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Débats

Débat sur la question catalane

La (non) stratégie de la gauche anticapitaliste pour vaincre face au droit à l’auto-détermination

La mobilisation pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes montre son potentiel, soulevant un débat de stratégie avec la gauche anticapitaliste.

Traduction : Maly Drazkami

La mobilisation pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes montre son potentiel, soulevant un débat de stratégie avec la gauche anticapitaliste.

A peu de jours du 1-O [1er octobre, jour du référendum], la riposte à la répression du gouvernement et des institutions réactionnaires du Régime issu du processus de transition démocratique de 1978 continue à développer son potentiel : manifestations massives, grève étudiante, réplique des dockers et des pompiers, grève des syndicats alternatifs, volonté d’occuper les écoles pour pouvoir voter, mise en place de comités de défense du référendum par quartiers.

Cette grande mobilisation sociale surpasse dans les faits la feuille de route de la coalition politique pour le Oui, la ‘’Junts pel Sí [1]’’, celle de la ‘désobéissance institutionnelle’, des mobilisations citoyennes ponctuelles et contrôlées, et qui n’a pas préparé la riposte nécessaire et réelle pour contrer l’offensive répressive actuelle. A quelques jours du 1-O, la propre direction de la coalition ne peut faire oublier que le référendum et ses possibilités de réalisation ont été violemment attaqués.

Avec l’une des crises politiques les plus aiguës de ces dernières années, la gauche anticapitaliste, indépendantiste ou non, est en face d’un grand défi, puisqu’il s’agit de mettre sur pied un mouvement d’ampleur indépendant qui puisse affronter la répression de l’État et qui défende le 1-O, en développant la lutte des classes pour conquérir le droit à l’autodétermination et pour « décider de tout ». Et ce, avec une feuille de route ouvrière et populaire que la direction du « processisme [2] » a empêché pendant cinq ans, pendant que le PDECAT [3] et ERC [4] maintenaient leur politique d’ajustement et d’attaques dans cette même logique. Face à ce défi immense, où la gauche en est-elle ?

« La victoire est une tâche stratégique »

Imaginons une fourgonnette symbolisant tout ce processus, avec le peuple comme moteur, qui arrive à destination après des années passé sur les routes, poussé par les dirigeants de la CUP [5], Quim Arrufat, David Fernández et Gabriela Serra. Mais, alors que la fin du voyage est proche, un ravin. Le fourgon se renverse et vole en éclats. « Et ici, c’est Ithaque ? » se demandent-ils. « Ça, c’est un gouffre » répond Eulalia Reguant. Et Gabriela Serra la suit, affirmant que « Ithaque est faite par le peuple ».

« Et maintenant, quoi ? » continuent-ils. « Maintenant, on danse » répond Ana Gabriel s’ajoutant à la scène. Une multitude de jeunes dansent sous le mot d’ordre « Toi qui marches, il n’existe pas de chemin ». Ithaque c’est le peuple qui la fait, au rythme du mambo, ou plutôt par la spontanéité du « peuple », sans chemin, sans stratégie. »

Voilà le flou stratégique (anticapitaliste révolutionnaire) pour la lutte du droit à l’autodétermination. La (non) stratégie, ou l’utopie de lutte contre un État ‘’démophobe’’, autoritaire, né des entrailles du franquisme, dans les marges du système capitaliste. Dans une interview récente, David Fernández disait : « Le dilemme au final est devenu un choix entre l’approfondissement démocratique ou l’involution démocratique ».

Un point de rapprochement avec la majorité de la Gauche de l’Etat Espagnol (et d’Europe) non indépendantiste s’exprime dans la (non) stratégie consistant à lutter pour une « démocratie radicale et plurielle », ce qui signifie en Catalogne aujourd’hui lutter pour que « se tienne le référendum » comme « un acte de souveraineté en soi », « d’exercice de la démocratie ». Et pour la suite « on verra plus tard », car le 1-O est déjà un « exercice de la liberté et de rupture politique » en soi.

