vrai contrat collectif, certains étant considérés comme auto-entrepreneurs, et l'autorisation de la création de syndicat. Cette démarche s'inscrit dans un mouvement européen. Ryanair a cédé sur la création d’un syndicat et la grève a été levée. Crédit photo : vu sur LaLibre.be

Un mouvement de grève européen a démarré chez la compagnie aérienne lowcost Ryanair, ce vendredi 15 décembre en Italie. Elle pourrait continuer en Irlande le 20 décembre, et en Allemagne par la suite. Des pilotes basés au Portugal ont annoncé également leur intention de se joindre au mouvement. Cette grève a été levé en Italie après que Ryanair a accepté, en son sein et pour la première fois, des syndicats de pilotes « en Irlande, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et au Portugal ».

Une grogne qui ne cesse de monter

C’est une grève historique pour Ryanair puisqu’il s’agit du premier débrayage de pilotes en trente ans d’existence de la compagnie irlandaise. Les conditions de travail désastreuses ont poussé les pilotes à entamer un bras de faire avec la compagnie. Depuis l’automne dernier et l’annulation soudaine de 20 000 vols entre septembre et mars prochain, le mécontentement d’une partie de ses pilotes ne fait que s’accroître. Ryanair a mis ces annulations sur le compte de problèmes de plannings de vacances. De leur côté, les pilotes y ont vu un symptôme de rapports dégradés avec la direction, entraînant des départs vers d’autres compagnies.

Des conditions de travail désastreuses

Selon l’association nationale des pilotes de l’aviation civile, l’ANPAC, le climat social est détestable. Pour preuve, une lettre envoyée par le chef du personnel de Ryanair cette semaine qui menace les grévistes de sanctions financières.

Les grévistes, de leur côté, réclament avant tout un contrat collectif. « Un pilote de Ryanair se trouve dans la situation suivante : il doit travailler et se taire ! Au total, 40% du personnel naviguant n’est pas salarié de la compagnie mais a un statut d’auto-entrepreneur », s’insurge Riccardo Canestrari, de l’ANPAC. Selon lui, les 600 pilotes italiens de la compagnie sont répartis sur quinze aéroports différents en Italie, avec un modèle de contrat unique, non négocié par des représentants de salariés. « Les pilotes réclament une protection et des droits qui ne seront garantis que si l’on obtient un contrat collectif unique. »

Dans plusieurs pays d’Europe, ils ont déposé des préavis de grève. Premier motif de colère, leur statut, jugé trop précaire. Comme Tina Hausmann, depuis 11 ans chez Ryanair, beaucoup ne sont pas salariés, mais auto-entrepreneurs. « Je n’ai aucune sécurité. Si je suis malade, je ne bénéficie d’aucune prestation maladie. Je peux être licenciée du jour au lendemain », explique-t-elle. Aujourd’hui, salaires et conditions de travail se négocient à l’échelle nationale et sont donc différents selon les pays. Les pilotes réclament la création d’un syndicat européen pour peser plus dans la négociation.

Une première victoire

Les pilotes de RyanAir en Italie avait prévu un débrayage de 13 à 17h ce vendredi, qu’ils n’ont finalement pas eu besoin d’enclencher puisque la direction a de suite amorcé des négociations. La démarche de Ryanair « est un premier pas très important » explique l’ANPAC. Le choix de la période de la grève a joué pour beaucoup dans le fait de faire plier dans un premier temps record sur un point la direction de RyanAir. Michael O’Leary, directeur général de la compagnie a déclaré qu’« afin d’éviter toute perturbation, ou menace de perturbation, pour nos clients durant la semaine de Noël, Ryanair est prêt à entrer en négociations avec IALPA [NDLR : l’Association de pilotes irlandaise], qui amènera à un accord pour reconnaître IALPA comme instance représentative des pilotes basés en Irlande. […] Les vols pour Noël sont très importants pour nos clients et nous souhaitons éviter toute crainte ou inquiétude sur de possibles perturbations en raison des mouvements sociaux des pilotes la semaine prochaine ». C’est surtout la rente dû aux nombreux voyages saisonniers qui était menacée, et de fait la direction a cédé. Jusqu’à présent, la première compagnie européenne en termes de passagers transportés ne voulait négocier qu’avec ses pilotes et uniquement au sein de comités locaux de représentation du personnel.

Le combat n’est pas fini pour autant. Les préavis de grève dans les autres pays européens ne sont pas levés. Cette première victoire doit motiver les pilotes qui sont en train de gagner le rapport de force avec une direction qui exploite sans rechigner ses pilotes.




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