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Société

Violences policières

La France condamnée dans l’affaire de la mort d’Ali Ziri

Ali Ziri est un algérien retraité de 69 ans. Suite à une interpellation policière en 2009, il sera mis en garde à vue et décédera, durant la privation de liberté qui durera 48 heures, au commissariat d’Argenteuil. Aujourd'hui, la cour européenne des droits de l'homme (CEDH) condamne la France dans cette affaire.

La cour européenne des droits de l’homme condamne la France, ce jeudi 21 juin 2018, pour négligence ayant entraîné la mort de ce retraité algérien, Ali Ziri, durant sa garde à vue au commissariat d’Argenteuil en 2009. La famille a toujours contesté la version policière lié au décès suspect de ce sexagénaire. La France devra verser « 30 000 euros pour dommage moral » à la famille de ce chibani algérien.

Ce jour-là, après une soirée, le retraité de 69 ans a été arrêté en état d’ébriété avec un de ses amis alors qu’ils étaient au volant d’une voiture. Les deux personnes fortement alcoolisées ont été emmenées au commissariat d’Argenteuil pour être mises en garde à vue. Durant leurs interpellations, les policiers ont utilisé la technique du « pliage » qui consiste à mettre la tête de la personne contre les genoux et à le maintenir dans cette position. Cette technique a déjà était critiquée auparavant et il est désormais interdit d’exercer cette technique du « pliage » de façon prolongée en raison des risques d’asphyxie. Cependant malgré qu’elle soit contestée, elle est toujours utilisée et la CEDH justifie son utilisation dans l’interpellation de Ali Ziri.

Arrivé au commissariat d’Argenteuil, plusieurs agents de police transportent le retraité qui ne réagissait plus et avait la tête pendante. Il était allongé sur le sol et toujours menotté, vomissait à plusieurs reprises et s’étouffait dans son vomi. La cour européenne des droits de l’homme atteste que Ali Ziri est « sans assistance médicale dans des conditions lamentables durant une heure et quinze minutes » et sera emmené plus tard à l’hôpital. Aux urgences, le chibani retraité devra attendre 40 minutes avant que le médecin lui prodigue des soins. Malheureusement il sera déjà trop tard et le médecin constatera l’arrêt cardiaque. Il restera dans le coma plus de trente heures avant de décéder à l’hôpital.

La version policière et la première autopsie, toutes les deux contestées, détermineront au premier abord que le décès serait dû à la fragilité cardiaque de M. Ziri ainsi qu’à son état d’ébriété. Cependant, le récit de l’ami arrêté est tout autre et une nouvelle information judiciaire sera ouverte et permettra une nouvelle autopsie qui révélera des informations différentes. Il sera évoqué dans cette deuxième autopsie une probable mort provoquée par asphyxie ainsi que la présence de pas moins de 20 hématomes dont certains seront larges de 17 centimètres. Ainsi sera mis en cause la technique du pliage certainement prolongé et l’inaction des policiers passant à côté du corps inanimé de Ali Ziri qui ne montrait plus qu’une situation de détresse

Ce nouveau rebondissement démontre à quel point il est difficile en France de faire reconnaître les violences policières surtout quand elles se terminent par un décès. Ainsi la justice française conclura définitivement un non-lieu et l’affaire qui sera emmené par la famille devant la cour européenne des droits de l’homme condamnera la France. Cependant aucune instance reconnaîtra la bavure policière et les agents n’auront aucune condamnation. Face aux violences policières, les familles pour qui le droit est difficilement en leurs faveur attendent toujours des années pour voir enfin une condamnation aboutir et souhaitent qu’il soit établi la vérité face aux violences policières qui touchent trop souvent les populations immigrés et/ou pauvres. La justice doit être rendue que ce soit pour Ali Ziri, Adama Traoré, Théo et tous les autres.




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