Josep Maria Antentas – de Anticapitalistas, aujourd’hui au Podem – dans un article publié dans Viento Sur, envisage/pose que « le processus indépendantiste » devrait se lier « à l’héritage, à la signification et à l’agenda de ce que fut le 15M [le mouvement des indignés] en 2011 », et ainsi, à « la proposition de l’Etat propre (Catalan) d’un plan concret d’urgence sociale et de régénération démocratique ». Dans la même veine, Teresa Rodríguez et Miguel Urbán, par rapport au 1-O analysent que, « ceux et celles d’en bas, nous devrions contempler la scène comme un moment nécessaire pour la recréation démocratique, la redéfinition des logiques de la participation en politique entre égaux. Voilà pourquoi nous sommes convaincus que la tenue libre, avec toutes les garanties possibles, du referendum le 1er octobre, et non pas sa prohibition, contribuera – quel que soit son résultat – à l’approfondissement de la démocratie ».

‘Régénération démocratique’, ‘approfondissement de la démocratie’. Une utopie qui laisse ce grand mouvement démocratique sans stratégie face à l’attaque de l’État que nous pouvons aujourd’hui ressentir dans notre propre chair avec l’escalade répressive de « cette démocratie » : Régime, institutions judiciaires et politiques, la caste du PP [6]-PSOE [7], c’est-à-dire l’État, ne permettront pas cet ‘exercice de liberté’.

C’est l’utopie de la « révolution démocratique » sans unir les revendications démocratiques les plus élémentaires avec les plus élémentaires des revendications sociales, et qui dérangent les intérêts de la classe capitaliste qui a besoin de la « démophobie ». C’est le manque d’une stratégie pour triompher de la gauche actuelle, qui dans la continuation de la thèse du « flou stratégique » a désarmé le NPA français et laissé en miettes le trotskisme espagnol depuis la fin des années 70.

La lutte pour le droit à l’autodétermination ou à l’indépendance a besoin, pour triompher, d’une stratégie qui rompt le cadre non seulement du gouvernement autoritaire, mais surtout l’ordre social sur lequel se base cette même ‘démocratie’. Ou peut-être devrait-on considérer que les lois actuelles, les institutions, et les 12 000 membres de la garde civile et policiers qui envahissent la Catalogne contre le referendum, ne constituent pas cette ‘démocratie’ ?

« La victoire est une tâche stratégique » disait Léon Trotsky, s’adressant à la gauche catalane durant les événements de mai 1937. Lui qui dirigea la grande révolution russe, dont nous célébrons le centenaire, disait que « Dans les moments cruciaux de tournants historiques, la direction politique peut devenir un facteur aussi décisif que l’est celui du commandant en chef aux moments critiques de la guerre. L’histoire n’est pas un processus automatique. Autrement, pourquoi des dirigeants ? Pourquoi des partis ? Pourquoi des programmes ? Pourquoi des luttes théoriques ? [8] ».

Nous ne sommes pas face à une révolution, mais il se pourrait que nous nous approchions d’un « tournant historique », et s’y préparer « est une tâche stratégique ». Alors comment la gauche, indépendantiste ou pas, qui a pour horizon l’anticapitalisme et le socialisme, se prépare-t-elle ?

Depuis la chute de l’URSS et durant l’offensive néolibérale des années 90, la plupart des groupes de la gauche trotskyste ont abandonné la « stratégie ». La stratégie, c’est-à-dire la préparation et l’articulation des combats partiels afin de vaincre dans la perspective de la révolution, en trouvant des raccourcis pour se développer, fût abandonnée. On dilua le programme et les références idéologiques pour s’adapter à la nouvelle période.

Cela a conduit à ce que, dans l’État espagnol, des organisations comme Anticapitalistas ou Revolta Gloval, se dissolvent dans Podemos avec pour objectif d’ « arriver dans les institutions » faisant partie d’organisations réformistes, mais défendant la « mobilisation » ou le « pouvoir populaire par le bas » dans les mouvements sociaux, pour ouvrir un processus de « radicalisation de la démocratie ». D’autres organisations comme En Lucha se sont dissoutes dans la CUP en Catalogne, et dans Podemos pour le reste de l’État.

La tragédie, ici, est que la stratégie révolutionnaire est remplacée par des projets qui conduisent à régénérer le Régime de 78, et ceux-ci sont mis à l’épreuve dans des moments historiques, comme celui que nous traversons. Des projets comme celui de la gauche qui suit Podemos, qui demande un referendum avec des garanties, sans défendre pour autant le 1-O, et qui profite de la crise du PP pour approfondir ses accords de gouvernement avec le PSOE. Ou celui de la CUP, qui cherche à lutter pour le droit à l’autodétermination et à l’indépendance, et ce, aux côtés de la Junts pel Si. Les deux projets, bien qu’en opposition quant à leur approche de la question nationale catalane, se rangent tous deux derrière une politique de conciliation de classes.

