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Notre classe

Micro trottoir lors de la manif toulousaine

« Il faut que les cheminots restent dans un cadre de lutte interprofessionnelle »

Lors de la manifestation du 12 septembre à Toulouse, nous sommes allés à la rencontre des cheminots grévistes. Alors que le gouvernement entend mener des attaques spécifiques contre les travailleurs du rail, ces dernier sont catégoriques : L’unité d’action interprofessionnelle est indispensable pour envisager la victoire.

Crédit Photo : Révolution Permanente

Ce mardi 12 septembre, parmi les quelques 16 000 manifestants à Toulouse, les drapeaux vert de Sud Rail et rouge de la CGT Cheminots étaient présent pour cette journée de lutte interprofessionnelle. Bien sûr, les attaques annoncées par le gouvernement contre les cheminots, principalement contre le droit de grève et le régime spécial des retraites, est dans toute les têtes. Pourtant, hors de question de tomber dans le piège du gouvernement pour Laurent de la CGT Cheminots. « Comme par hasard, les attaques spécifiques contre les cheminots arrivent quelques heures, quelques jours avant une mobilisation interprofessionnelle et alors qu’on tente de mobiliser les salariés. On essaie, par ce stratagème, de diviser les gens en disant que nous sommes des privilégiés. Il s’agit d’une manipulation grossière, en plus avec des mensonges éhontés. Je pense notamment à l’espèce de deal que propose Macron en disant qu’en échange d’une revoyure sur le système des retraites, j’allège la dette. Ce qui est totalement faux puisqu’il serait dans l’obligation, pour financer une entreprise publique, de s’opposer aux décisions de Bruxelles. Pour nous, il ne s’agit que de propagande ». Une vision que partage Philippe, lui aussi syndiqué à la CGT Cheminots. « Avant l’attaque contre le régime spécial, la première attaque qu’il lance, c’est la privatisation de la SNCF et derrière vont suivre les régimes spéciaux et les retraites en général […] L’ambition du gouvernement, c’est d’ouvrir à la concurrence donc de privatiser l’entreprise publique, le service public. C’est un combat qu’on doit mener tous ensemble car même l’usager du férovière est concerné ».

Le gouvernement en place, et ceux qui l’ont précédés, n’ont qu’un objectif : liquider les droits sociaux des salariés, à la SNCF comme ailleurs. Donc forcément si on divise les mouvements, il sera plus facile de faire passer les lois. C’est pour ça que je suis là aujourd’hui. Parce que beaucoup disent que les cheminots ne sont pas concernés par la loi travail, mais on est concernés comme tous les travailleurs. Jusqu’à preuve du contraire, nous sommes des travailleurs du rail

Christophe, cheminot syndiqué à Sud Rail

La question de l’unité des secteurs est au centre de toutes les discussions. Ainsi, pour Laurent, « c’est avant tout une politique dans son ensemble qui est faite contre les salariés et pour les patrons. Aujourd’hui, il est difficile que telle réforme soit pire qu’une autre. Aujourd’hui, ce qui est mis en place par ce gouvernement, c’est dans la lignée des précédents, Hollande et Sarkozy. Il n’y a que les visages qui changent ». Et ce sont tous les secteurs qui trinquent, public comme privé. « A partir du moment où on attaque le code du travail, tout métier, toutes les réglementations sont attaquées. En tant que salarié, je viens donc défendre mes droits » poursuit ainsi Laurent, insistant sur le caractère anti-ouvrier des ordonnances Macron. « On sait qu’ils veulent diviser. Il faut que les cheminots restent dans un cadre de lutte interprofessionnelle, parce que ce qui se passe aujourd’hui, c’est une politique générale. J’ai tendance à dire que ce n’est pas un homme politique qui est au pouvoir, mais le MEDEF. Alors les salariés ont tout intérêt à faire corps » estime ainsi Philippe, bien conscient que le sort des cheminots et de leurs droits est directement lié à ceux des autres secteurs de travailleurs. « Je me battrai pour sauver mon statut, je me battrai pour sauver mes droits, je me battrai pour sauver les droits de tout ceux qui sont présents ici et de ceux qui n’ont pas pu venir, soit pour cause de contrainte, soit parce qu’ils n’ont pas encore ouvert les yeux » promet quant à lui Christophe, bien décidé à poursuivre la dynamique après une journée de mobilisation réussie.


Rassemblement devant la gare avant la manifestation. Crédit photo : Révolution Permanente

Aujourd’hui, on est 30 % de cheminots tout collège en grève, ce qui est plutôt pas mal. Il faut qu’on continue sur nos chantiers à discuter, à échanger, à débattre sur ce qui nous arrive à nous dans l’entreprise et faire le liens avec tout ce qui arrive aux salariés en général 

Philippe, cheminot syndiqué à la CGT

« Il faut prévenir 48heures à l’avance pour faire grève. Donc si tu t’y prends pas en temps et en heure pour faire ce qu’on appelle chez nous une déclaration d’intention de faire grève, on ne peut pas faire grève. Donc automatiquement ça fait chuter le nombre de gréviste » explique Christophe, pointant de fait la nécessité de bien préparer les échéances de grève pour mobiliser plus largement le secteur des cheminots. Pour Laurent, « les gens sont en attente. Il y a du mécontentement et de l’inquiétude notamment liée à certains points des ordonnances en ce qui concerne les CHSCT, parce que les gens savent qu’il s’agit d’un des rares contre-pouvoir, avec toutes ses limites, face aux directions ». Deux éléments clés pour mobiliser, tout en poursuivant sur l’arrogance manifeste de Macron et de ses ministres. « On a des adversaires tellement imbus d’eux même et de leurs discours que finalement je pense que la mobilisation va très vite arriver » explique t-il. Il est vrai que le mépris de classe affiché par le gouvernement ne manque pas d’alimenter, à juste titre, la colère dans les rangs des travailleurs. Pour massifier la grève, Christophe estime qu’il n’y a pas de solutions miracles, « il faut se déplacer, parler aux collègues de pourquoi il faut se mobiliser ». En d’autres termes, ouvrir des cadres de discussion pour construire de manière effective la grève sur les lieux de travail.

Mais alors, comment faire pour unifier les mots d’ordres dans la rue par delà les secteurs. Pour Philippe, la politique actuelle du gouvernement ouvre des brèches. « Quand il dit on va attaquer le régime spécial des cheminots, il a derrière la tête la retraite par points. C’est une attaque contre la solidarité intergénérationnelle. Ça, c’est grave, que l’on soit cheminots, salariés du privé ou de la fonction publique, on a intérêt à mener le combat ensemble » explique t-il. Pour Christophe, même les attaques concernant, à première vue, spécifiquement les cheminots concernent dans les faits l’ensemble des usagers du rail, et plus largement l’ensemble de la population. « En faisant sauter les statuts on fait sauter le règlement entre autre pour les horaires, ce qui va avoir des conséquences sur la sécurité, pour les usagers et les cheminots. C’est inacceptable » estime le syndicaliste Sud Rail. En d’autre terme, les attaques actuelle du gouvernement doivent permettre l’émergence d’un large panel revendicatif permettant de sortir du piège « corporatiste ». Et cela, les cheminots de Toulouse en sont bien conscient.


Les cheminots en route pour la manifestation. Crédit photo : Révolution Permanente




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