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Politique

Un disciple de Fillon

Il dénonçait les fraudeurs aux allocations, l’ancien député a trois comptes suisses

Selon Médiapart, vendredi, Dominique Tian, l’ancien député LR connu pour dénoncer sans relâche les fraudeurs aux allocations, est jugé pour blanchiment de fraude fiscale et fausse déclaration de patrimoine. Il cachait trois comptes en Suisse. Le procureur a requis seulement un an de prison avec sursis, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

Mépris de classe. Ce vendredi, en plein procès, Dominique Tian n’a pas l’air de réaliser mais il dresse lui-même les arguments qui démontrent les éléments de double langage, et le deux poids deux mesures auquel la classe politicienne est habituée. Ainsi, devant le tribunal correctionnel de Paris, il ne peut s’empêcher de vanter ses années de combat politique contre les tricheurs aux allocs, les « faux chômeurs » et les prétendus « parents isolés », contre la « fraude sociale ». Pour lui, il s’agit d’une plaie nationale tellement coûteuse qu’il l’a dénoncée dans un rapport parlementaire.

Alors que la grande majorité du monde du travail et de la jeunesse a du mal à boucler ses fins de mois, Dominique Tian détient plus de 2,5 millions d’euros en Suisse dans trois banques distinctes, Pictet, Lombard Odier et UBS. Alors qu’il fustige les « faudeurs » au RSA, même la présidente du tribunal se voit obligée de réagir. « N’y a-t-il pas une forme de schizophrénie à fustiger les fraudeurs au RSA et en même temps à expliquer que c’est tout à fait normal d’avoir attendu quinze ans pour régulariser votre situation fiscale ? ». A la manière de Bernard Thevenoud, victime de phobie administrative, il répond : « J’étais dans le raisonnement qu’un jour je déclarerai les choses », assure le premier adjoint au maire de Marseille, qui a hérité les fonds en question de son père en 1996, et ne les a déclarés qu’en 2014. Je n’ai jamais détourné un franc d’argent public ! ».

Etant donné le caractère absurde de la défense, même son avocat reconnaît « une faute morale ». Quand bien même, Dominique Tian veut convaincre qu’il n’a rien entrepris pour dissimuler, plaide la bonne foi et la passivité : « Je n’ai jamais mis un euro en Suisse », jamais retiré un billet non plus. Les banques auraient ainsi mis des mois à les contacter, lui et ses frères… Au passage, le tribunal s’arrête sur quelques épisodes éclairants. Dominique Tian a aussi fourni plus déclarations de patrimoine mensongères à la Commission pour la transparence financière de la vie publique (l’ancêtre de la HATVP), ce qui lui vaut une poursuite pour « fausse déclaration ». « [En 2014] il y a 50 000 autres français qui ont fait comme moi », se justifie-t-il. Une nouvelle illustration que Fillon n’était que la partie émergée de l’iceberg.




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