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Pétro-hypocrisie

L’Arabie Saoudite écrase les yéménites mais elle promet de l’aide humanitaire

Le Yémen est en proie à une guerre civile qui oppose les houthistes soutenus par l'Iran aux partisans du président Hadi, soutenus par la communauté internationale et l’Arabie Saoudite. Dans ce pays qui vit la pire crise humanitaire au monde, l'Arabie Saoudite joue le double jeu du bombardement des population civile et de l'aide humanitaire.

Trois ans de guerre et plus de 10 000 victimes, c’est la réalité du Yémen, pris entre les rivalités de l’Iran et de l’Arabie Saoudite. Dans ce conflit d’influence qui oppose les houtistes aux partisans du président Hadi, l’Arabie Saoudite se distingue par ses raids aériens particulièrement meurtriers comme le dénonce Human Right Watch qui n’hésite pas à qualifier les actes de Riyad de crimes de guerre.

Suite aux constatations alarmantes d’un rapport d’experts remis au Conseil de sécurité de l’ONU, l’Arabie Saoudite a entrepris de redorer son blason afin qu’on ne l’accuse plus d’instrumentaliser « la menace de la famine » à des fins guerrières. En effet, le blocus des ports du nord du pays par la coalition arabe emmenée par les saoudiens, à l’image de celui de Hodeida, tenus par les houtistes, sous prétexte de couper l’approvisionnement en armes des rebelles par l’Iran, accentue la famine qui sévit dans le pays. Sur les marchés, le prix de la nourriture est devenu inaccessible pour l’immense majorité de la population. L’ONU estime que 22 millions de personnes, soit les trois quart de la population, nécessitent de l’aide.

Ainsi, l’Arabie Saoudite a-t-elle annoncé qu’elle verserait 1,5 milliard de dollars d’aide à des organismes internationaux afin de venir en aide au Yémen en 2018. Une somme qui s’ajoute aux 10,4 milliards de dollars que la pétromonarchie a déjà versé depuis le début du conflit à son voisin selon Abdullah bin Abdulaziz Al Rabeeah qui dirige la fondation du roi Salman. La politique saoudienne sait très bien ménager la critique de ses atrocités : alors que d’un côté elle bombarde intensivement le pays et sa population, elle aide, finance, répare et épaule le peuple qu’elle martyrise afin de maintenir son hégémonie au proche-orient. Avec la nouvelle somme qu’elle vient de verser, et qui correspond à la moitié de la somme que l’ONU demande pour venir en aide aux Yémenites, Riyad semble payer la taxe qui lui octroie le droit de tuer comme d’autres pays achètent leur droit de polluer.

Si l’argent n’a pas d’odeur, il a bien une couleur, celle du sang des populations civiles que l’Arabie Saoudite pilonne d’un côté afin de faire reculer l’influence houtiste qui s’étend sur la capitale et le nord du pays et qu’elle inonde d’aide humanitaire uniquement afin de laver son image aux yeux des organismes internationaux.




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