La main tendue aux partis capitalistes : le mouvement catalan et sa direction

Dans cet article, nous parlerons essentiellement de la CUP. Nous sommes à l’approche du deuxième chapitre de son évolution. Le premier fut celui de septembre 2015 – et il était empreint autant de vérités dans son discours que de contradictions quand il s’est agi de la ‘realpolitik’ - et a montré que les dirigeants de la CUP rejetaient que le moteur de la fourgonnette soit le parti d’Artur Mas, pariant pour aller de l’avant avec le processus "sans renoncer à rien" sur le moteur de la mobilisation populaire. Comme disait Serra à l’époque, « Nous n’allons pas au même endroit ».

C’était en 2015 et le PDECAT, au moyen de la liste « Junts pel Si », prétendait refaire un nouveau « jour de la marmotte » après les élections parlementaires du 27S [27 septembre]. Mais pour la CUP, il suffisait de changer la figure d’Artur Mas par celle de Puigdemont, c’est-à-dire continuer la « main tendue » aux mêmes forces et sujets sociaux, au même appareil et à la même base sociale du principal parti de la bourgeoisie catalane, et son partenaire, ERC. Une politique de conciliation de classes à travers la fameuse « unité populaire », comprise comme l’unité des travailleurs et des secteurs populaires avec la bourgeoisie et les représentants politiques des grandes familles.

À sept ans du retour de la question nationale catalane, beaucoup des militants de la gauche indépendantiste trouvaient que la CUP avait « imposé » sa feuille de route, d’abord au président Artur Mas de CIU [9], qui fut déplacé, pour ensuite imposer à sa place le PDeCAT et Puigdemont. Arrivé à ce point de ‘désobéissance’ institutionnelle, avec le referendum et la Loi de Transition [10], « maintenant, c’est au tour du peuple ». Et dans une deuxième étape, dont on ne sait ni quand, ni comment, ni jusqu’où, la CUP devra se confronter au parti bourgeois de Puigdemont. Avec quels dirigeants, quel programme, vers quel parti le peuple se tournera t-il ? Des questions stratégiques.

La lutte par étapes. Le report des revendications sociales dans la lutte démocratique.

Une polémique avait déjà eu lieu autour de cette dynamique de « lutte par étapes » de la CUP censée mener à l’Indépendance et au Socialisme. Dans l’article « Podemos, la izquierda independentista y la lucha por la autodeterminacion » était écrit :

« Le grand drame est le fait d’abandonner une « stratégie de classe » [ou une indépendance vis-à-vis de la bourgeoisie] dans la lutte pour l’autodétermination, la séparant comme s’il s’agissait d’une « étape antérieure » à la stratégie contre le pouvoir économique et politique capitaliste. Cet abandon laisse un vide dans lequel s’engouffrent les directions bourgeoises pour s’approprier la question. Le CiU et ses politiques capitalistes agissent constamment pour cela, depuis les institutions étatiques, en utilisant la démagogie pour être bien placé dans la relation de force avec le Régime centraliste espagnol. »

Aujourd’hui, il suffit de changer la CiU par la Junts pel Si : Une dynamique étapiste de sa lutte anticapitaliste et même socialiste, tout comme l’envisagent bien des courants à l’intérieur de la CUP. Première étape, l’autodétermination, entendue comme « la pleine récupération de la souveraineté politique » dans une « alliance tactique », comme la nomme la CUP, avec les partis de la bourgeoisie. C’est ainsi qu’ils justifient leur politique de « Main tendue pour l’autodétermination de ce peuple et poing bien fermé contre le report ». Ensuite, dans une deuxième étape bien séparée, David Fernández parlait de se confronter à « un État démophobe – économiquement face aux marchés globaux – et populaire – face aux élites cleptomanes. ».

Tout d’abord, est-il possible de compléter avec succès « la première étape » avec ou sous la direction du PDeCAT ? Il a été démontré qu’il est impossible que le referendum triomphe de sa main. La Junts pel Si ne se propose pas de mettre en marche les forces sociales pour obtenir ce referendum dans de bonnes conditions. Et personne ne le fera puisque leur propre stratégie bourgeoise ne peut permettre de déployer les forces qui pourrait alors la remettre elle-même en question ; grèves, occupations d’usines, de centres d’études, confrontations avec les forces de l’ordre. Ce serait aller contre son propre ordre.

