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Jeunesse

Un coup à l'idéologie du mérite et de la sélection

« Imagine ParcourSup te propose et t’accepte dans une formation qui n’existe pas »

Depuis quelques jours, sur Twitter, se multiplient des témoignages d'étudiants acceptés par ParcourSup dans des filières qui n’existent pas, frappant un grand coup à la machine ParcourSup et son idéologie du mérite et de la sélection.

Sur twitter, les témoignages aux airs de cauchemar abondent : « J’étais dévastée car j’avais tout quitté pour vivre à Grenoble. Je me suis sentie tellement seule, j’étais sidérée. J’ai contacté des responsables de Parcoursup qui m’ont dit que c’était bon, que mon université avait réglé le problème. En réalité, ce n’était pas le cas : l’université m’a proposé de m’inscrire aux deux licences, histoire de l’art et archéologie et histoire, mais pas de faire la bi-licence initialement prévue » déclare une étudiante.

A ces problèmes directement liés à ParcourSup se surajoutent des problèmes structurels de logement étudiant, des étudiant racontant comment après être partis à des centaines de kilomètres de chez eux, se retrouvent démunis : « Imagine ParcourSup te propose et t’accepte dans une formation qui n’existe pas. Tu te déplaces à 700 km de chez toi et arrivé à la rentrée on te rembarre parce qu’il y a une ‘erreur de la plateforme’. Merci le système académique, merci » témoigne ainsi une étudiante. Condamnés à attendre une place – dans une formation qui parfois n’existe même pas – de nombreux étudiants et étudiantes, principalement des classes populaires, se retrouvent directement exclus de l’université.

Dans le cadre de l’université, l’expulsion des classes populaires avec ParcourSup est de plus en plus flagrante et le caractère de classe de l’université peine à maintenir une façade de neutralité. On voit ainsi, à un niveau encore plus précis, pourquoi dans la cas de ParcoursSup « la machine est grippée » comme le titrait le Parisien il y a quelques semaines.1

Premièrement, on note un échec de l’ajustement entre l’offre et la demande de formation, problème que la bourgeoisie qualifie de technique mais qui est en réalité directement politique, car la sélection touche principalement les étudiants et étudiantes des classes populaires. Contraints de travailler pour financer leurs études, ceux-ci font par ailleurs face aux difficultés les plus grandes en termes de logement lorsqu’il s’agit de partir étudier loin de chez soi.

Plus encore, cet échec de ParcourSup met encore plus en crise le grand récit méritocratique prôné par le gouvernement, démontrant le caractère de classe d’une université toujours plus directement soumise aux intérêts des classes dominantes.
Ainsi, comme le précise Le Monde : « S’il est encore trop tôt pour tirer un véritable bilan des affectations dans l’enseignement supérieur, le nouveau système apparaît à ce stade moins performant en matière de réponses aux candidats, avec un engorgement qui se prolonge. D’après les chiffres officiels, en date du mercredi 22 août,72 % des 812 000 lycéens et étudiants en réorientation inscrits sur la plate-forme ont validé une formation, soit une proportion qui n’a quasiment pas évolué depuis un mois. En revanche, 62 500 candidats demeurent sans aucune proposition. Parmi eux, 15 400 sont considérés par le ministère comme étant toujours en quête d’une inscription, les autres étant comptabilisés comme des « inactifs ».

A travers cet échec, c’est le gouvernement lui-même, et sa ministre de l’éducation – bien silencieuse – qui, confrontés à une semaine d’épouvante, sont en grande difficulté pour justifier cet échec patent alors que ParscourSup était censé résoudre les problèmes de l’ancienne plate-forme APB. En cette rentrée, les mobilisations étudiantes et leurs revendications pourraient servir de détonateur à une reprise du mouvement social. Plus précisément, la lutte pour des conditions d’étude accessibles à tous doit prendre en charge la globalité d’une vie étudiante précarisée, et ainsi ne pas se limiter stricto sensu au cadre de l’université : pour la défense d’une université ouverte à toutes et tous, et contre les politiques anti-sociales menées par Macron et son gouvernement.

© WITT / SIPA

1) Selon Le Parisien : « Depuis le 23 juillet en effet, le baromètre de Parcoursup publié chaque jour par le ministère ne laisse plus apparaître deux colonnes, celle des jeunes « ayant reçu au moins une proposition d’admission » et celle des élèves n’en ayant aucune. Désormais, les flux sont répartis entre quatre savantes catégories : les candidats « ayant accepté une proposition » (mais certains pas définitivement), ceux qui ont « quitté la procédure », ceux qui « souhaitent s’inscrire dans l’enseignement supérieur via Parcoursup » et les « inactifs ». Il s’agit de ceux qui n’ont pas sollicité la procédure complémentaire du système ni saisi leur rectorat pour trouver une solution, alors qu’ils sont recalés ou sur liste d’attente sur tous leurs vœux. Il faut donc faire une addition pour retrouver le nombre de jeunes toujours en stand-by : à la date de mercredi, ils étaient 66 661. »




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