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Histoire du Moyen-Orient

Guerre du Dhofar. Quand l’impérialisme soutenait le discours islamiste contre une lutte populaire

De 1964 à 1976 a eu lieu une guerre de libération nationale au Dhofar, région frontalière avec le Yémen aujourd’hui appartenant au sultanat d’Oman dans le Golfe arabique. Dans un contexte international de lutte anti-impérialiste, de montée révolutionnaire dans le Golfe, dans les « Tiers-Monde » mais aussi dans les pays centraux, la guérilla qui menait la lutte au Dhofar s’était rapprochée du « marxisme-léninisme ». Toutes les forces réactionnaires de cette région stratégique se sont alliées à l’époque contre la révolte, l’impérialisme britannique jouant un rôle particulièrement néfaste.

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Parmi les documents de l’époque on retrouve un pamphlet lancé par l’aviation du sultan d’Oman en 1973 dans la région (voir ci-dessous). À sa lecture on pourrait croire, à quelques détails près, qu’il s’agit d’un communiqué de Daesh : on y parle de lutte contre les « athées subversifs » qui « rejettent l’islam et tout ce qui est sacré ». Puis une menace : « des avions militaires, des canons et des armes automatiques sont en train de vous chasser. Où que vous soyez cachés, ils vont vous apprendre une leçon et à la fin vont tous vous tuer », entre autres.

Le sultan d’Oman, Qabous ibn Said (arrivé au pouvoir en 1970 et toujours en place), jouissait du soutien de tous les gouvernements réactionnaires de la région, principalement celui du Shah d’Iran et de l’Arabie Saoudite. Mais des puissances impérialistes, à commencer par les britanniques et, dans une moindre mesure, les États-Unis, le soutenaient également. La Grande-Bretagne, dont l’Oman était une colonie « officieuse », y a envoyé des forces spéciales et les principaux généraux et commandants des forces armées omanies étaient britanniques.

Les impérialistes ont ainsi aidé leurs alliés locaux à écraser les mouvements de résistance et de libération populaires pour préserver leurs intérêts dans une région riche en ressources naturelles et fondamentale d’un point de vue géostratégique. Comme on le voit dans le pamphlet ci-dessous, le discours de légitimation de ceux-ci était directement lié à la lutte pour la « défense de l’islam » et contre « le communisme athée ».

(Soldats de l’armée du sultan d’Oman entrainés par les forces britanniques)

De cette façon, après l’écrasement du mouvement de guérilla au Dhofar, largement influencé par la révolution au Yémen du Sud, et après la droitisation et l’échec du mouvement panarabe (l’Egypte de Sadat a soutenu le sultan Qabous), le champ de la contestation sociale et contre l’oppression impérialiste a été en grande partie lassé libre pour l’islam politique, même ses variantes les plus réactionnaires.

Aujourd’hui, une partie des travailleurs et des classes populaires dans cette région voit les courants de l’islam politique comme une réponse à la misère dans laquelle ils ont été jetés historiquement et aussi comme les « meilleurs » combattants contre l’oppression impérialiste.

De leur côté, notamment après les attentats du 11 septembre 2001, les impérialistes utilisent la lutte contre ces courants islamistes, jadis alliés (comme dans le cas des Talibans en Afghanistan contre l’invasion soviétique de 1979), pour justifier des politiques répressives à l’intérieur de leurs frontières et pour alimenter l’islamophobie qui vise à légitimer leurs interventions militaires au Moyen Orient et dans d’autres régions du monde.

Comme on voit, hier (en utilisant une rhétorique islamiste contre les mouvements populaires) comme aujourd’hui (en utilisant la lutte contre l’islam politique, qu’il a lui-même aidé à renforcer, comme prétexte pour réprimer toute contestation des exploités et opprimés), c’est bien l’impérialisme le principal ennemi des travailleurs et des classes populaires au Moyen Orient (et ailleurs).

Pamphlet lancé par l’aviation du sultan d’Oman, Qabus ibn Said, en 1973 contre le mouvement de guérilla qui avait lieu dans la région de Dhofar. Extrait de « Arabia Without Sultans » de Fred Halliday (1974).




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