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Politique

Si Borne et Pépy le disent...

« Incessibilité » de la SNCF ? Le nouvel écran de fumée du gouvernement

A peine trois jours après la fuite d’un document qui laisse clairement entrevoir les velléités de privatisation de la SNCF par sa direction, Elizabeth Borne, ministre des transports, annonce que l’incessibilité du groupe sera inscrite dans la loi. Une tentative de désamorcer la bombe ?

Ce mardi, Elizabeth Borne annonçait sur les ondes de France Inter que « si ça doit servir, au Sénat, [elle] proposera de rajouter ce terme incessible ». Avant d’ajouter : « Si c’est la façon de se faire comprendre, pas de problème, on peut le mettre dans la loi. »

Cette annonce, reprise dans tous les médias, intervient trois jours après la fuite d’un document particulièrement compromettant pour la direction de la SNCF, qui indique clairement quels sont leurs projets pour le groupe : privatisation de l’entreprise, filialisation des TER, transfert des ateliers et matériel roulant au privé, fermeture des petites lignes... Cette déclaration de la ministre des transports semble donc tomber à pic pour calmer les mécontents. 

Et l’un des premiers à répondre était, sans grande surprise, le PDG de la SNCF Guillaume Pépy, affirmant que « c’est une bonne annonce, […] « la SNCF est 100% publique aujourd’hui, elle le restera ». Car s’il y a un point sur lequel s’accordent les représentants du gouvernement et les dirigeants de la SNCF dans leurs déclarations, c’est bien l’idée que la privatisation n’a jamais été à l’ordre du jour.

La SNCF est 100% publique, martelait Elizabeth Borne ce mardi. SNCF Mobilités et SNCF Réseau aussi, et c’est inscrit dans la loi. Ce n’est pas une promesse que je suis en train de faire, c’est inscrit dans la loi. » Pourtant, la ministre de Macron, protagoniste central du dézingage du code du travail, est bien placée pour savoir que les lois, ça se modifie… pour satisfaire les patrons.

Et c’est bien l’un des principaux enjeux de la réforme du rail. En regroupant sous un même statut de société nationale à capitaux publics les actuels EPIC SNCF réseaux et mobilités, l’objectif est évidemment d’ouvrir l’entreprise à la concurrence. Et la prochaine étape est on ne peut plus claire : la privatisation.

En effet, la logique est simple. Il suffit de créer des filiales de droit privé, dépendant des sociétés « 100 % publiques », comme inscrit dans la loi, mais gérées elles-mêmes par des entreprises privées, et vers lesquelles on transfert moyens et personnels. Si les sociétés nationales SNCF, Mobilités et Réseaux deviennent incessibles, comme l’affirment Borne et Pépy, ce ne sera pas forcément le cas de leurs filiales (dont on sait combien la SNCF est friande, puisqu’elle en possède déjà plus d’un millier). Ce bricolage, qui n’est pas en contradiction avec les déclarations de la ministre des transports, pourrait, s’il était poussé à l’extrême, faire de la SNCF, Réseaux et Mobilités de véritable coquilles vides, et les travailleurs dépendraient de filiales privatisées.

Ainsi, alors que la « journée sans cheminots » du 14 mai a été une véritable réussite, avec une grève très suivie, de nombreuses actions et des assemblées massives, les déclarations de Borne et Pépy ressemblent avant tout à un écran de fumée. Une tentative peu discrète de mettre fin à un conflit qui s’ancre dans la durée, et qui met à mal les rêves ultra-libéraux de Macron et ses sbires.




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