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Vénézuela

La droite vénézuélienne et sa démagogie « démocratique »

La perte de l’appui de la population qu’a souffert le gouvernement Maduro, en plus de sa dérive répressive, a permis à la droite d’apparaître comme les représentants de la démocratie, mais son histoire et son dessein réfutent cette posture. Ángel Arias

Pour la défense des libertés démocratiques et contre la répression

Nous, socialistes révolutionnaires, refusons toute limitation des libertés démocratiques, les tournants autoritaires et la répression qui proviennent de l’État capitaliste, quelles que soient ses motivations et ses excuses. C’est pour cela qu’à la différence de quelques secteurs de la gauche subordonnés au gouvernement qui cautionnent, avec les arguments les plus divers, son tournant bonapartiste de même que ses mesures répressives, nous qui sommes anticapitalistes et qui luttons pour la révolution socialiste, nous l’avons constamment dénoncé.

Nous, à la LTS (Ligue des Travailleurs pour le Socialisme) nous avons toujours prêté une attention particulière à cette question, et pas seulement maintenant – même du temps de Chavez, quand certains courants de la gauche, aujourd’hui opposés au gouvernement Maduro, mais qui à l’époque appuyaient Chavez, ne dénonçaient pas ces questions-là. Des campagnes d’agitation, seuls ou en commun, des dizaines d’articles, des tracts, des conférences sur ce même thème ont été une constante de notre pratique politique. Par l’importance qu’on a donné à cette question, on a été les premiers à dénoncer l’état d’exception, dès que Maduro a commencé à l’utiliser. On a polémiqué avec ceux qui, depuis le chavisme, le cautionnent ; on a dénoncé la répression durant tout ce temps, tant contre les luttes ouvrières, qu’aujourd’hui contre les manifestations de l’opposition de droite. Notre secteur jeunes « Barricada », a tenu la même position.

Cependant, rien de tout cela n’implique de partager en quoi que ce soit les drapeaux de l’opposition de droite, qui fait de la démagogie autour des libertés démocratiques. Au contraire, être cohérent avec la défense de libertés démocratiques implique précisément de dévoiler le fait que la répression et l’anti-démocratie est dans leur ADN politique. Ils se préparent à reprendre le pouvoir en trompant le peuple.

Les avantages que le déclin du chavisme permet

Le chavisme a pu compter pendant très longtemps avec l’appui majoritaire et inconditionnel des ouvriers et des couches populaires, ce qui lui a permis de rester au pouvoir, non seulement par les urnes, mais aussi par la mobilisation face aux tentatives de le destituer du pouvoir par la force par cette même opposition, appuyée par l’impérialisme états-unien. Chavez a mis en place un système de gouvernement basé sur un leadership fort et unipersonnel, au détriment d’autres mécanismes et institutions propres à démocratie bourgeoise, en s’appuyant sur le mouvement des masses, et le contrôle des forces armées, tirant de temps en temps sa légitimité des élections. C’était un bonapartisme plébiscitaire.

Le gouvernement Maduro est venu pour administrer la crise du capitalisme rentier dépendant du Vénézuela, autant que la propre débâcle du chavisme en tant que régime politique, sans pouvoir compter avec la légitimité que la majorité de votes conférait périodiquement à Chavez et qui renouvelait et appuyait son hégémonie. Ce bonapartisme plébiscitaire appartient au passé et il s’est rapidement vidé de l’appui populaire. Maduro accentue donc le caractère bonapartiste, en s’appuyant de plus en plus sur l’armée, et en répondant avec plus de répression, tant envers les manifestations de l’opposition de droite que contre les luttes revendicatives des travailleurs, ou encore les actions désespérées de certains secteurs populaires (comme certains actes de pillages).
Ce n’est que cette réalité qui permet à la droite de brandir l’argument démocratique, et non une « vocation démocratique ».

Héritiers de la répression et de l’anti-démocratisme du « puntofijismo »

Cette opposition de droite est l’héritière directe de la répression et de l’anti-démocratie du « puntofijismo », du bain de sang dans lequel ils ont écrasé le « Caracazo », le massacre des paysans accusés d’être des « guerrilleros », des militants de gauche désarmés, l’assassinat d’étudiants dans les manifestations, précurseurs de la néfaste habitude des disparus en démocratie, l’usage de bandes armées dan les syndicats contre les courants ouvriers d’opposition, les perquisitions effectuées par l’armée et la fermeture des universités pour écraser les luttes des étudiants, parmi d’autres abus.

Les milliers de victimes du terrorisme d’État dont les partis et dirigeants politiques de l’actuelle opposition sont les responsables directs sont témoins de ce passé.

Putschistes hier, démocrates aujourd’hui : putschistes au Honduras et au Brésil, démocrates au Venezuela

C’est cette même opposition qui, sans avoir de majorité électorale face à un gouvernement largement majoritaire dans la population, a produit le coup d’état en 2002-2003, et qui a établi une brève dictature. Ils ont installé un entrepreneur comme dictateur avec l’appui d’une puissance étrangère - les USA -, ils ont balayé l’Assemblée Nationale, également élue par le vote populaire comme aujourd’hui. Ils ont déclenché une persécution systématique de tout ce qu’avait un parfum de chavisme ou de gauche, c’est dire à quel point ils se fichent du « vote » et des droits démocratiques. Ils ont refait la même tentative des mois plus tard avec la grève patronale et le sabotage pétrolier.

