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Jeunesse

Témoignage. Au fort de Saint-Denis, la propagande sécuritaire et impérialiste

Journée Défense et Citoyenneté. A bas l’armée et la patrie !

Maël Ache La Journée de Défense et de Citoyenneté, ex-JAPD, remplace les « 3 jours » qui précédaient le service militaire. Une journée intensive de propagande pro-armée, de son organisation et de sa pseudo nécessité pour « maintenir la paix ».

Les militaires nous accueillent dans une ambiance glaciale, à coups de menaces, en nous faisant savoir que les militaires ont tout simplement le droit d’exclure les participants à leur convenance, sans donner de raison particulière. On demande aux jeunes de donner de nombreuses informations sur eux (email, téléphone, études…), sans jamais nous expliquer à quoi cela servira. 

Ensuite, commence la journée. Deux militaires essayent d’expliquer que le monde est instable, que notre pays et ses habitants sont constamment sous le poids de la menace de terroristes, de hackers, de guerres auxquels s’ajoutent des risques "naturels". Les interventions des militaires sont agrémentées de réelles publicités dans lesquelles on pourrait croire que la fin du monde est imminente si on les prend au pied de la lettre. 
Les militaires cherchent alors à nous prouver que le système en place est génial et qu’il faut le protéger : la République et ses valeurs (étrangement ils n’ont réussi à expliquer la devise « liberté, égalité, fraternité » qu’en comparant la situation française à celle des autres pays, et jamais à le défendre réellement). 
Puisque cela doit être quelque part dans le programme, les militaires mettent en avant l’anti-sexisme de l’armée. Scène hilarante lorsque derrière eux l’ordinateur indique le taux de féminisation de l’armée (de 10 à 20% selon les armées, sauf pour la santé à 50%) et que quelques minutes plus tard un militaire pose une question sur une photo qui représente des femmes et des hommes résistant-e-s (dont une femme au premier plan) en ajoutant que « cette question c’est pour vous les filles » ; et que l’on n’oublie pas de nous rappeler que les femmes sont interdites à bord des sous-marins. 

Le test de français est une véritable scène comique. Tandis que le personnel s’acharne à faire fonctionner des « télécommandes », on nous demande de « voter » avec ces dernières, lorsqu’elles fonctionnent, pour décider si oui ou non, « lapin » est un mot français et si le cinéma situé au 108 rue Méliès est bien au 108 rue Méliès. 

Le repas n’aurait du être qu’une interlude désagréable (on a vu mieux), mais qui permettrait de passer le reste de la journée avec quelque chose dans le ventre. Mais ici, j’ai pu assister à une scène assez étrange. Un jeune avait déposé son plateau-repas terminé sur une table, contrairement aux indications du militaire qui nous avait demandé d’attendre pour les déposer. Le voyant, ce dernier lui demande ce qu’il a fait de son plateau : « je l’ai déposé ». S’ensuit un court échange où le jeune ne semble pas bien comprendre ce qu’on lui veut, mais il se lève pour finalement aller le chercher en demandant toutefois ce qu’il avait bien pu faire… Cette question l’enverra immédiatement à l’extérieur du fort.
Peu après, j’entends le militaire raconter qu’il a prononcé des menaces de mort (peut-être sur le chemin jusqu’à l’entrée…). Une démonstration de force, mais dont l’utilité me reste encore inconnue… Car loin d’impressionner qui que ce soit, cela a juste pu confirmer, renfoncer ou donner une image d’une armée pathétique et autoritaire aux yeux de tous les présents - le jeune exclu devra revenir un autre jour.

La journée se poursuit
On apprend alors que l’armée a cinq « fonctions stratégiques » (autrement dit des objectifs) : 
 - la connaissance et l’anticipation : le renseignement, l’espionnage, l’infiltration… qui passent par des moyens satellites ou humains, en France comme ailleurs
 - la dissuasion : l’arme nucléaire
 - la protection : protéger les Français (et seulement les Français) contre toutes les menaces et les risques (Vigipirate par exemple)
 - la prévention : la présence de forces armées sur des territoires étrangers, l’impérialisme français en pleine action
 - l’intervention : les interventions militaires sur le terrain
Sans oublier la production de matériels de guerres destinés à la vente (et ce quels que soient les acheteurs…). 
Comment pourrait-on adhérer à un tel système, qui annonce explicitement faire de l’espionnage (sans avoir besoin d’autorisation juridique, et pour qui que ce soit, suite aux attentats de Charlie Hebdo…), vouloir « faire peur » avec l’arme nucléaire (une armée n’est-elle pas censée protéger plutôt que de faire peur ?), qui intervient uniquement pour protéger ses propres intérêts et sur des territoires où la population leur est hostile et qui vend des avions à des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte, le Maroc, ou encore les Emirats Arabes Unis ?

Suite à l’interlude (réussie) de formation aux gestes de premiers secours, le reste de la journée ne vise qu’un seul objectif : le recrutement. On nous présente ainsi plusieurs vidéos, qui détaillent les différents moyens de s’engager (réservistes, volontaires…), les différents métiers (infirmier-e-s, graphiste, les diverses armées…), ainsi que les avantages de l’armée (réorientation professionnelle…). A coups de nouvelles vidéos publicitaires, on nous propose de magnifiques voyages en Afrique et au Moyen-Orient, pour défendre les terres et les intérêts français. Sur ce point, les militaires n’ont de cesse d’insister : la France est une des plus grandes puissances mondiales : l’arme nucléaire, deuxième territoire maritime, de nombreux DOM-TOM et anciennes colonies sur lesquels nous avons encore des « privilèges »… 

Enfin, la journée s’achève par un épisode assez ironique : on nous demande de voter pour noter les intervenants, pour savoir si cette journée a changé (de manière positive) notre point de vue sur l’armée et pour indiquer si l’on souhaite s’engager ou non, d’une façon ou d’une autre. Pour moi, c’était clair avant même cette Journée. Mais après un tel bourrage de crâne… la réponse est plus que jamais non !




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