Mais continuons à approfondir le cours de cette première étape, dans laquelle nous sommes supposément immergés. Parce qu’il y a un élément nouveau de ce « front tactique ». Il s’agit de la “Llei de Transitorietat Jurídica i Fundacional de la República” [Loi de transition juridique et constitutive de la République], une sorte de Constitution qui gérerait la transition de l’indépendance catalane si le Oui gagnait. Il régirait durant un an environ, jusqu’à ce qu’une assemblée constituante dote d’une Constitution définitive la république catalane naissante, et ainsi, synthétise la volonté de rupture de la Catalogne vis-à-vis de l’État espagnol.

Dans cette voie, se pose un changement qualitatif, étant donné que le royaume d’Espagne aurait alors un nouveau voisin et de nouvelles limites territoriales. D’autre part, on propose un autre changement qui serait la constitution d’une République, à la place d’une Monarchie. Quelque chose d’assez utopique à réaliser avec une feuille de toute pacifiste et de désobéissance institutionnelle. Mais c’est un énorme débat, qui mérite d’être développé dans un voire plusieurs articles.

Dans l’article « “Llei de Transitorietat” : ¿Qué república necesita la clase trabajadora ? », il est écrit : « La principale préoccupation est la continuité, comme l’exprime littéralement le texte de loi : « L’objectif de la loi est d’assurer un maximum de continuité possible avec la réglementation existante ». La continuité d’un système présidentiel, que le pouvoir judiciaire garde intact et avec le même personnel, la continuité du droit espagnol (qui ne contredit par cette Loi) et du droit de l’Union européenne, c’est-à-dire, la continuité de toute la législation bourgeoise d’Espagne et de l’Europe du capital. »

Alors, avec quel parti et avec quel programme la gauche est-elle en train de se préparer ? Avec les partis de la bourgeoisie catalane, parce qu’entre la CUP et la Junts pel Si, il y a quelque chose de plus qu’un « Front tactique ». Il y a un projet commun de République catalane (bourgeoise). Par conséquent, qui impose à qui sa feuille de route cette fois-ci ? Évidemment, dans ce « front tactique », la ligne stratégique est imposée par les partis de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie catalane.

C’est-à-dire, une loi centralement rédigée par les libéraux de l’antique « Convergència [11] » et les dirigeants de l’ERC. Ceux qui ont garanti toutes les régressions sociales en alliance avec le PPC et le PSC. C’est pourquoi ils proposent une transition « de manière ordonnée et graduelle, avec toute la sécurité juridique », qui ne dérange pas la propriété privée des patrons.

Et la seconde étape ? La CUP est loin de proposer un programme social qui s’occuperait des graves conséquences de la crise qui affectent la classe des travailleurs. Et La CUP est encore plus de cette seconde étape socialiste, puisque ce qui est renforcé, c’est le projet des partis bourgeois. Le flou stratégique de l’anticapitalisme, qui ne rompt pas radicalement avec la stratégie bourgeoise pour gagner en puissance sur le droit à l’autodétermination, désarme finalement la gauche indépendantiste et anticapitaliste qui ne peut dans ces conditions être une alternative de direction du processus et subordonne son projet à la stratégie du PDeCAT et de l’ERC.

Classe hégémonique et alliance de classes

Un autre grand débat porte sur le caractère de classe du mouvement démocratique. Déjà, David Fernández a remis en cause Podemos qui pour nier le processus catalan ou en faire quelque chose de secondaire, l’identifiait à « une oligarchie indépendantiste ».

Il y a quelques mois de ça Pau Lloch avait le même débat avec Alberto Garzon au travers d’une lettre publiée dans Publico, répondant à l’hypothèse de l’IU qui associait le referendum à « aller dans le sens des Pujoles [12] ». Sa réponse fut : « En Catalogne, le Círculo de Economía, le Fomento de Trabajo, la Caixa, la Banco de Sabadell, la Vanguardia… aucun d’entre eux ne soutient le processus démocratique catalan ». Ce qui est certain, c’est que cet énorme et profond mouvement démocratique pour le droit à l’autodétermination est interclassiste.

Maintenant, revendiquer que « seule une partie des capitalistes actifs – dont la petit et moyenne bourgeoisie – le soutient », comme un « mouvement national-populaire », c’est miser sur la politique de conciliation des classes, en se subordonnant essentiellement à la politique des parties historiques de la bourgeoisie catalane qui finissent par exercer leur hégémonie en jouant sur cette transversalité.