Ils n’ont pas non plus protesté contre le coup d’État des militaires contre le président Zelaya au Honduras en 2009. Il n’y a pas longtemps ils ont appuyé avec engouement le coup d’état institutionnel au Brésil contre Dilma Rousseff, élue par de millions de votes.

Leurs alliés « démocrates » : Peña Nieto, Macri, Temer, Santos… Trump

Dans cette lignée, les alliés de l’opposition pour « lutter pour la démocratie » sont de gens comme Peña Nieto, à la tête d’un État qui fait disparaître des milliers de personnes, des activistes sociaux et étudiants ; Macri, qui réprime les manifestations, et qui a désigné des juges qui ont réduit les condamnations des militaires génocidaires ; Santos le président du pays où l’on a trouvé les fosses communes les plus grandes d’Amérique latine, où être syndicaliste, défenseur des droits humains ou des paysans peut signifier la mort et où seulement en 2016, 117 militants et dirigeants ont été assassinés ; et même l’imprésentable Trump.
Voilà qui sont les alliés de cette opposition, et qui « se font des soucis pour la démocratie vénézuélienne ».

Laisser intacte le tissu de lois qui criminalisent les luttes

Autre point à tenir en considération et qui est une démonstration de ce que vaut vraiment cette opposition démocratique c’est que dans l’Assemblée Nationale, les lois qu’ils ont essayé de changer, n’ont jamais été celles qui criminalisent les luttes ouvrières et populaires, celles qui impliquent une forte restriction du droit de grève, promulguées sous le régime de Chavez et à cause desquelles des dizaines de travailleurs, encore aujourd’hui, se retrouvent en procès, emprisonnés, sous assignation à résidence, pour avoir participé à une grève, ai blocage d’une rue et même pour avoir distribué des tracts.
La criminalisation des droits démocratiques, qui empêche l’organisation et la mobilisation des travailleurs, cela n’intéresse pas le MUD. Bien au contraire, cela pourrait leur être utile dans un éventuel gouvernement formé par eux.

Les « démocrates » en appellent à une solution militaire

Dans leur lutte pour reprendre les rênes de l’État ils en appellent constamment aux forces armées, avec des appels publics pour qu’ils interviennent dans la crise, faisant pression, comme le gouvernement, pour que ce soient les militaires qui prennent les rênes de la situation. Quelle sorte d’issue démocratique serait le départ de Maduro déclenché par l’action des forces armées ? Quelle « ère démocratique » pour les travailleurs et le peuple peut émerger d’une transition dirigée par les militaires ?

Leur programme est un programme réactionnaire qui ne pourra passer sans répression

Il n’est pas moins important de signaler que les solutions qu’ils proposent aux problèmes actuels impliquent plus d’attaques aux conditions de travail et de vie des travailleurs et du peuple, pour pouvoir par cette voie « récupérer » les profits et affaires des patrons, et « équilibrer les comptes de l’État ». Rendre plus facile le licenciement des travailleurs, libération des prix, dévaluation, réduction des subventions aux services publiques, plus de dette externe, plus de privatisations, font partie des solutions qu’ils ne pourront pas imposer par des méthodes « pacifiques et démocratiques » mais au contraire, comme ils savent bien le faire, par une répression pur et simple des luttes.

Les travailleurs et les populations pauvres ont entre leurs mains la vraie défense des libertés démocratiques

Rien de ce qui est dit précédemment ne nous mènera à changer notre position contre l’actuelle répression d’État. Mais il est de la plus haute importance de dénoncer les mensonges de la droite, qui conteste les mesures anti-démocratiques et la répression quand celles-ci les empêchent d’avancer dans leur but de reprendre le pouvoir politique. Parce que c’est la force politique qui conteste actuellement le pouvoir au gouvernement, et que de ce fait elle réussit à entraîner un large secteur de la population mécontente derrière elle, avec l’appui de l’impérialisme et les gouvernements de droite de la région elle se prépare à gouverner.

C’est pour cela que nous ne mélangeons pas nos banderoles et nos drapeaux et que nous ne participons pas aux mobilisations de la droite « pour la démocratie ». Nous disons très clairement que ce n’est pas avec ces mobilisations ni avec cette direction qu’on peut lutter pour une réelle défense des libertés démocratiques. Cela passe au contraire par les luttes et les actions de la classe ouvrière, les secteurs populaires, les paysans, la jeunesse et les femmes, avec une complète indépendance politique, tant vis-à-vis du gouvernement répressif que de cette opposition démagogique.
Le travail à mener par les organisations de la gauche révolutionnaire est de chercher les voies pour que dans cette situation nationale si complexe, qui plonge les travailleurs et les populations les plus pauvres dans une situation de faiblesse politique et organisationnelle, cette alternative puisse émerger et trouver sa propre force.




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