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Politique

Edito. Appel à la mobilisation

Grève nationale des EHPAD : comme un vent de révolte sur les maisons de retraite

Mardi 30 janvier est appelée une grève nationale dans les maisons de retraite, secteur cristallisant une grande misère sociale et touché de plein fouet par les politiques austéritaires. Les salariés revendiquent principalement une augmentation des moyens et l’amélioration des conditions de travail.

Crédits photo : ARCHIVES ISABELLE LOUVIER (Cyril Zannettacci pour Libération)

Une profession qui sature : conditions de travail déplorables, maltraitance des patients, baisse des budgets

Depuis des mois des soignants témoignent des manques de moyens croissants et de l’horreur des conditions de vie infligées aux personnes âgées. Une infirmière avait dénoncé« l’usine d’abattage qui broie l’humanité »de l’Ephad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), où elle avait travaillé avant d’en démissionner. Son post adressé à Agnès Buzyn, la ministre de la santé avait été partagé des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux. Une autre racontait en décembre dernier sur France 3 les repas froids, voire mixés pour être avalés plus vite, les douches une fois par semaine… quand on est chanceux. Un article du Monde du 29 janvier évoquait ainsi le témoignage d’une retraitée confiant avoir eu le grand luxe d’une douche… la sixième en six mois. Dans l’ensemble du secteur hospitalier, visé par des coupes budgétaires drastiques, les conditions de travail des salariés sont de plus en plus catastrophiques, et démissions et suicides se multiplient depuis plusieurs années.

Face à ce constat Agnès Buzyn ne manque pas d’euphémisme : halte à « l’Ehpad bashing », certes « dysfonctionnements » il y aurait du côté des maisons de retraites, mais point d’exagération : « ce ne sont pas non plus des généralités » annonçait la ministre lors de sa visite de l’Ehpad de Chevreuse dans les Yvelines. Belle tentative du gouvernement pour apaiser la colère d’un secteur au bord de la rupture, qui depuis des mois tire la sonnette d’alarme, en tentant de faire croire à une campagne médiatique calomnieuse.

Une grève d’ampleur inédite pour une colère de fond

Si une chose vient bien contredire le discours du gouvernement sur le caractère ponctuel des dysfonctionnements, c’est la grève qui se prépare pour demain à l’échelle nationale et devrait être suivie dans un grand nombre d’établissements. Philippe Martinez annonçait dès la semaine dernière au Parisien : « je peux vous assurer qu’il y aura du monde ». Il s’agit d’une mobilisation inédite, appelée par sept organisations syndicales (CGT, FO, SUD, CFDT, CFTC, UNSA, CFE-CGC) et des associations. Déjà ces derniers mois plusieurs grèves locales avaient vu le jour. La plus marquante est sans doute celle de la maison de retraite des Opalines dans le Jura, qui a abouti sur une victoire des salariés après 100 jours de grève. Le secteur hospitalier subit depuis des années et partout en France les politiques d’austérité des gouvernements successifs : suppression de lits, réduction des effectifs, manque de moyens, surcharge des services partout en France – qui s’est encore accentuée sous la présidence de Macron. Cet automne c’est trois milliards d’euros de coupes supplémentaires dans le budget de la sécurité sociale qui ont été annoncées par Agnès Buzyn, qui osait alors dire que 30% des dépenses étaient superflues.

Les intox du gouvernement pour calmer le jeu

Jeudi dernier Agnès Buzyn à quelques jours de la grève, annonçait qu’elle allait débloquer 50 millions d’euros « supplémentaires » pour les Ehpad. Un discours qui apparaît particulièrement fallacieux quand on sait que la réforme de tarification des Ehpad prévue par le gouvernement, va, selon la Fédération Hospitalière de France (FHF), réduire de 200 millions d’euros les dotations publiques pour ces établissements. Outre les coupes directes, la suppression de nombreux contrats aidés instaurée par Macron touche directement les maisons de retraite. Celles-ci dans le public employaient jusque-là environ 12500 contrats aidés, aujourd’hui menacés. Leur suppression a non seulement des conséquences directes sur le quotidien des soignants et des patients, contribuant à renforcer la charge de travail des premiers et diminuer le temps accordé au second – alors qu’on sait qu’actuellement un seul aide-soignant peut avoir à faire la toilette de 20 ou 30 patients par jour – et va dans le même temps mettre au chômage des milliers de personnes. Début janvier une salariée de 43 ans s’est suicidée après l’annonce de la fin de son contrat aidé.

Partout en France mobilisons nous !

Alors que tous les secteurs sont attaqués, et que la fonction publique est chaque année étranglée par de nouvelles coupes budgétaires, les maisons de retraites cristallisent certainement le summum de la misère sociale, condensant précarité, travail de soin devenu travail à la chaîne, isolement des personnes âgées et conditions de vie monstrueuses. Face à cette situation de plus en plus critique, une colère à la base monte depuis des mois ayant abouti sur cet appel à la grève, soutenu par l’intersyndicale des retraités. Les syndicats revendiquent l’application du principe d’un salarié par résident, le maintien des effectifs, l’arrêt des baisses de dotation, ainsi que l’abrogation de la réforme de la tarification des Ehpad, et la revalorisation des salaires. De très nombreux Ehpad seront en grève demain, comme l’indique cette carte des mobilisations recensées par la CGT-santé. Des rassemblements sont appelés dans la plupart des grandes villes. Contre les politiques anti-sociales de Macron construisons la mobilisation dans tout le secteur hospitalier et faisons converger les colères, dans le public comme le privé.




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