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Quelle réponse ?

L’accueil des réfugiés, cette question qui met l’Europe (forteresse) en crise

Alors que les élections européennes approchent à grand pas, la question des « flux migratoire » est aujourd'hui au centre du débat. De l'extrême droite aux « progressistes néo-libéraux » en passant par la gauche radicale, les positions plus ou moins réactionnaires, rarement progressistes, sont légions. D'où la question : quelle alternative politique proposer quant aux réfugiés ?

Crédits photo : Shutterstock

La période estivale a, une fois de plus, démontré à quel point la question de l’accueil des réfugiés est un point de dissensions au sein de l’Union Européenne. Les affaires autour du Diciotti, et encore plus de l’Aquarius, ont ainsi été les sources de tensions internationales entre les différents états membres. Une situation d’autant plus étonnante lorsqu’on sait qu’il ne s’agissait d’accueillir « seulement » respectivement 177 et 171 réfugiés...
 

« L’extrême droite 2.0 » à l’offensive

 
Dans ce contexte général, la situation est propice à l’extrême-droite européenne pour être particulièrement à l’offensive. Portant un discours anti-bruxellois, et sous l’impulsion de percée électorale forte partout dans le monde (l’exemple le plus emblématique étant bien entendu l’élection de Donald Trump aux présidentielles américaines), c’est sous une nouvelle forme que l’extrême-droite se présente aujourd’hui. Sous la houlette d’Orban, la notion d’un « nationalisme européen », fondée sur de prétendu racine chrétienne commune à l’ensemble des nations du continent à préserver d’une « islamisation » sert aujourd’hui de base politique pour un rassemblement de l’extrême-droite.
 
Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur de la 3ème puissance économique du continent, fait aujourd’hui office de figure de proue de cette « extrême droite 2.0 », visant explicitement à gagner les élections européennes. Tous les arguments, surtout les pires, sont en ce sens arrangé pour opposer un programme toujours plus réactionnaires et anti-migrant à l’europe des technocrates bruxellois.
 

Les « progressistes » néo-libéraux se prennent les pieds dans le tapis

 
Emmanuel Macron, qui entend incarner le camp des « progressistes néo-libéraux » face à l’extrême-droite se retrouve confronté à de nombreuses difficultés. En premier lieu, le profond discrédit du système néo-libéral lui-même, favorisant la montée des phénomènes populiste (de droite comme de gauche). La principale conséquence, à l’heure actuelle, est que Macron se retrouve isolé sur le plan européen, peinant à trouver des appuis solides au quatre coin du continent.
 
Le « président des riches » fait donc un pari risqué, celui de tenter de rejouer à l’échelle continentale le scénario de la présidentielle française de 2017. C’est à dire, celui d’un « front républicain » face à l’extrême-droite.
 
Cependant, Macron fait face à ses propres contradictions sur le sujet de l’accueil des réfugiés. Entre expulsions des campements et loi Asile et migration, difficile de discerner le « progressisme » néo-libéral du programme réactionnaire de l’extrême-droite. Ainsi, Macron a lui aussi refusé d’accueillir l’Aquarius, renvoyant la balle aux autres pays européen, et peine à se dissocier d’un Salvini qui, lui, assume pleinement ses vélléités anti-migrants.
 

Les ambiguités de la « gauche radicale »

 
Du côté de la « gauche radicale » européenne, la question de l’accueil des migrants offre là aussi son lot de contradictions et d’ambiguïtés réactionnaire. La pointe avancée de ce processus est indéniablement en Allemagne, avec l’émergence du mouvement « Aufstehen », mené par Sahra Wagenknecht. Un pas est ici franchi, par rapport aux autres mouvement néo-réformistes européen, en tenant une ligne explicitement « anti-immigration ».
 
En France, si les positions de Jean-Luc Mélenchon sont autres , la France Insoumise n’en demeure pas moins ambiguë sur le sujet. Pris en tenaille entre des « valeurs humanistes » et un glissement certain vers un populisme nationaliste de gauche, Mélenchon en vient à tenir une ligne problématique, consistant à se prononcer pour l’accueil tout en cherchant à endiguer les départs des pays d’origine, sous le prétexte qu’il s’agirait d’une politique consciente des capitalistes pour exercer une pression à la baisse sur les salaires.

Cette ambiguïté ouvre la porte à une fuite en avant, au sein même de la France Insoumise, vers les positions réactionnaires se rapprochant du mouvement « Aufstehen ». Ainsi, Djordje Kuzmanovic a déclaré dans L’Obs que « la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires […] Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut “accueillir tout le monde”, il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales […] Lorsque vous êtes de gauche et que vous tenez sur l’immigration le même discours que le patronat, il y a quand même un problème… Ce que nous disons n’a rien de nouveau. C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. » Si Jean-Luc Mélenchon a indiqué ne pas partager cette position, il a tout juste précisé qu’il s’agissait d’une « réflexion personnelle ». On a vu plus marqué comme désavoue...
 

Pour une alternative politique radicalement internationaliste et anti-impérialiste

 
C’est une certitude, la question des migrants et de l’accueil des réfugiés va être centrale dans la prochaine période, marqué par les élections européennes. Dans le marasme réactionnaire actuel, sous toute ses variantes, il est indispensable qu’une alternative politique en radicale rupture avec le discours dominant s’exprime lors de ces élections.
 
Il s’agit de porter un programme résolument anti-impérialiste, contre les interventions au Moyen-Orient, source de massacres de peuples entiers et de misères. Sur ce terrain, l’état français, qui entend bombarder (encore) la Syrie, est l’un des principal adversaires.
 
Mais il s’agit aussi de défendre le mot d’ordre de liberté de circulation et d’installation, avec obtention de papiers, pour toutes et tous. Une mesure qui va de pair avec l’exigence d’une baisse drastique du temps de travail, avec hausse des salaires, et ce jusqu’à l’éradication pure et simple du chômage. Pour ce faire, la tenue de liste unitaire entre Lutte Ouvrière et le Nouveau Parti Anticapitaliste serait un véritable vent frais, et pourrait être un point d’appui pour l’émergence d’une alternative politique réellement progressiste et subversive.




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