Il est également nécessaire d’affirmer, contre Podemos et IU [13], que « ce processus n’est pas comme les Pujols ». Mais il est impossible que « le processus catalan en lui-même » conduise à une « rupture » quasi automatique par son seul discours, parce que « maintenant, il s’agit du peuple ». Une autre grande erreur est d’affirmer que le processus « opte pour une voie propre, unilatérale, en marge de l’État... ». Non. Ni ce processus ni aucun autre ne peut éviter l’implication de l’État et de ses partis, toujours au service et à la garde de la classe qui le nourrit : la classe bourgeoise.

Sur les questions de stratégie, face à des « tournants historiques », il est important pour se préparer de savoir « avec quelle direction et quelle alliance de classe », comme se le demandait Trotsky.

Que ce soit un processus hétérogène dans lequel diverses classes et secteurs sociaux agissent ne veut pas dire que sa direction doit être elle aussi « hétérogène », direction où « gauche et droite » dirigeraient ensemble un bloc souverainiste commun.

Aujourd’hui, face au 1-O, les actes de solidarité appelés par différentes forces de la gauche politique, sociale et syndicale dans le reste de l’État pour le droit à décider et contre la répression sont de petites démonstrations de ce qui devrait se généraliser et s’étendre. Que la classe travailleuse et les secteurs populaires de l’État espagnol prennent en charge la revendication du droit à décider, de toutes les nations opprimées, est fondamentale pour créer l’unité dans la lutte contre le régime qui l’interdit.

Le grand défi est de mettre sur pied un grand mouvement de lutte qui s’oppose à la répression de l’État par la grève, en s’organisant en assemblées, en occupant et en défendant les centres de vote, par des grèves sectorielles comme celle dans l’éducation, et la paralysie de toute l’activité économique, jusqu’à la grève générale. En somme, lutter pour que la classe travailleuse et la jeunesse hégémonisent la lutte pour le droit à décider, et ne délaisse pas à « un autre moment » la lutte pour ses propres revendications et les revendications sociales, et ce, avec ses propres méthodes de lutte et en mettant au centre de la lutte le programme ouvrier et populaire.

Les revendications sociales et démocratiques dans le but d’une rupture révolutionnaire avec le régime de 78 et le système capitaliste.

Le mouvement démocratique pour le droit à l’auto-détermination contient en lui un potentiel qui s’exprime massivement dans la rue quand la feuille de route du PdeCAT à choisit la DIADA (fête nationale Calatane) comme journée de mobilisation. Cependant des parties du mouvement souhaitent aller plus loin. De fait, le processus est traversé par tout l’imaginaire d’une « République Catalane », de l’expression du mécontentement face à la monarchie, au régime de 78 et ses institutions, chaque fois remis en question, tout comme ses partis historiques, le PP et le PSOE

Il y a là une grande opportunité pour la gauche qui se revendique révolutionnaire, pour défendre toutes les revendications démocratiques auxquelles les classes travailleuses et les secteurs populaires aspirent, tout en les unissant aux revendications sociales comme le partage du temps de travail sans réduction de salaire pour mettre fin au chômage, le non-paiement de la dette, la nationalisation des banques et des grandes entreprises, un impôt sur les grandes fortunes pour garantir une éducation, un service de santé ainsi que des services publiques gratuit, avec l’ensemble des revendication ouvrières et populaires en suspens.

Vers quoi le referendum se dirige-t-il pour la gauche anticapitaliste ? Quelle est la stratégie à suivre après le 1-O ? Quelle alternative proposer aux centaines de milliers de personnes qui sortent dans les rues avec l’illusion qu’ils accomplissent leurs sincères revendications démocratiques, une fois qu’ils auront été trahis par la Junts pel Si ?

L’union de la lutte pour les droits démocratiques-nationaux avec la lutte pour l’émancipation sociale de la classe ouvrière, pour la fin du capitalisme et la construction du socialisme. Deux aspects essentiels, et qui sont des éléments clef du patrimoine historique du marxisme révolutionnaire. Pour cette raison, nous regrettons que les courants politiques qui se revendiquent de cette tradition occultent ces deux aspects, se plaçant de fait aux côtés de secteurs ouvertement conciliationistes de classe du mouvement démocratique-national catalan.

Il est indispensable de construire une alternative indépendante des directions bourgeoises et de ses agents politiques qui lutte pour imposer le droit à l’auto-détermination et un programme pour que les capitalistes payent leur propre crise.




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